ITW – RAFION BALAHACHI, un ultra-traileur à suivre de près…

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    RAFION BALAHACHI

    Vous l’avez sans doute croisé sur un trail long ou un ultra… Petit par sa taille mais grand (voire gigantesque) par ses prouesses sportives. Toujours paré de ses bâtons, il dévale les descentes à une allure impressionnante et ne semble jamais fatigué. Vous l’avez reconnu ? Il s’agit bien de Rafion BALAHACHI. Un ultra-traileur au grand cœur, d’une discrétion et d’une modestie exemplaire. Tellement discret que l’exploit qu’il vient de réaliser cet été est passé presque inaperçu. Et pourtant…

    Depuis juillet, il a en effet enchainé 7 ultras, et pas des moindres, avec une facilité déconcertante : l’Ultra Trail di Corsica (110 km-7200 m D+), l’UTTJ un Tour en Terres du Jura (110 km-5600 m D+), l’Ultra Tour du Beaufortain (105 km-6400 m D+), le SÜdtirol Ultra Sky Race en Italie (121 km-7554 m D+), l’Ut4M 160 X’Trem (169 km- 11 000 m D+), le GRP 220 (220 km – 13 000 m D+) et enfin l’UTMB (167 km-10 000 m de D+). Soit un total de plus de 1000 km et presque 70 000 m de dénivelé positif en compétition, en 2 mois seulement… Rien que ça … Et ses exploits ne s’arrêtent pas là puisque nous retrouverons notre champion sur la ligne départ de la Diagonale des fous à la Réunion, fin octobre. WonderTrail a voulu en savoir plus sur cet athlète hors norme et atypique, et essayer de percer le secret de ses réussites…

    RAFION BALAHACHI

    Bonjour Rafion, avant de parler de tes prouesses sportives : peux-tu nous en dire un peu plus sur toi ?

    Bonjour WonderTrail, Rafion BALAHACHI, 37 ans, originaire de l’île de Mayotte dans l’Océan indien. Je suis arrivé dans l’Hexagone en 1999. Je me suis installé à Limoges qui est ma ville depuis 15 ans après avoir fait un début d’études de droit à la Rochelle puis une 1ère année de STAPS. Professionnellement, je travaille actuellement à Paris dans le secteur du bâtiment et plus particulièrement dans une miroiterie. A court ou moyen terme, j’envisage de me réorienter vers la conduite dans le transport routier de marchandises ou le transport routier de voyageurs, bien entendu sous réserve de formation qualifiante dans ce domaine.

    Depuis quand fais-tu du trail et comment cette passion est entrée dans ta vie ?

    J’ai commencé la course à pied en compétition au début des années 2000. Avec le cross-country tout d’abord puis avec la course sur route pendant 3 ans et un peu de trail et de courses nature à très petite dose. En 2002, j’ai stoppé la compétition durant 5 ans pour des raisons personnelles. Malgré tout je faisais quelques randonnées par-ci par-là.

    En juin 2008, je reprenais un dossard pour un petit 10 km nature. La passion du trail m’a littéralement dévoré à partir de 2009 où j’ai commencé à monter progressivement sur les distances pour atteindre les 70 km des Templiers en octobre 2010. Depuis, je suis contaminé par le virus du trail et des chemins.

    RAFION BALAHACHI
    UTB 2017. Stéphanie Catelin
    Comment t’entraines-tu pour préparer tes ultras ?

    Ma réponse va étonner et sidérer plus d’une personne (pour celles et ceux qui ne me connaissent pas ou qui ne me côtoient pas) mais je répondrai tout simplement que… Je ne m’entraîne pas ! J’ai horreur de m’entraîner tout seul alors je ne le fais pas.  Par conséquent, l’entraînement, je le remplace par l’accumulation de compétitions le week-end.

    Malgré tout, je m’accorde quelques week-ends de pause entre mes différentes périodes de compétition et une coupure hivernale d’un mois de mi-décembre à mi-janvier.

    Rentrons dans le vif du sujet, peux-tu nous expliquer l’enchainement de courses que tu as fait cet été ?

    Alors cette année, j’ai déjà couru un certain nombre d’ultras de 100 kms et plus…

    En avril, j’ai couru l’Ultra-Trans-Aubrac et l’Ultra du Pas du diable. Ensuite je m’envolai pour la Martinique en vue du Tchimbé Raid.

    Enfin est arrivé le mois de juillet où, pour préparer mon Ut4M160 X’Trem solo, il a fallu que je fasse de la montagne et du gros dénivelé et si possible en haute montagne avec de longues montées parfois bien pentues. Alors j’ai ré-enchainé …  L’Ultra Trail di Corsica, l’UTTJ (grâce à l’ami Luca PAPI, merci à lui) puis l’Ultra Tour du Beaufortain et enfin je finissais ma préparation par le SÜdtirol Ultra Sky Race à Bolzano dans le nord de l’Italie.

    15 jours plus tard, j’entamais mes travaux d’Hercule à savoir enchaîner 3 ultras de plus de 160 kms : Ut4M160 X’Trem solo, GRP220 et UTMB.

    RAFION BALAHACHI

    Qu’est-ce qui t’a motivé à faire cet enchainement ? Quel a été le déclic ?

    Le déclic vient de mon ami sénateur du Tor des Géants, Jean-Michel Touron, qui l’année dernière avait réussi un bel enchaînement de 4 ultras majeurs : l’Ut4M160 X’Trem solo, l’UTMB 170 km, la 4k (350km) et le Tor (330km). C’est admirable ! De mon côté, souhaitant tenter le Tor des Géants dans un futur proche, je me suis dit : si je réussis à relever un défi similaire sur des épreuves moindres, je pourrai me lancer sur le défi du Tor. Cet enchainement est donc une étape sur la route me menant à Courmayeur et au TOR 2018.

    Rafion, tu n’abandonnes jamais, c’est une de tes forces. Qu’est ce qui te fais tenir mentalement en course ?

    Tout d’abord, j’ai horreur d’abandonner sauf si je mets mon intégrité physique en danger. Dans ce cas, forcément, la question se poserait. Et puis je tiens toujours en course en pensant aux gens, aux amis et à la famille qui me suivent sur les réseaux, sur les suivis live etc… Enfin d’une façon plus prosaïque, le trail me coûte énormément budgétairement et je n’ai pas de sponsor qui m’aide, par conséquent, je ne me vois pas abandonner pour un oui ou pour un non, à cause d’un petit bobo ou d’un passage à vide. Je ne peux pas me permettre le luxe d’abandonner alors que j’ai payé chère mon inscription.

    De même, je ne me vois pas bâcher vis-à-vis de mes employeurs qui m’aident ponctuellement ou m’autorisent à m’absenter pour aller sur mes compétitions.

    Rafion BALAHACHI

    La récupération entre les ultras semble s’être bien passée. Quel est ton secret ?

    Avant tout, je tiens à mettre en garde les gens et les jeunes athlètes qui arrivent dans le trail : enchaîner des épreuves aussi dures est fortement déconseillé par le corps médical car une pratique à haute dose du trail peut s’avérer dévastatrice pour les articulations.

    Ensuite, me concernant plus particulièrement, la récupération entre 2 ultras, même si elle semble s’être bien passée, n’est jamais totale. J’en suis conscient… Mon secret ? sans doute le fait qu’entre 2 compétitions, je ne m’entraîne pas. Je me laisse du temps de repos et donc de récupération.

    Quels ont été les moments les plus difficiles en course cet été ?

    Ce sont les longues montées interminables. A ces moments-là, je traverse des coups de mou alors cela devient horrible… « Une longue agonie » mais j’ai le mental bien forgé pour traverser ces périodes.

    RAFION BALAHACHI

    Et les meilleurs moments ?

    A l’inverse, ce sont les longues descentes qui suivent ces longues montées. C’est un bonheur, un soulagement temporaire jusqu’à la prochaine montée. Le bonheur se traduit par le plaisir de rattraper nombre de coureurs qui m’ont dépassé dans les ascensions difficiles. Et aussi bien sûr le franchissement de la ligne d’arrivée qui est une grande satisfaction et la fierté du travail accompli et bien fait.

    Il me semble que l’enchainement n’est pas fini, quel est ton prochain ultra à venir ?

    A ce stade de la saison, il ne me reste plus grand chose en ultras sauf l’Ultra Sancy-Puy de Dôme et la Diagonale des fous sur l’île de La Réunion.

    Toi qui ne cours jamais sans tes bâtons, Il va falloir que tu les abandonnes pour cette course. Es-tu préparé à faire sans ?

    Effectivement, la Diag se court sans. Mais j’ai effectué plusieurs ultras sans mes précieux bâtons depuis mai et j’espère que cela m’a bien préparé.

    Et après ? Un peu de récupération ?

    Pas tout de suite, j’aurai encore quelques courses jusqu’en décembre pour arriver à ma coupure hivernale annuelle. Ce sera très certainement une épreuve du trail du loup blanc dans la Creuse, un département cher à mon cœur.

    RAFION BALAHACHI

    Un petit portrait chinois pour finir cet interview 

    • Si tu étais un animal, tu serais un chameau pour ses formidables capacités d’endurance.
    • Si tu étais une couleur, tu serais le vert parce que c’est la couleur de l’espoir, de l’espérance.
    • Si tu étais une chanson, tu serais « Get up Stand up » de Bob Marley parce qu’elle résume bien pour moi ma philosophie du trail, ne jamais baisser les bras, toujours lutter et ne pas abandonner
    • Si tu étais un acteur ou une actrice, tu serais Denzel Washington ou Samuel L. Jackson parce que ce sont des personnalités que j’admire, des exemples de réussite et d’ascension sociale pour beaucoup de monde aux Etats-Unis et ailleurs dans le monde
    • Si tu étais un métier, tu serais un professeur parce que j’aime l’idée de transmettre des connaissances, des savoirs et contribuer à élever spirituellement et intellectuellement des enfants
    • Si tu étais un objet, tu serais l’électricité pour son apport de confort, de lumière dans les foyers. Ou bien un médicament pour guérir efficacement des maladies sans effets secondaires.
    • Si tu étais un film, tu serais  » Les chemins de la dignité » avec Cuba Gooding Junior pour l’idée de lutter contre les obstacles de la vie qui se dressent devant ton chemin pour s’affranchir, conquérir sa liberté, aller chercher soi-même ce qu’on te refuse par le courage, la persévérance, l’obstination et le travail
    • Si tu étais un fruit, tu serais un kiwi, un ananas, une banane pour leur concentration phénoménale en différentes vitamines
    • Si tu étais un sport, tu serais la course à pied et le trail en particulier pour ses valeurs écologiques ( respect de la nature), humaines (respect entre les gens, entraide etc…) et pour l’évasion qu’il nous offre le temps d’une course par la beauté des milieux naturels  traversés.

    « Merci Rafion pour ces confidences, et à très bientôt… au Sancy »