vendredi, juillet 19, 2019

    ITW- rencontre avec un monstre Basque nommé Benoit CORI

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    ITW- rencontre avec un monstre Basque nommé Benoit CORI

    Sur la ligne de départ des trails, Benoit ne passe plus inaperçu, il s’est forgé une solide réputation dans le milieu. Quand on croise ce MONSIEUR on en garde toujours un excellent souvenir. Tout d’abord car lorsque l’on se « frotte »  au géant Basque il faut sortir un run phénoménal pour tenter de le battre. Il vous permet de donner le meilleur de vous-même, de sortir de votre réserve, votre zone de confort. Mais aussi car ce traileur est complètement atypique, il croque la vie à pleines dents et profite toujours à fond de tout, même avec excès. Il est unique en son genre, simple, mais déjanté, excellent, abordable et attachant, mais je vous laisse le découvrir.

    Il fallait absolument qu’on rencontre ce solide gaillard, il a tout de suite accepté de se livrer à Wondertrail. Et comme il ne fait rien comme les autres ce sera chez lui, accoudé sur son bar, accueilli autour d’une bière, enfin la première de la série, longue série…

    WT : Agur Benoit merci de nous accorder de ton temps pour ce petit portrait, peux-tu commencer par te présenter rapidement.

    BC : Salut Wondertrail c’est avec plaisir que je me prête à votre petit jeu. J’ai 36 ans, je suis né dans le Nord Pas de Calais, je suis venu rejoindre mon père au Pays Basque à l’âge de 17ans, j’adore cette région. Je suis père de famille, j’ai 2 enfants de 8 et 10 ans et je suis militaire de carrière au 3ème RPIMA à Bayonne depuis 16 ans, tu en sais déjà beaucoup.

    WT : Comment as-tu découvert le trail ? Depuis quand cours-tu ?

    BC : Tout d’abord j’adore le sport, je suis un passionné, ce que j’aime c’est me dépasser et me fatiguer. Je suis tombé dans le trail un peu par hasard, en découvrant les 10 bornes du coin, mais sur route vers 22-24 ans. Cela m’a vachement plu, et j’ai enchainé sur des petites courses en montagnes. Je me suis rendu compte que cela me fatiguait bien, donc je me suis dit que pour me vider faut que j’aille courir. Je m’y suis mis un peu sur le tard, ce défi sur soi-même, pousser la machine. Donc de fils en aiguilles j’ai augmenté les distances et les difficultés. Pour m’y mettre vraiment à fond vers 28-30 ans. C’est long la progression, on n’arrive pas à un gros niveau du jour au lendemain, j’ai fait de plus en plus de trails et la courbe a été ascendante régulièrement.

    WT : L’entrainement a donc été plus intense ?

    BC :  Oui au début 2 fois par semaines, puis 3, 4, 5, puis du biquotidien mais tout cela sur des années, ça ne s’est pas fait du jour au lendemain.

    WT : Donc concrètement, tes semaines d’entrainement aujourd’hui cela se passe comment ?

    BC : Moi j’ai besoin de faire du sport tous les jours de toutes façons, si je n’en fait pas je suis de mauvais poils. Je fais des petites séances tous les jours, mais quand j’ai des objectifs, 3 à 4 semaines avant j’essaye de charger la mule au maximum tant que je peux supporter. En gros au minimum 2 séances par jour, mais pas que de la course à pied, je croise avec du vélo, vélo elliptique, c’est rarement 2 séances de course à pied.

    WT : A Part le trail que pratiques-tu comme autre sport ?

    BC : Maintenant plus grand-chose car je fais beaucoup de course à pied et de vélo, cela me prends tout mon temps. Alors qu’avant je jouais au foot, à la pelote Basque, au tennis, surf, je me suis essayé au rugby, football américain, j’ai un peu touché à tout. Puis quand mon niveau en course à pied et devenu bon j’ai un peu tout délaissé car ce n’était plus compatible avec le haut niveau.

    WT : Parlons de cette fameuse année 2015 et ta convocation en équipe de France, tu t’y attendais ?

    BC : Non, car franchement je ne connaissais pas les critères de sélection et en plus je ne me voyais pas super énorme, j’arrivais à gagner quelques courses, mais bon… Cela ne me paraissait pas non plus surhumain. Ce fut vraiment une grosse surprise, même un aboutissement et une fierté de porter le maillot de l’équipe de France. Jamais ne n’aurais cru que cela pouvait m’arriver, c’était un rêve inatteignable, donc j’étais heureux mais puissance 1000. Pour moi ma « carrière » est complète, pour moi, je ne peux pas aller plus haut.

    WT : En même temps c’est sûr que tu as attiré les regards avec un joli palmarès.

    BC : J’ai commencé par gagner la majorité des courses en Pays Basque, et quand on est compétiteur on veut aller voir plus haut. Donc une fois le tour du Pays Basque fait, j’ai eu envie de me frotter aux meilleurs en France. J’ai gagné ensuite la Sainté-Lyon (2 fois), mais il faut relativiser il y avait des bons coureurs mais pas tous les meilleurs, mais un gros niveau quand même. Donc je me dis que j’étais peut-être aussi parmi les meilleurs français, donc j’ai voulu voir une course internationale. J’ai tenté le trail des Templiers qui était pour moi le summum, avec beaucoup d’excellents coureurs internationaux venant de partout dans le monde. Bref un joli gratin et quand j’ai gagné cette course (qu’il a gagné 2 fois) je me suis dit c’est cool, je ne me serais pas cru capable de ça. Pendant la course je profitais d’être devant en me disant que j’aurais été devant pendant un moment, puis je finis premier, c’est génial.

    WT : Tu cours sous les couleurs de l’équipe de France, mais tu es aussi ambassadeur ?

    BC : Oui je suis ambassadeur Scott et Endurance Shop Pays Basque.

    WT : L’entrainement c’est bien mais en course il faut aussi bien s’alimenter, tu es plutôt « fait maison » ou gel, barres de céréales…

    BC : Je ne me prépare pas grand-chose, je suis mauvais cuisinier. Ce qui m’a convenu quand j’ai gagné mes premières courses, c’était manger des bananes et boire de l’eau avec du coca, mes ravitaillements à moi. Rien d’exceptionnel mais cela a marché donc je continu quasiment toujours comme ça, j’ai souvent 2, 3 gels dans la poche en cas de grosse défaillance. Le problème en trail c’est que l’estomac est très vite retourné et la plupart des produits ne passent pas, banane coca oui, mais ce n’est pas la vérité pour tout le monde.

    WT : Revenons malheureusement à la blessure que tu t’es faite début septembre, comment tu gères cela ? Quelqu’un comme toi qui a besoin de sa dose de sport.

    BC : Ben je sortais d’une saison moyenne, j’avais abandonné à l’UTMB, pourtant j’étais en cane, je pense m’être vu trop beau. Donc cette blessure ( fracture de la rotule ) me force à couper, à me reposer aussi, il faut relativiser. Heureusement je n’ai pas que cela dans la vie, j’ai mes enfants, mes amis qui pour la plus part ne sont pas dans la course à pied. J’ai plein d’autres choses à faire aussi, je suis même content de cet arrêt, de pouvoir profiter autrement de la vie aussi, il n’y a pas que la course à pied dans la vie.

    WT : Donc là c’est zéro sport ?

    BC : Oui zéro sport depuis 2 mois et je risque de passer sur le billard, donc 2 mois de plus. Il faut positiver c’est l’hiver il fait un temps pourri et je vais attaquer en janvier avec les crocs.

    WT : J’ai une question qui m’intrigue, à mon avis tout le monde même. Quand on te connaît, ou même au travers de reportages, tu es réputé pour aimer la bonne bouffe, les apéros et les bringues. Surtout dans un milieu où beaucoup font attention à tout ce qu’ils mangent pour ne pas se trainer les kg superflus. C’est quoi ton secret ?

    BC : Ce n’est pas forcément à faire, je suis conscient aussi que mes écarts me coutent un petit peu en course, je ne peux pas le nier. Mais je vis comme ça, on ne peut pas toujours gagner, je peux faire de la « merde », donc si je suis déçu de ma course et que pendant les mois avant je me suis « coupé du monde » et pesé tout ce que je mange, ce serait la déprime, la fin du monde ! Donc je profite de la vie à fond, j’adore boire, manger, recevoir les gens, du coup aux entrainements je mets les bouchées doubles. Tout cela ne m’a pas empêché de réussir une belle petite carrière. Je peux me taper 4 paquets de granolas dans la journée. On m’a souvent dit en équipe de France d’arrêter ces bêtises, que je serais meilleur, mais ce n’est ma vision de la vie. Je veux profiter, dans tous les sens du terme, la course à pied est une passion et non un métier, sinon je ferais ces efforts. Faut remettre les choses à leurs places, si je ne dois plus boire l’apéro avec les copains, manger des légumes, de la salade sans arrêt je ne serais pas heureux et je veux l’être tout au long de l’année. D’ailleurs tu veux une 2èmebière ?

    WT : Allez ! En même temps c’est un peu la philosophie du Pays Basque, quand tu habites ici tu vis, tout simplement !

    BC : Ici je suis mal barré, les occasions ne manquent pas pour boire un coup à gauche, à droite, faire la fête. Mais je fais quand même attention 3 semaines avant un grand évènement, je me limite en alcool, je fais aussi attention à ce que je mange aussi. Je vais quand même me faire plaisir avec un Mc do, quelques bières, je ne me mets pas une « mine » 1 semaine avant l’échéance.

    PORTRAIT CHINOIS

    Si tu étais un animal tu serais… Un tigre j’adore les tigres.

    Si tu étais une couleur tu serais… Le bleu comme l’océan, le ciel.

    Si tu étais une chanson tu serais…Alors là, je sèche je ne connais pas les titres que j’aime.

    Si tu étais un trail tu serais…Le BK 45 (superbe trail du Pays Basque que je recommande) cette année je l’ai gagné, je ne suis pas Basque mais quand tu arrives sur la ligne d’arrivée avec le drapeau dans les mains, sur les terres sur lesquelles je m’entraine c’est magique. C’est un gros morceau, ça monte, ça descend, il y a du caillou, ce n’est pas de la haute montagne mais c’est technique. L’organisation est vraiment au top, tout ce dont on peut rêver dans une course.

    Si tu étais un métier tu serais…Sans hésiter, glandeur (pour rester poli) professionnel, mais gros glandeur, je ne sais rien faire à part militaire (selon son fils qui intervient alors : guitariste). Sinon oui footballeur car j’avais un très bon niveau en foot.

    Si tu étais un objet tu serais…Trop facile, une bière (je ne dirais pas ce qu’a dit son fils à ce moment).

    Si tu étais un film tu serais…Le prénom, j’adore.

    Si tu étais un fruit tu serais…Une banane, j’en bouffe tellement.

    Si tu étais un sport tu serais…Difficile, j’adore tous les sports, la course à pied n’étant pas le plus b… (trop vulgaire pour le dire en entier), enfin je veux dire qu’on ne partage pas avec d’autre sur une victoire. Ce qui est top c’est de partager comme dans les sports co. J’hésite entre la pelote Basque et le foot, allez la pelote Basque c’est local.

    “Me voilà au bout de cette rencontre, je n’en serai pas sorti indemne, pour une interview qui a commencé à 18h, j’en suis parti à presque minuit. Benoit n’aura pas dérogé à la règle, il sait recevoir, on a mangé des pizzas, je ne sais plus combien de bières on a bu, et fini au rhum. C’est ce que l’on appelle un traquenard, mais j’aime ça.

    Cela aura été une magnifique rencontre, Benoit est unique en son genre, un mec extra, vraiment à part. Il ne se prend pas au sérieux. Bon je n’aurais pas réussi à faire une photo sérieuse avec lui, pourtant j’aurais essayé. Mais il me l’a promis quand on se reverra pour une bringue ou soirée apéro. Le plus dur aura été de retranscrire ses propos, Benoit est un mec nature, donc âmes sensibles s’abstenir. Si j’avais écrit pèle mêle ses réponses, il aurait fallu vous le passer avec un code parental le premier samedi du mois.

    Je souhaiterais finir cette interview en remerciant Pierre Ezcurra, personnalité connu au  Pays Basque grâce à ses splendides photos de trails. En effet, il se trouve sur la plupart des courses, toujours bien placé, il met systématiquement ses photos en accès libres, elles sont toujours magnifiques. Vous pourrez vous en rendre compte car toutes les photos de cet article viennent de lui. Milesker Pierre“.

     

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