vendredi, juillet 19, 2019
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Luca Papi – Mon défi à la Transgrancanaria 2019

Luca Papi – Mon défi à la Transgrancanaria 2019

Mon défi à la Transgrancanaria 2019

Cela fait quatre ans que je me rends à Gran Canaria pour y courir la Transgrancanaria, très belle course de début de saison, idéale par son climat estival lorsque l’hiver parisien bat son plein. La 360° existe depuis 2 ans.  C’est une épreuve qui sort un peu de l’ordinaire du fait de sa distance et de son format en semi-orientation. Semi car il n’y a pas de balisage mais il y a quand même une trace GPS à suivre et les ravitaillements sont espacés de 21 à 75km. Du coup, on doit sortir chargé comme un mulet de la base vie. On a tout de même droit de s’arrêter en cours de route pour acheter de la nourriture dans les commerces… La base du trail quoi, et surtout quelque chose qui me correspond parfaitement 😊😊😊.

Lors de ma première participation en 2017, je m’étais dit que ça pourrait être fun d’enchaîner les deux courses tout en me rendant compte de la grande difficulté de ce défi. En ayant remporté la course en 57 h, j’étais à 5h du départ de la 2nde course et pour gagner on ne s’économise pas tant que ça… Autant dire donc que c’était un défi quasi impossible à réaliser : l’idée m’a plu 😉😊 L’édition 2018, par son tracé, était un peu plus facile. Cette année-là, après avoir terminé 3ème en 53h, je me lançais sur la course de 128 km, en étant déshydraté et sans avoir dormi. Je fus contraint à l’abandon au bout de 30km. Je n’aime pas rester sur un échec… Me voilà donc de nouveau en 2019 sur la ligne de départ de la Transgrancanaria 360, ce mercredi matin à 9h, avec comme but premier de pouvoir terminer mon challenge !

Ma victoire sur la 360°

Je pars tranquillement, la trace GPS chargée sur mes montres (une Garmin Fenix 5 x plus, une 5x et une 910 en backup dans le sac) et mon portable, avec comme seule appréhension le fait que je ne connais pas encore très bien la 5x plus que je n’ai eue que deux jours avant. Je m’en sortirai quoi qu’il arrive 😉 Mon assistance peut me suivre précisément grâce à la balise « inreach mini » de Garmin, et même m’envoyer des messages… Très pratique quand on sait que le premier point de rdv est à la Aldea, 71km après le départ… Si on ne se trompe pas de chemin…

Transgrancanaria

Le parcours est donné une bonne semaine en avance, suffisamment tôt pour reconnaître quelques passages lorsqu’on est déjà sur place. Au vu des reco entreprises, je constate que le parcours sera davantage sauvage cette année… Tout ce que j’aime !

Transgrancanaria


Les premiers sont déjà loin au bout de 15km. Moi je vais à mon rythme, avec Omar (un copain Italien avec qui on a fait chambre commune avant la course comme chaque année) et Claudiu (Roumain qui est très sympa et avec qui on papote bien, excellente compagnie). Pas la peine de se presser, les 8 et quelques km/h que l’on tient sont plus que suffisants, on est presque trop rapides 😉… 18km et première vraie difficulté : on descend dans un aqueduc, qui passe dans plusieurs tunnels plus ou moins longs à flanc de montagne. Le décor est très beau… Et l’aqueduc plein d’eau (entre 5 et 30cm d’eau tout le long ). L’eau est gelée… Avant de mettre les pieds dedans j’ai perdu 1 min pour changer mes chaussures et mettre mes FiveFingers « Vtrail », histoire de garder sèches mes chaussures une fois sorti du tunnel… Le tunnel est long, ça n’en finit pas… Je suis toujours impressionné par le travail qui a été fait par cette population pour ramener l’eau, qui leur est vitale. Des tunnels à taille humaine ou l’on peut tout le temps tenir debout, sur des km et des km… Et il y en a plein partout dans l’île ! Celui-ci est heureusement en très bon état et mise à part la boue en quelques parties, on avance bien ! Vers la fin, j’étais heureux d’apercevoir les photographes qui annonçaient la proximité de la sortie, suivis de Fernando posé sûr le bord du tunnel avec d’autres membres de l’organisation pour nous indiquer la sortie ! Youpi, ça fait bientôt 3h et j’étais parti avec seulement 750ml d’eau. Le village est à 1km environ de la sortie. On pourra se ravitailler au bar ! À l’entrée du village, petit arrêt et changement de chaussures (ça fait du bien de retrouver des chaussures sèches) puis direction le bar : banane, coca, eau et même une petite « ambrosia de Tirma ». C’est reparti direction Mogan où un restaurant est ouvert sur le chemin… La montée suivante est facile, une fois en vue de Mogan, je sors mon téléphone et hop :  « svp deux portions de papas arrugado dans 30’ », ça sera prêt quand on y sera 😊 Et en effet c’était prêt ! Il est important de se poser de temps en temps vu la chaleur. Il est 14h et ça va être encore long !

On repart tranquillement, toujours à trois, pas trop chargés en eau car les villages se succèdent et dans 12km, il y a même un supermarché. 2h après nous voilà en train de faire nos courses, un Clipper fraise pour moi ainsi qu’une glace 🍦 et de l’eau bien sûr, cette fois-ci je charge car les prochains 20km il n’y aura rien jusqu’à la base vie ! Omar restera derrière à partir de la montée après Tasarte. Je continue avec Claudiu, on s’entend bien et il avance à la bonne allure pour moi. Je suis content et en confiance car la toute nouvelle Garmin est vraiment TOP, la carto intégrée m’aide énormément et du coup, pour le moment je n’ai pas encore sorti mon portable. Un vrai luxe ! Très bel outil qui va me faire gagner un temps fou je pense… A l’entrée de la Aldea, on rejoint un petit groupe de coureurs, on allume les frontales et 45 min après, nous voilà dans la première base vie, 75km environ déjà parcourus et près de 4000m de D+.

Je retrouve d’abord Rossano qui m’attendais à l’entrée. Il filme en direct sur ma page histoire de donner des nouvelles aux amis qui me suivent et il me donne quelques informations : les premiers sont passés déjà il y a 2h10, on est dans les 20, tout va bien. A l’intérieur, Céline, Vivien et ma maman (et oui j’ai offert 3 semaines de vacances à ma mère cette année, qu’elle puisse aussi profiter) qui m’attendent. En 2 secondes, Vivien est dans mes bras. Je me ravitaille rapidement puis Claudiu et moi repartons direction Artenara, deuxième base vie, 55km et 5000m plus loin. Mais surtout de nuit et donc sans ravito entre les deux car les commerces sont fermés. Je repars donc avec le plein : 3l d’eau et deux bouteilles de 500ml, des amandes de Tejeda et du touron de gofio.

On n’est pas loin d’un petit groupe de 4 coureurs, parfois on les devance, parfois on les suit… Ca avance bien, et dans 15km on va arriver à la partie de parcours que j’ai déjà reconnue la semaine dernière, et là ça va être du bonheur J. Mais pour le moment on est sur une partie de parcours entre le hors chemin et les vieux chemins non utilisés, de nuit et en orientation GPS principalement… Sympa mais très long… Bref, après 2 ou 3h passées à monter et descendre, on est enfin en vue du Carrizal de Tejeda. Je remercie Claudiu pour sa compagnie puis je pars tranquillement en trottinant. Il est minuit passé, le ciel est dégagé et il fait frais. La pleine lune est belle, j’éteins ma frontale et c’est parti !

Il me faudra une bonne heure avant de repasser les 4 coureurs qui nous avaient distancé, surpris de le voir passer en coup de vent lors d’un arrêt, et encore une ou deux bonnes heures avant de commencer la descente vers Tejeda, ou vers 4h30- 5h du matin je ferai une petite pause encas à la station essence. C’est parti pour la dernière ascension jusqu’à la cruz de Tejeda avant les 8km de descente et la base vie d’Artenara. J’ai droit à un magnifique lever de soleil sur une mer de nuages c’est top !

Transgrancanaria

La descente vers Artenara se passe bien, j’arrive à la base vie à 9h, 8ème position, 2h10 derrière les premiers : l’écart ne se creuse pas ! Excellente nouvelle ! Un bon petit déjeuner en famille et c’est reparti pour une bonne et chaude journée, les sensations sont bonnes et le début de crampes que je ressentais la veille est parti. Tout va bien même si je sais que je suis un peu trop lent pour mon objectif de repartir sur le 128km demain soir 23h… Il va falloir que je me dépêche ! Parc Tamadaba, descente dans la vallée d’Agaete, petit bar à San pedro toujours là avec ses bons jus de fruits frais… Je laisse l’ami Stephane Higueret que j’ai trouvé dans la descente et j’attaque la montée, qui se passe très bien. Je connais l’endroit, très raide mais rapide. La redescente pour Guía est également facile. En haut, je retrouve Josefir le photographe, un petit coucou et hop direction la base vie.

Transgrancanaria

J’arrive à Guía à 14h . 1h20 derrière les premiers en 4ème position (mais je ne le savais pas). Ravito rapide, ½ l d’eau dans les bidons et c’est reparti, pas besoin de plus car là on va passer plein de villages et il est inutile de se charger de trop, une glace par ci, une bouteille d’eau par la et c’est réglé. Valsequillo est dans moins de 50km, c’est relativement roulant ! Tout va bien… 17h j’arrive à Teror. Une bonne halte sandwich et boisson sur le bar de la place de l’église ou m’attendent Rossano, Céline et maman avec Vivien. Pas d’assistance mais on se pose 2 min ensemble. 19h la nuit tombe, j’aperçois une frontale au loin dans la montée et en effet c’est Joao, longtemps en tête, qui a un coup de moins bien… 5 min avec lui, histoire de papoter un peu et voir si tout va bien et je repars tranquillement à mon rythme, direction la Vega de San Mateo, 10km avant la base vie de Valsequillo… la descente est facile, longue mais sans difficulté, il y a une partie qui a été coupée car trop glissante… du coup ça avance encore plus vite 😊. Vega de San Mateo, j’y arrive vers 21h30. Un deuxième sandwich et boisson rapide, puis direction Valsequillo, une dizaine de km après 😊😉.

Transgrancanaria

Sans encombre, en gardant mon rythme assez soutenu et frontale éteinte, j’arrive vers 23h à la base vie : Ross comme d’habitude m’attend devant, il filme et surtout il me donne les nouvelles et là… Il me dit juste que les deux premiers sont encore en train de se ravitailler 😊😊😊 Content, je rentre dans la base vie : Valsequillo, c’est là où on a toujours les fraises 🍓 : un bonheur ! Même si je suis assez cuit par le soleil des deux journées passées. Ma langue est brûlante et douloureuse je déguste quand même… Je suis content de retrouver Eugeni, avec qui j’ai terminé troisième l’année dernière, ainsi que Ivan qui a fait aussi le pari de repartir sur le 128km demain… ils m’ont attendu, je le ravitaille rapidement et c’est reparti, cette fois ci à trois 😊

On avance plutôt tranquillement direction Tenteniguada, et c’est là que je revois Rossano et Céline. Vivien dort dans la voiture, je les salue puis je salue aussi les copains… Oui, ça ne va pas assez vite pour moi ! C’est la deuxième nuit blanche, et à ce rythme je suis en train de m’endormir : quand c’est comme ça soit je m’arrête dormir, soit j’accélère et le sommeil passe. Je ne veux pas traîner et je sens que si je reste avec Ivan et Eugeni je n’avancerai pas si vite. Mon choix est fait : pas le choix va falloir pousser, ça doit passer ! Face à nous un mur de 4km et 800m, avec un petit plat de 700m au milieu ce qui fait 3,3km pour 800m, les 500 derniers sont en crête dans un vieux chemin… qui n’existe plus, on le devine, il reste les cailloux alignés au sol, au milieu de plantes et buissons parmi lesquelles il faut se frayer un chemin… A la sortie de tout ça je suis devant, une frontale à 3 min et l’autre à plus de 10 min. Les copains de WAA m’attendent en haut pour filmer. Je ne peux pas trop papoter, faut creuser l’écart… on arrive à la route et là, en la quittant, trois chemins parallèles… Tous tout droits… lequel choisir ? Si je veux garder l’avance faut viser juste ! Je choisis à gauche et rapidement je me rends compte qu’il fallait prendre celui du milieu, pas grave il suffit de grimper une dizaine de mètres et hop… me voilà en train de courir frontale éteinte, pour ne pas me faire repérer… À ce moment-là, plein de questions défilaient dans ma tête : la moins importante était : « est-ce-que je vais leur tenir tête et rester devant ? » La plus importante était : « est-ce-que je vais arriver à temps, assez frais pour repartir ? » Cette année c’est vraiment difficile, une vraie course, celle à laquelle on ne s’attend pas. J’avais pris en plus deux beaux coups de soleil ☀, chose qui n’allait pas aider…

La descente vers Santa Lucia commence. Je suis seul, je continue à mon train en espérant ne pas me faire rattraper car Eugeni, lui, il descend vraiment très vite ! 3h43 du matin me voilà enfin à Santa Lucia, pas d’assistance, j’ai demandé aux amis de rester à la maison. Ce sera un stop and go, surtout que le but est que les poursuivants ne me voient pas ! Arrêt donc rapide, je mange, bois des jus de fruits et un bon café et je repars : pari réussi car personne n’est en vue (aujourd’hui en regardant le classement je me rends compte que Eugeni est passé un peu plus de 2h après moi : j’avais de la marge !) Il me reste 4 ou 5km de plat avant d’attaquer la prochaine et dernière montée et cette partie on la reconnue en partie. La montée est raide mais relativement facile… Ce que je n’ai pas reconnu est la suite : on y passe chaque année mais par des « chemins » différents et là il n’y a pas vraiment de chemin, juste des tas de cailloux qui se mêlent aux rares cairns… bref… Je galère un peu, surtout que je suis de nuit ! Heureusement que l’organisation a bien pensé à mettre quelqu’un à cet endroit là pour nous indiquer la suite car sur cette partie, va pas falloir se louper !  Ouf, c’est fait. il ne reste plus qu’à descendre jusqu’à la plage… On en est à 230km de course, il reste la descente et 20-25 km de plat pour finir ! Le jour se lève, la chaleur que je redoute arrive, et le paysage est très beau avec cette route construite sur la crête de la montagne, presque incroyable à voir… une fois en bas la dernière difficulté commence et pas la moindre : du plat jusqu’à l’arrivée ! Je suis mal, j’ai le ventre en vrac depuis le café et je titube, mon seul choix possible est de courir, car je sens que je vais tomber si je m’arrête. Et si je tombe,  je ne sais pas si je pourrai me relever… bref… la seule solution c’est de courir et de finir vite. Je suis épuisé mais ça je sais le faire. Je pense à l’ami Alexandre Forestieri, lui aussi il sait… Quand on doit le faire on le fait, avancer sans s’arrêter… Je ne suis pas venu là, pour m’arrêter comme ça, donc j’avance… et je me retrouve à avancer à 10km/h sur cette plage qui n’en finit pas !

Lors que je vois le phare je sais que c’est presque terminé… Et ça commence à aller mieux niveau estomac, tant mieux ! Il est 11h et j’ai bientôt terminé ! Ça va être bon aussi pour repartir sur le 128km !
J’y arrive, puis dernier rond-point, Bernard et Ross m’attendent et filment. Les barrières et l’arche d’arrivée sont là.

Il y a pas mal de monde, je prends le temps de saluer les spectateurs et tape leurs mains, avant de passer cette tant attendue ligne d’arrivée 1er, à 11h13 ! C’est comme une libération, et une joie 😊 ! Vivien et Céline sont là, quelques mots rapides au speaker et au public et les voilà dans mes bras ! Le bonheur !

Ma récupération expresse

Maintenant il faut penser à me ravitailler et à me poser, mais pas facile : tout le monde veut me féliciter et me poser des questions… 1h environ pour sortir de la zone d’arrivée, direction le repas en passant par le bar où Bernard m’offre une bière. Pas le mieux pour la récup mais ça fait tellement de bien 😉, et Luis, le barman nous offre des sandwichs. Il est toujours là et toujours aussi accueillant ! Un massage (Qu’est-ce que ça fait du bien, même si ça brûle énormément entre les multiples entailles et les coups de soleil) , des photos, des questions à ne plus en finir et nous voilà au repas 🍴 : il est 13h déjà, la langue brûle toujours et ma tête est chaude, le coup de chaud 🔥 est bien là, je mange 3 ou 4 salades et des fruits, je bois beaucoup histoire de me réhydrater un minimum… déjà 14h, je loupe le deuxième, Eugeni, alors que je voulais l’attendre. Direction la maison maintenant il faut dormir 😴 : c’est le sommeil qui m’a fait défaut l’année passée et tout va se jouer là-dessus. 15h30, je prépare ce qu’il faut pour la suite. 16h, je suis allongée, je dormirai profondément jusqu’à 19h. Au réveil je vois que Céline a pensé à finir mon sac et mettre tout en charge, excellent ! Mamma a préparé un petit repas, je ne mange pas beaucoup, je n’ai pas vraiment faim.

Transgrancanaria

20h30 on se met en route : le temps passe tellement vite… J’essaie de dormir en voiture, je n’y arrive pas vraiment… 22h Las Palmas, on se gare au bout de la plage, direction le départ ! Une glace au passage, quelques photos avec les passants et nous voilà à 22h50 prêts dans le sas de départ. Bernard nous retrouve au dernier moment : c’est top 🔝 le trio est complet, on attend les feux d’artifice 😊😊 Pas difficile de me suivre sur ces premiers km, car à tout coin de la rue on entend « vamos Luca Papi ! Ánimo ! » et oui il y en a qui ont suivi et m’encouragent tout le long. Ca fait du bien, ça pousse un peu ! C’est ce qu’il faut car même si ça va mieux c’est pas top, heureusement que Bernard joue la barrière horaire 😜 ça fait du bien des fois de courir à l’arrière du peloton : ça me remet à ma place.

Ma deuxième course

Le départ est passé, je sais que d’habitude la barrière horaire du départ est la plus difficile, d’habitude quand on repart il suffit de se faire mal 1h ou deux puis ça passe, tout va bien… mais là… là c’est différent … Pour faire podium, on ne se préserve pas vraiment et là, je le ressens bien ! Le plus dur sera certainement d’avoir à gérer le sommeil et cette déshydratation qui m’avait mené à l’abandon déjà l’année dernière. 1h32, nous voilà à Arucas, km 16, avec une bonne avance sur la barrière : le ravito est sympa, on m’accueille en vainqueur (va comprendre, je suis dans les derniers) avec de la musique italienne et une ambiance de folie 😊 On est peu nombreux au ravito, les derniers coureurs ne doivent pas être très loin. On prend le temps de manger (en plus il y a tout ce qu’il faut : avocats, tomates, olives, concombres… bref, on se régale 😉😊) et on repart toujours dans cette belle ambiance.

Transgrancanaria

On avance tranquillement, on pousse un peu dans les montées, on courotte sur le plat et on trottine dans les descentes, histoire de rester assez loin de la barrière (jusqu’à Artenara elle est à 4.2 km/h, puis elle descend à 4). On arrive tranquillement à la dernière montée avant Teror : ce beau col ou la veille j’étais bien en forme et j’ai vraiment bien poussé. In est en avance, on descend tranquillement vers le ravito et on y sera pour 4h10 du matin à presque 1h de la barrière ! Tout va bien, il y a même un barbecue et le fameux chorizo de Teror : une bonne pause avant de repartir, he ne veux pas trop traîner car c’est là que je me suis arrêté l’année derrière ! Bernard reprend tout juste la course après un assez long arrêt, il a décidé de courir le 128 juste pour m’accompagner dans ma folie et ça lui fait une bonne reprise ! Il n’avance pas vite mais pour l’instant il gère et c’est un vrai métronome : ça me va, car il calme nos envies d’avancer vite, qui pourraient nous faire mal… Rossano suit sans problème, il est un peu en sous régime donc il gère… la sortie de Teror será un vrai soulagement pour moi ! Mais ce n’est que le début de la petite galère qui va durer quelques heures

En effet une fois parti de Teror, la fatigue arrive : je ne me rappelle plus trop du paysage ou d’autres détails, juste que j’ai difficilement avancé, en titubant, les yeux presque fermés, et ça jusqu’à environ 7h. Rossano derrière moi, histoire de surveiller et voir que je ne tombe pas dans le vide. Je me suis permis de faire même deux arrêts avec sieste, confortablement installé sur le sol béton, et j’ai bien dormi et même ronflé durant les 20 min que je me suis donné… 7h, encore du temps avant d’arriver à Moya et son bon fromage … Et la barrière de 8h qui s’approche… 7h30 on laisse Bernard derrière et on accélère car on doit passer cette barrière, 7h41 on pointe, 7h43 on est au ravito qui ferme… la barrière était en fait à 7h40 ! Vite on embarque des sandwich, de l’eau, je goûte un peu de fromage et c’est reparti, la bouffe à la main pour pas être éliminé, Bernard nous a rattraper au ravito in extremis !

Transgrancanaria

On repart donc à trois. Il fait maintenant jour, la prochaine partie nous emmène à Presa de los Pérez, joli barrage au milieu de rien aux pieds du parc Tamadaba… Une belle montée, une belle descente puis petite montée jusqu’au ravito, Bernard commence à accuser le coup, ça va mais à son rythme pas sûr qu’il soit dans les temps. Il fait beau, il y a un bon soleil et la journée va être encore une fois très chaude : va y avoir du dégât ! Au début de la dernière ascension, on laisse Bernard derrière, il sait que ça va être compliqué de passer la prochaine barrière et nous dit de partir sans lui : on accélère un peu et on commence à passer du monde. On arrive au barrage à 10h26 pour une barrière à 10h40. Ravito rapide et c’est reparti. Il fait déjà 20 degrés environ et l’ambiance au ravito est plutôt sympa. Déjà beaucoup de monde très fatigués qui attendent d’être rapatrié… faut pas traîner !  

Un arrêt rapide et nous revoilà en train de monter, direction le haut de Tamadaba avant de redescendre vers Artenara : après le ravito maman, Céline et Vivien nous attendent à notre restaurant préféré : Arte Gaïa, où la patronne à vu mon post Instagram et est en train de nous préparer une bonne salade  mixte et des « papas arrugado con mojo » : excellent pour reprendre des forces à la mi-course ! Il fait de plus en plus chaud 🔥 et on commence à passer pas mal de monde, tous bien fatigués. Nous on avance bien, grâce aussi à Bernard qui nous avait préservés (on apprendra ensuite qu’il a abandonné à Artenara) et à 13h on est à Artenara, ravito rapide et direction le restaurant. On mange bien mais rapidement, accueillis toujours très bien, on repart à 13h24 pour la barrière de 13h30 : tout va bien et on continue à remonter du monde !  Cette montée facile de 7km va nous ramener à la Cruz de Tejeda, à 1700m environ, qui surplombe Tejeda 5km plus bas, ou se trouve le prochain ravito : 11,5 km au total et on a 3h ! Excellent ! On a même le temps de prendre un ticket à la Dulceria nublo pour acheter une glace et surtout des amandes et un ou deux de ses excellents gâteaux aux amandes, le produit typique du coin ! Après ça direction le ravito, on a toujours de l’avance, on rencontre plus en plus de coureurs… on est passé de la 695eme place à la presa de los Pérez à la 618eme à Tejeda et ce n’est pas fini ! On est bien, les autres n’ont pas l’air aussi bien, au Roque nublo. 1h40 et 8km de montée après on pointe à la 570eme place ! Et à Garanon (barrière horaire 19h) on y sera à 18h15 avec 45’ d’avance !

Transgrancanaria

On monte les 300m de d+ qui nous restent puis on entame la longue descente qui nous sépare de l’arrivée (et oui, il doit rester 38km et à peine 3 ou 400m de montée) et on allume pour la quatrième fois les frontales, mon binôme va bien, moi aussi même si je suis inquiet, car je sais que je n’ai pas dormi énormément depuis le début de l’aventure mercredi (3h vendredi midi puis 2×20 min la dernière nuit) et il faut absolument qu’on arrive avant que mon coup de barre arrive à son tour, car s’il arrive cette fois-ci je vais dormir une dizaine d’heures et je ne pourrai pas lutter… On arrive à la route et là on entame la nouvelle partie de parcours : de nuit on n’a pas de repères. C’est juste interminable ! On arrivera au ravito à 21h30, cette fois-ci la barrière ne nous inquiète plus. On repart, direction Ayagaures, cette nouvelle partie est roulante au début puis technique à la fin, on y était passé l’année dernière dans le sens contraire lors de la 360…

23h30 voilà la fameuse paella de Ayagaures. La fin est proche et une partie difficile nous attend : après la côte de 3km en faux plat montant, la descente puis 10km dans un lit de rivière très irrégulier, plein de cailloux… C’est difficile d’avancer, mais avec Ross on a décidé de les courir car on veut arriver vite ! On passe plein de monde, on court presque tout le long car on veut arriver le plus vite possible, et ça paie car du coup mon envie de dormir ne vient pas ! Je suis heureux car je me dis que je suis presque au bout de cette balade ! On arrive à Parque sud, encore un arrêt rapide et 30’ après nous voilà sur la ligne d’arrivée ! Et à 2h29 du matin il y a quand même pas mal de monde ! On est acclamé en vainqueur, c’est cool, et cette fois-ci c’est terminé pour de vrai ! Je suis heureux, je ne réalise pas vraiment ce que je viens de faire …  Comme le dit très bien Scott Jurek dans son livre « parfois il faut juste faire les choses ! »

Transgrancanaria

À l’arrivée je passe une bonne demie heure à prendre des photos avec ceux qui m’ont attendu, partager mon expérience… Je remercie encore et encore Ross de m’avoir accompagné, un peu sacrifié ses objectifs pour rester avec moi…. On part manger puis on rentre se coucher, une courte nuit, à 10h du matin je suis déjà de retour à l’arrivée, pour papoter avec les amis, venir saluer ceux qui sont venus m’attendre et me voir. Et surtout je vais accueillir le dernier de la 360 : un des seuls qui a couru plus longtemps que moi ! La remise des prix c’est du bonheur, et les retrouvailles avec Ivan, mon ami Eugeni et tous les autres coureurs de la 360 aussi ! Et après ça un bon repas mérité avec la team WAA !

Transgrancanaria

Voilà comment j’ai vécu cette aventure… je n’ai pas tout dit, j’en oublie certainement, mais c’est la vie ! Et oui, je l’ai fait… J’ai toujours aimé les enchaînements. C’est moi, je suis comme ça, tant que ça passe niveau timing j’enchaîne, c’est mon truc… Et oui je l’ai fait… C’était dur, mais personne ne m’avait dit que c’était impossible, donc je l’ai fait 😉 Durant la course je pensais souvent à ce que disait ma grand-mère :  « volere è potere »  (vouloir est pouvoir)… j’ai voulu et je l’ai fait ! Attention : je ne dis pas à tout le monde de faire pareil, seulement à ceux qui veulent 😜 et pour le faire, il faut surtout apprendre à s’écouter, et non pas un minimum. Il faut très bien se connaître, reconnaître les signes que nous donne notre corps et savoir comment le pousser au-delà de ses limites, mais sans aller à la casse… Cette fois-ci j’étais sur le fil, j’ai fait ce qu’il fallait, et je suis heureux d’avoir été au bout ! Merci à Arista, à WAA sans qui je n’aurais pas pu venir, Vibram pour l’accroche, Fulvio pour la paire de jambes en plus… Htmoi et la lune pour la lumière 😉 sans oublier Arte-Gaia pour toutes ces attentions, et tout ce peuple Canarien pour son accueil vraiment sublime (Will et Aday, les amis de Artenara…)

Transgrancanaria

…. Il ne me reste plus qu’à finir 4 ou 5h plus tôt pour pouvoir partir sur le marathon avant de partir sur le 128km 😜😉😂. À bientôt Gran Canaria !

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