Ultra Trail du Mont-Blanc « Du rêve à la réalité … »

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UTMB

La nuit du mercredi 30 août a été courte, le jour du grand départ est enfin arrivé.

Avec Nicolas, mon éternel binôme de course, cela fait trois ans que nous y pensons et que nous nous entraînons dans ce but ultime… courir l’Ultratrail du Mont-Blanc et ses 171km/10000D+.

L’ UTMB c’est le sommet mondial du trail-running, cinq courses sont au programme :

  • La PTL (Petite trotte à Léon) 290km/26500D+, elle ouvre l’évènement. Son concept est original et ses spécificités hors normes la distinguent des autres courses.
  • L’UTMB 171km/10000D+ La course originelle.
  • La CCC (Courmayeur Champex Chamonix) La porte d’entrée dans l’ultra-endurance 101km /6100D+.
  • La TDS (Trace des Ducs de Savoie) 119km/7250D+ la sauvage.
  • L’OCC 56km /3500D+ La petite sœur helvète.

Direction Chamonix

Le rendez-vous est pris avec Nicolas pour 9h30 direction Gare de Lyon. Le départ de notre histoire UTMB est annoncé pour 10h40 en voie 17. Dans le TGV direction Annecy, je reçois un sms de l’organisation UTMB m’indiquant qu’une décision serait prise au plus tard le lendemain matin 7H concernant le choix du parcours. Les conditions climatiques prévues s’annoncent extrêmes.

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Retrait des dossards et plus si affinité…

A peine arrivé, direction la remise des dossards avec la présentation du matériel obligatoire. Cette année, en plus de la liste aléatoire, nous avons l’obligation de présenter notre veste ouverte avec capuche visible car les conditions météo s’annoncent difficiles. Après avoir satisfait à la vérification du matériel, nous sommes invités à tendre le bras pour être équipé du traditionnel bracelet qui nous permettra d’accéder à toutes les bases de vie et ravitaillement pendant la course. Il ne reste plus qu’à « pucer » nos sacs pour le livetrail.

Nous récupérons notre tee-shirt UTMB Columbia où la taille S est une espèce en voie de disparitions depuis plusieurs années. « Dommage qu’une si belle organisation ne soit pas en mesure de garantir les tailles demandées par les coureurs lors de l’inscription. »

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Le Gîte Chamoniard volant

Je retrouve Nico, il est 19h passé, nous avons rendez-vous à 20h pour une « pasta party » improvisée chez un ami, Régis, lui-même candidat au titre de Finisher de l’UTMB. Nous passons par notre gîte le fameux « Chamoniard Volant », où nous prenons possession de notre chambre et ses quatre lits…superposés. Les deux du bas étant déjà pris, nous reste l’option du haut. J’appréhende déjà la descente du lit après la course. Nous passons une soirée très agréable autour d’un dîner très « utmbesque », pâtes complètes et charcuterie montagnarde agrémentés de discussions passionnantes autour de notre passion commune : la montagne et le sport en général.

23h30, il est temps d’aller dormir

De retour à notre gîte, nos « colocataires » de chambres sont déjà couchés, nous les imitons. La nuit fût agitée et le sommeil léger. Il est 7h, Chamonix s’éveille, le sommeil me fuit, je me lève imité très rapidement par Nico. Nous faisons la connaissance de Gao, en provenance de Mangalore en Indes. Un passionné de montagne, Finisher de la précédente édition de l’UTMB et futur partant du non moins mythique Tor des Géants. Cet UTMB rassemble des personnes du monde entier, c’est très enrichissant. Nous discutons tout en préparant nos affaires, puis nous allons sur le « village de course ». L’ambiance sur le salon ultra-trail est particulière, le temps est comme suspendue, Chamonix est en attente de ses coureurs.

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Je reçois un sms de l’organisation : UTMB 18h30, parcours normal sauf Pyramides calcaires et Tête au Vents (montée direct à la Flégère) ATTENTION neige à 2000m et température ressentie -9°C. Mon premier sentiment est la déception, puis celui-ci laisse place au soulagement de partir sur le parcours originel. Rendez-vous pris pour 17h30 sur la ligne de départ. Nous nous allégeons de nos sacs de délestage que nous retrouverons si tout va bien à Courmayeur le lendemain en fin de matinée.

Il est 17h45 et il y a déjà beaucoup de monde, on voit à peine l’Arche UTMB, encore 45’ à attendre.

Le grand départ

18h30 : c’est l’heure du « Grand Départ » .Que dire, l’émotion est très forte, les yeux des coureurs autour de moi sont humides, les miens aussi. Chamonix résonne, chante, et encourage. La musique du départ est enivrante. On oublie tout, quelques instants en suspens, c’est magique. Chamonix nous fait une haie d’honneur jusqu’à la sortie du village montagnard. Je suis à cet instant heureux et fier d’être là, une pensée des miens vient me foudroyer d’émotions. Que c’est bon de vivre. Nico est dans le même état que moi c’est un moment que je n’oublierai jamais.

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Les Houches

Un flot de coureurs ininterrompu sort de Chamonix en empruntant la fin du parcours de la TDS en sens inverse. Le terrain est peu technique et le dénivelé quasi nul ( 8km/128D+) jusqu’à la première ascension, Le Delevret et ses 740D+. Nous passons Les Houches et le premier ravitaillement sans même nous arrêter, ce sera bien la seule et unique fois de la course.

Saint-Gervais/ les Contamines 5’ d’arrêt

La première ascension est avalée rapidement, devant moi Nico et Régis avancent très bien. Je me mets un peu dans le rouge pour suivre la cadence. Il est 20h34, déjà 2h de course et nous basculons direction Saint-Gervais. L’allure est bonne 6,61km/h de moyenne !

La nuit est déjà là, nous allumons les frontales et attaquons cette première descente de 900D- . Je m’économise et ménage mes cuissots, la route est longue et la boue a déjà fait son apparition. Nous atteignons Saint-Gervais km 21,6, Il est 21h44. Premier ravitaillement, je fais la connaissance de Sonia, une bénévole fort sympathique qui me « recharge » en eau.

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Le doute…

Je trouve le début de course assez cassant, je n’ai pas trop la pêche depuis le départ. J’avoue à Nico que je n’ai pas de jus, que je ne prends pas de plaisir. Pourtant l’allure est top, 3h13 de course 6,61km/h, mais le corps et du coup la tête n’y sont pas. Je prends à peine le temps d’admirer cette église éclairant ses magnifiques peintures. Les dix kilomètres nous séparant du prochain ravitaillement m’ont paru une éternité. Pourtant, 1h50 nous a suffi pour rallier Les Contamines (31,6km/1400D+), il est 23h35 5h05 de course. Arrêt express, on ne s’attarde pas, il y a beaucoup de monde, ça se bouscule ! Et surtout les jambes et le moral reviennent! Il m’a fallu 30 bornes pour dérouiller la machine.

La Balme

Enfin de bonnes sensations, les 8km/564D+ passent très bien, nous alternons marche, course et reprenons plus de 340 coureurs. Il est 1h17 quand nous atteignons La Balme, km 39,9 2000D+. Il commence à faire froid. Au ravitaillement une bénévole nous alerte sur les conditions au refuge de la Croix du Bonhomme (alt 2456m), la neige, le brouillard, le vent glacial, (température ressentie -10°C) et le brouillard vont nous accompagner une bonne partie de la nuit. Nous décidons de nous couvrir sérieusement avant de repartir. Bonnet, gants et veste technique sont de sortie. Prenons les choses du bon côté, le sac devient de plus en plus léger.

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Le refuge de la Croix Bonhomme

Nous attaquons les choses sérieuses, le Col du Bonhomme et le refuge de la Croix du Bonhomme, 5,5km/778D+. Nous arrivons au sommet à 3h02 et avons gagné encore une quarantaine de places. Je suis surpris de voir les gendarmes du peloton de haute montagne (PGHM). Je les remercie pour leurs encouragements, et repars aussitôt en leur souhaitant bon courage car les conditions sont extrêmes.

Les Chapieux

La descente de 4,9km/ 900D- nous a pris une heure. Le terrain est de plus en plus boueux. Nous nous faisons « badger » à l’entrée et à la sortie du ravitaillement. Nous restons peu de temps, il fait chaud dans les tentes et très froid à l’extérieur seulement 9’ d’arrêt au stand et repartons pour un des gros morceaux de la course.

Col de la Seigne l’enfer commence…

En repartant des Chapieux, je ne me doutais pas de la difficulté du tronçon à suivre. Un KV sur dix kilomètres dans des conditions apocalyptiques. Nico part devant, je n’arrive pas à suivre. A la moitié de l’ascension, la fatigue m’envahie. « Je somnole, divague et commence à avoir des hallucinations. Un Hérisson géant, des animaux sauvages m’accompagnent. » Qu’est ce qui m’arrive, je ne comprends pas mon état. On est parti seulement depuis une dizaine d’heure et je me trouve dans un état de somnolence. J’ai envie de dormir, je m’endors quelques secondes en marchant. Je manque de tomber, je lutte contre mon corps, la bataille est difficile car il faut avancer. Je peste contre moi-même, puis contre Nico, j’ai envie de m’arrêter, de me poser dans un coin et de dormir quelques minutes. Mais ce n’est pas possible car il va s’inquiéter. Il fait trop froid, le vent et la pluie me glacent. Le paradoxe de cette ascension, j’avance et monte vers ce froid que je veux fuir.

Cet état léthargique va me quitter au lever du jour, j’ai tellement attendu ce moment. Il m’a fallu puiser au fond de moi pour avancer sans relâche. Cette fin de nuit m’a paru interminable. Il est 7h01, je franchis enfinle col de la Seigne, le paysage est à couper le souffle, le froid mélangé au brouillard et à la neige lui donne un aspect d’ère glaciaire. Je ne m’attarde pas, Il me reste 4,8km pour atteindre le ravitaillement du Lac Combal, un beau souvenir de la TDS. Malheureusement la boue a fait son effet et l’inflammation de mes tendons aux genoux s’est réveillée. La descente est un calvaire, les deux tendinites me bloquent les genoux. Cette sensations de brûlures que je connais trop bien me mine le moral, les autres coureurs me dépassent, des idées noires commencent à germer dans ma tête.

La décision d’abandonner se pose, plus je me rapproche du Lac Combal, plus l’envie de continuer diminue. Je retrouve Nico au ravitaillement. Je n’y crois pas. Cela doit faire 15’ qu’il m’attend, ça me rebooste. Je lui explique le problème, il me conseille d’aller me faire soigner. Ok bon même si je suis sceptique, j’y vais. Nous nous retrouvons tous les deux allongés sur un lit de camp, Nico en profite pour se reposer un peu et moi pour me faire bander les deux genoux. Nous sortons 15’ plus tard, on boit un bon café, c’est l’heure du petit-déjeuner. Je fais le point, je peux monter, je ne peux plus courir mais je peux marcher sur terrain plat et en descente … bah on verra! Je décide donc de poursuivre et d’aller jusqu’au Col Checrouit. On fera le contrôle technique plus tard.

Col Checrouit le soleil, l’Italie

Nous sommes restés pas moins de 40’ sur cette base de vie, il va falloir ré-attaquer en monté, comme on sait faire, pour reprendre de l’avance sur les barrières horaires. Quelques centaines de mètres plus loin, Nico s’aperçoit qu’il a perdu un gant Leki. Malgré un retour sur la base de vie, aucun signe de vie du gant. Nous passons par l’arrête du Mont-Favre, le temps est enfin clément avec nous, le soleil fait même son apparition. Il nous réchauffe le corps et le moral. Je peux enfin mettre mes lunettes de soleil Julbo. Nous redescendons sur le Col Checrouit à l’endroit même où deux ans plutôt nous nous attaquions à notre premier ultratrail.

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Il est 10h32, l’objectif des 17h de course à Courmayeur est toujours possible. Nous restons quelques minutes au ravitaillement sans se restaurer malgré des assiettes de pâtes et de la charcuterie locale fort appétissantes.

Courmayeur

La descente jusqu’à Courmayeur a été difficile mais je sers les dents. Nous récupérons nos sacs d’allègement, 17h09 de course! Nous décidons de se changer dehors, à la réception du sac, il y a peu de monde, nous serons plus tranquille. Nous avons bien fait, le gymnase est pris d’assaut, il n’y a pas de place, les plats de pâtes ne donne pas envie, surprenant au pays de la « pasta ». Nous rechargeons en eau, mangeons quelques fruits et repartons seulement 10’ plus tard pendant que d’autres coureurs se restaurent ou se reposent dans un espace prévu un peu à l’écart.

Refuge Bertone et Bonatti

J’attaque cette deuxième partie de course motivé. Je connais bien le parcours pour l’avoir fait l’année dernière lors de la CCC. La montée est sèche, 800D+ sur 5km, les sensations sont bonnes, nous montons le pas régulier sans pauses.1h20 plus tard nous atteignons le refuge. Je m’amuse des différences de tracé par rapport à la CCC. Le même refuge mais pas la même ascension.

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Arnouvaz

Les conditions météo se dégradent, la descente jusqu’à Arnouvaz, se fait sur un single extrêmement boueux. Nous sommes accueillis par des rafales de vent au ravitaillement. Malgré l’impossibilité de courir, nous avons repris du temps sur la barrière horaires, et récupéré nos places dans le classement après le retard pris au Lac Combal. On nous informe de l’obligation de mettre le sur pantalon pour pouvoir valider la sortie de la base de vie et pouvoir attaquer le fameux Grand col Ferret.

Le Grand Col Ferret

Le grand Col Ferret est difficile, 738D+/4,5km. J’ai fait son ascension l’année dernière sous une forte canicule. Cette année, les conditions nous ont rendu la tâche encore plus difficile. La boue pour commencer, la tempête de grêle pour suivre, la neige, le froid et le brouillard pour finir et vous avez les ingrédients d’une ascension dingue où certains coureurs ont préféré redescendre tellement la tâche leur paraissait impossible.

Il nous a fallu 1h52, ce fut long mais en haut un spectacle s’offrait à nous. Des parterres de fleurs blanchis par la neige et le sol immaculé par le gel à perte de vue. Je n’ai pu prendre de photo tellement le froid était mordant à 2529m. Nous sommes au km 100/6223D+, je sais au fond de moi que je vais venir à bout du Mont-blanc. Je dis à Nico sur un ton sarcastique, qu’après bientôt 24h de course je ne lâcherai pas, jamais ! J’avais oublié la descente de 9,5km/1000D- qui nous séparait de la Fouly, mes genoux aussi…

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La Fouly

Cette descente a été une grosse frustration, J’ai le souvenir de l’avoir littéralement avalé l’année dernière. J’ai essayé de trottiner en trouvant différente position pour gérer au mieux la douleur. J’ai pu malgré tout rester à une moyenne de 5km/h. Il est 19h51, j’appelle ma femme juste avant d’arriver à La Fouly, je sais que notre fils va bientôt se coucher et veux les entendre. J’ai une voix caverneuse dira ma femme plus tard. Je les embrasse et arrive à la base de vie. Le jour commence à décliner et la fatigue arrive doucement mais surement. En entrant dans la tente, une vidéo surprise de mes proches m’attendait en partenariat avec Crosscall. L’émotion est au rendez-vous…

Nous retrouvons Eric notre ami, essayant de se reposer malgré le bruit ambiant. Nous essayons de l’imiter, malgré la fatigue pesante, impossible de fermer l’œil. Il est 20h12 après une vingtaine de minutes, nous repartons de La Fouly avec notre fatigue et l’obligation de mettre la frontale pour notre sécurité. Le commissaire de course m’explique que, suite à un éboulis, nous allons passer par la route avec les voitures venant de face. Nous apprendrons plus tard avoir fait pas moins de 10km sur cette route.

Champex Lac

La nuit est tombée, elle s’annonce terrible. Nous commençons à sombrer dans les profondeurs du temps, il nous faut dormir quelques minutes. Nous décidons de nous poser dans un abribus en bois. Je mets le réveil 10’ plus tard. Au bout de 5’ je tremble, je suis transit de froid, je n’ai pas dormi, j’ai eu peur que l’on nous dise de ne pas rester là. La lucidité m’a quitté. Je réveil Nico, il ne faut pas rester là, il fait trop froid.

Nous nous relevons, le corps ne répond plus, les jambes sont déjà ankylosées. Il pleut, il fait froid… je crois que ce moment a été parmi les plus difficiles, il faut débrancher le cerveau et avancer pour se réchauffer et retrouver nos jambes. La mise en route est chaotique, mais notre salut est proche. Une famille suisse « comme chaque année » nous offre un peu de chaleur sur un ravitaillement « sauvage ». Je prends une boisson que je ne bois jamais, un café au lait. Le miracle est dans cette boisson. J’ai l’impression de « manger » d’avoir quelque chose de consistant et surtout de chaud. Il est vrai que, depuis le début de la course, la stratégie alimentaire est de manger peu et régulièrement. Pas de vrai repas. Nous repartons pour atteindre la base de vie de Champex-Lac. 23h37 nous y arrivons et, comme je l’avais imaginé, les lits sont pris d’assaut, plus de place. Nous retrouvons Régis qui souffre du genou.

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La Giète/Trient

Nous repartons à trois 25’ plus tard. Je sais déjà ce qui nous attend 17km/1000D+. Je prends les devant dans la montée de la Giète, je monte bien malgré les hallucinations et la fatigue. J’ai pu avaler 500D+ d’un coup, puis vient l’état que je redoutais pour l’avoir vécu la première nuit, l’endormissement. Je me sens épuisé, je me pose sur mes bâtons en attendant mes acolytes. Nous atteignons la Giète 3h40 après avoir quitté Champex.

Nous passons au contrôle dans une étable. Nous nous posons 5’, il nous faut dormir. Mais le contrôleur nous demande de repartir, il fait 4°C. Non sans difficultés, on se remet en marche. La descente très technique de Trient est un supplice, je n’en peux plus, Nico et Régis sont dans le même état. Nous trouvons trois gros cailloux à l’abri du vent, et après concertation, nous décidons d’une petite pause de 10’ pour essayer de dormir. Je crois que c’est l’endroit où j’ai pu enfin m’assoupir un peu, à l’abri du vent. 1h40 plus tard nous arrivons à Trient. Les piles et batterie de frontale sont comme les trois bonhommes, fatigués. Merci à Petzl, le stand nous a permis de recharger et de se poser dans leurs transats (au froid car les bancs des tentes sont toujours aussi pleins). Il est presque 6h00 du matin, près de 35h de course et 140km/7800D+ parcourue.

Catogne

Avant dernière difficulté, la montée de Catogne que je redoutais passe bien, Régis monte au train. 1h15 pour avaler les 615D+ sur 3km. Le jour s’est levé, je réalise que nous avons survécu à cette deuxième nuit. Nous en profitons pour nous changer, le soleil nous accompagne pour cette dernière partie de course. Nous redescendons tranquillement sur Vallorcine. Col des Montets, La Flégère et plus si affinité…

Arrêt de 15’ pour le petit-déjeuner, Nico commence à avoir des crampes d’estomac. Le Col des Montets, est presque une formalité. Il est 10h40 et nous attaquons enfin la dernière ascension. Le soleil commence à taper fort. Il nous est indiqué, Col de la Flégère 7km/650D+. Je crois que l’organisation s’est trompée… Depuis le départ de Vallorcine, nous allons effectuer un km vertical. Mais cela, nous l’ignorions. Je pars devant, motivé, après une belle montée, le tracé rebascule sur un chemin « d’escalade de pierres ». Je ne comprends pas trop, je suis certain d’avoir monté quasiment les 600D+. En sortant du chemin précédemment cité, un anglais me lance « it’s the last one ».

UTMB

Merci mais non merci. Je ré-attaque sans grande conviction, les animaux sauvages m’accompagnent toujours. Nous sommes de jour, pourtant je continue de voir toutes sortes d’animaux taillé dans la roche, sur des branches de bois mort. Je m’arrête même devant un caillou en forme de tête de lionne. Suis-je réveillé ? C’est à la fois mystique et magique, je ne peux pas dire si c’est l’œuvre de la main humaine, mon imagination ou les deux. J’apprendrai plus tard que la région est connue pour ces décors réalisé par les locaux. Je ne suis donc pas fou, mon état m’a permis de profiter pleinement de leur art, de le prolonger, de l’accentuer et le bonifier avec mon esprit empreint de fatigue. Plus je monte et plus ça continue, cette montée est interminable. Je peste, je ne comprends pas pourquoi nous rajouter ce dénivelé. J’en viens à regretter La tête au vent.

J’attends Nico qui souffre encore de maux de ventre, Régis est plus bas, son genou fait des sienne. J’aperçois enfin La flégère et réalise qu’il nous faut encore monter. Il nous a fallu 2h35 pour en venir à bout. Je profite à peine du paysage splendide. J’en ai plein les baskets et ne réalise pas que c’est presque fini. Je me souviens avoir dit à Nico, « la descente jusqu’à Chamonix, était plutôt cool »… Mauvaise infos, nous descendons comme nous pouvons. Je suis surpris de voir des coureurs pressants, nous doublant n’importe comment, nous poussant parfois au risque de se blesser pour gagner quelques places…

Chamonix la délivrance

L’entrée dans Chamonix est incroyable, l’ambiance est à la hauteur de l’exploit. Oui il faut le dire 44h37 pour faire le tour du Mont-Blanc, nous sommes fiers. Nous courons le dernier kilomètre, les encouragements nous redonnent des ailes. Nous passons l’arche main dans la main heureux, en marchant pour savourer pleinement ce moment intense, rejoins quelques instants plus tard pas notre copain Régis. Nous sommes « Finisher« .

« Je remercie Nico et Régis pour cette aventure hors du temps, ma femme et mon fils pour leurs encouragements et leur soutien. A très vite pour de nouvelles aventures ».

 

1 COMMENT

  1. Salut Mathieu et bravo pour ce récit qui transcrit très bien nos hauts et nos bas pendant cette aventure. Un vrai plaisir de lire cela qui s’ajoute au plaisir d’avoir vécu la course avec Nico et toi. A refaire!
    Régis.

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