Une aventure hors du temps – Retour sur la SwissPeak360 d’un certain Apostolos Teknetzis

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Swisspeak360

SwissPeaks 360: une sacrée balade au pays du Toblerone, des chalets en bois, des grosses berlines allemandes et des interminables descentes dans les forêts de sapins qui tuent. Avant ce voyage, le Valais pour moi était une figure aux cartes (oui ça s’écrit Valet, mais bon je suis grec hein ). Il n’y avait qu’une montagne en Suisse, le Cervin et le reste c’était pipi de chat, et Oberwald aurait pu être le nom de l’ un des personnages de la série Papa Schultz.

Si j’avais du parier avant la course sur le fait d’être Finisher, en toute transparence, je n’aurai pas misé un kopek sur moi ! Je faisais le beau, le fier, je faisais des blagues sur le profil et tout !  Mais je n’y croyais pas une seule seconde.

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Parcours de la Swisspeak360

Soyons pragmatique : je n’avais couru qu’une course de 42km, j’avais raté pleinement un demi Ultra en Andorre en juillet, je n’ai fait aucune sortie de plus de 21km, et le tout sur Montmartre. Mon Passe-temps favori ces derniers mois était mon bureau, des semaines à avoir la tête sous l’eau, au point que mon corps a commencé à dire merde (lumbago , ischio tendus, migraines à répétition ). Je n’ai que vaguement regardé le profil les semaines avant la course et j’étais infoutu de citer le moindre col à part Bovine/La Giete/la Forclaz (et oui comment voulez-vous que je retienne SimplonPass, Augstbordpass, et je ne ferai pas la blague sur NavigoPass et Multipass )

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Profil de la Swisspeak360

J’ai quand même eu un déclic 2 semaines avant la course, je me suis surpris à prendre du recul sur mon quotidien, a me détacher, à me focaliser sur l’évènement, a y croire un peu et a essayer de me rassurer…

31 aout :  le départ pour le Bouveret

Faire son sac est un bien grand mot, j’y ai mis tout ce que j’avais dans mes tiroirs. Direction la Suisse via Genève, St Maurice et enfin le Bouveret qui est le finish de la SwissPeaks360 .

Je retrouve Sylvain, Ji-Pé et Anthony en fin d’après-midi, autour d’un verre et d’une bonne assiette de pâtes (20 balles l’assiette de pâtes, bienvenue en Suisse ! ) Ils partent à Oberwald dès le lendemain , je n’irai que dimanche en train avant la course . Ce qui est drôle c’est qu’on a tous un maximum kilométrique et horaire de 170km et une soixantaine d’heures (Ronda). Tout ce qui ce qu’il se passe après reste une grande inconnue !

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Un sac très léger…

Samedi je retrouve Émilie aux dossards. Moment un peu Anxiogène que cette remise des dossards ! Tu signes une décharge ou tu lis quand même que tu es conscient de risquer la mort sur certains passages !! Tu vois déjà aussi que le sac de délestage ne finira jamais la course en bonne état (certains commencent a péter dès leur remise). Il y a un petit côté amateur qui, sur ce genre de course, n’est pas bon à avoir ! Mais pas de quoi entamer notre motivation !! Le samedi passe tranquille. Le sac se boucle, yapluka attendre au calme et se reposer…et essayer de dormir…essayer…

Dimanche 2 septembre

Je file a 7H30 à la gare et au train navette pour me rendre à Oberwald , 3h40 de train…j’avoue, impossible de dormir dans le train. Tu pars déjà avec une demi-journée de sommeil en moins…mais ça va le faire ! Je retrouve à nouveau Émilie et ses parents à Oberwald, l’idée dans ma tête était de partir et d’essayer de rester le plus longtemps possible ensemble…sur une telle course tout est possible et on en sait pas si on va pouvoir se suivre pendant 160h. Rester à deux, augmente aussi les chances d’aller au bout, et à deux! Je retrouve d’autres visages familiers, Andrea, Eric et j’en oublie certainement.

On ne peut pas dire qu’il y ait une vraie ambiance, car pas grand monde , pas de spectateurs , 300 coureurs , pas de foule en délire , mais des chalets très fleuris et des grosses bagnoles allemandes partout !  C’est un départ confidentiel plutôt ..ça change de l’UTMB ou de la Diag !

On rentre dans la zone de départ ! 13 h on lâche les bêtes dans l’arène , ça trotte assez doucement mais ça trotte. Avec Emilie, on était fin de peloton, ça ne sert a rien de se positionner sur une course de 6 jours … C’est comme partir a 14km/h sur les 10 premiers km de l’UTMB quand tu es amateur , ça ne sert à rien .

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Je vais être franc, je ne me souviens plus trop de la première portion de la course, mes souvenirs commencent plutôt vers le km 30… C’est bizarre mais c’est le trou noir ! Je me rappelle juste de quelques belles montées dans un ciel assez bouché, je me rappelle de ce premier ravito à Ulrichen au km 12 , où je me suis dit « euh la ils déconnent avec leur raisins secs et leurs oranges , on est pas sur le semi de paris Bordel » …en me persuadant que ça sera mieux ensuite ! Je perds Émilie au détours d’une montée , un petit coup de mou pour elle. Elle a pris le temps de se refaire la cerise, mais je la retrouverai quelques km plus loin, vers le 26ème Km !

Je fais la connaissance de deux coureurs grecs , Michalis et Ioannis que je retrouverai quasiment à chaque ravito et à chaque base de vie ! Ce qui est chouette avec l’Ultra, c’est cette solidarité immédiate qui se met en place au premier contact avec certain coureurs. Il suffit de se trouver un point en commun pour qu’instinctivement tu aies besoin de savoir où ils se trouvent, s’ils vont bien, discuter avec eux. C’est le cas avec Sylvain, Michalis et Ioannis . Avec les courses, j’ai noué quelques amitiés vraies et sincères comme ça .

Les premières sensation sont très bonnes, j’aime ce rythme, je le trouve quand même un poil rapide pour un Ultra XXL, et je ne serai pas le seul a le penser. Après tout est relatif, manque d’entrainement, de montagne et de sortie , très vite le rythme peut me paraitre élevé 😊. Jonction faite avec Émilie, l’effarement continue au deuxième ravito ou rebelotte! Walou juste des oranges et des raisins! Je commence a attaquer les barres Mulebar de survie ( la première sera la Rasberry 😊 ).

Arrive le km 30, la nuit commence a tomber. L’idée et le plan de course de cette Swisspeaks 360 est de se faire des journées de 50/55 km et d’arriver aux bases de nuit pour se reposer vraiment et repartir en fin de nuit. On attaque la belle montée de Blinnental : 1200m D+, un top chrono au sommet , on sort les frontales dans le milieu de la montée . Le brouillard commence à s’installer aussi !  On avance sans trop de soucis . La montée est longue mais pas trop violente, c’est pas les murs du Mordor. Le parcours nous réserve ces montées pour plus tard .

Plus on approche du sommet, plus le balisage se fait rare. Arrivés au sommet, Émilie et moi sommes dans un gros brouillard, on ne voit rien à 1 mètre, et porter une frontale dans ce brouillard c’est comme jouer a colin Maillard, on tâtonne, qui me parle ? Et puis le drame, passer le col , plus de balisage , nada , rien , aucun drapeau ! On fait le tour du col, mais on ne trouve pas! On voit au loin des frontales débouler de partout , des voix demander si il y’a quelqu’un. Émilie avait eu l’excellente idée de mettre la trace sur le téléphone ! Cette trace nous a sauvé la vie ce soir-là , et aussi bien plus tard 😊 On s’est retrouvé a tricoter avec un petit groupe de 3 ou 4 ..et après 30 min on a retrouvé une balise, puis deux. Sans compter que je venais de passer en mode Costume Storm trooper ! Avec les gants, le bonnet, le collant , la Goretex, la polaire !  Il faisait  la haut un froid sibérien…On apprendra plus tard que ce soir là un local aurait débalisé le col pour qu’on ne le fasse pas chier

On redescend au ravito du km 42 , les bénévoles en prennent pour leur grade sur le balisage foireux …voila voila ! le grec énervé gueule sur tout ce qui passe !  Une dernière montée de 700m à Eggerhorn et après cap vers la 1ere base de vie de BINN au km 56.

Pour une première nuit on est servi. Pour arriver sur la montée, on nous sert une belle petite enculade comme il faut, ou t’es obligé de faire le tour de la ravine pendant des heures avant d’attaquer la montée de l’autre côté de la ravine  (ça va j’ai du vécu avec la Diag question ravine qui tue ). Toute la montée se fera sous la flotte, on met les Goretex avec Émilie, mais très vite on dégaine les poncho pas beaux, trop larges, mais qui sauvent la vie !  Je ressemble a Charlemagne avec sa toge, on grimpe sous la pluie continue, mais dans la bonne humeur ! Le mauvais temps n’aura jamais entravée notre humeur et ça c’est inédit !  On commence a fatiguer un peu et on est impatient d’arriver a la base pour se poser, se changer, manger et surtout dormir. On arrive vers 2h ou 3h du matin. On a du temps .

La base de vie est une caserne de pompier minuscule, j’avoue c’est l’hallu total pour le moment niveau ravito ou base de vie ! Les traits sont déjà tirés chez beaucoup, les premiers abandons, et je suis fatigué. Mais le moral est bon , 54km et 3800D+ au compteur !  Il y a des matelas , on s’allonge 1h.. A 6H du mat, on décolle pour le jour 2 avec 3h d’avance sur la barrière horaire.

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Jour 2 : 57Km et 3300 mD+

Le jour 2, selon le profil, devait être le jour le plus facile a négocier. Beaucoup de km mais moins de D+ , ce qui suppose un profil plutôt roulant avec des portions plates. Comment dire, déjà la première montée de 12km pour 1100m est interminable ! Sérieusement c’est un truc à vous mettre le moral par terre et a le piétiner. Tu as l’impression de ne jamais monter d’être sur un faux plat de 12km ..ça bâtonne mais je râle un coup !  Ça me passe. Par contre les paysage sont dingues, vraiment ! les plus beaux panoramas de Trail.

Passer le col on descend au ravito de FleschBoden. Comme la veille, rien a manger. Y a des Tucs, mais ils ne veulent pas les ouvrir. Y a pas de pain. J’ai cru que j’allais claquer la nana du ravito quand elle a engueulé un coureur pour avoir mis un bout de cake dans l’assiette de raisins secs. Et la gifler avec ou sans élan… Fallait pas trop trainer au risque de faire un carnage dans ce ravito. On est au Km 72 et 5300D+ …soit ! J’ai fini les templiers en reprenant un louche de la montée du cade. Ce qui devait être une journée assez plate et roulante est en fait une enculade. Le profil écrase les différents coup de cul vicieux de 200 et 300m bien techniques dans le pentu !  Et la journée n’était qu’enchainement de montées foireuses !

Arrive le point d’orgue de ce jour 2 !  L’arrivée au ravito de SIMPLON pass ! L’approche du ravito de 3 km se fait par la route et la 2 x 2voies, un traversant un tunnel et en se faisant doubler par des 38 tonnes !  OK les suisses construisent des super tunnels !  Ca y a pas photo. On arrive au ravito de SiMPLON , les parents d’Émilie qui assurent son assistance sont là ! apparemment on devait avoir des traits tirés, on devaient être fatigué . Le ravito est en fait dans un atelier-garage, quelques raisins secs et oranges et un peu de coca ... Là, je tape direct dans la réserve de barre Mulebar. On demande aux parents d’Émilie, si possible d’acheter deux ou trois truc a manger dans un supermarché, car là, c’est plus possible ! J’étais au fond du trou !! Ravito naze, tunnels autoroutiers, des camions… C’est pas très Heidi dans ses montagnes.

« Émilie , vient faut qu’on s’arrache et qu’on avance pour arriver vite à la base de vie » . Il restait 30 km, il était 17h30.

La nuit tombe, le ciel devient rouge sang, c’est super beau putain.. C’est aussi ça que je suis venu trouver en Suisse, des levers et des couchers de soleil , la-haut à plus de 2500m. C’est juste fabuleux…mais revenons à nos moutons, reste un ou deux coups de cul de 300/400m à faire, on a le rythme maintenant et une infernale descente de 1000m et 8km vers Eisten. En fait, les descentes sont toutes sur le même modèle : 1000/1200D- de descentes sur 7 a 8km au milieu d’une forêt de sapin. Avant chaque base de vie on a ce genre de descente.

La descente vers Eisten , fait partie des descentes assez connes, celles qui vous font mal, vous emmerdent, vous démoralisent. Il fait nuit, et je commence déjà à ne plus aimer la nuit, Émilie et moi, on commence a entrer en mode zombi, ça descend mais pas vraiment, ce n’est pas technique mais juste très long! Et avec la fatigue, les yeux qui louchent et fixe le faisceau lumineux de la frontale, on a vite fait de ne pas voir la racine ou le caillou et de se faire un vol plané. C’est très dur les courses de nuit avec la fatigue, faut être sur-vigilent quand vous êtes sur fatigué. Ça pompe énormément d’énergie. On finit par arriver à la base de vie d’Eisten. Il est une heure du matin.

On décide de se prendre une grosse nuit de repos (2h30  de sieste ) car la section du lendemain est costaud et sport. Je mange tout ce que je peux avant d’aller dormir. Je mange tout ce que je peux dès que je me lève. J’ai l’impression de digérer immédiatement tout ce que je mange. Jusqu’à la je mange bien, j’ai même faim tout le temps, je bois bien , c’est 70% du boulot qui est fait 😊. 4h45 du matin, on se met en route pour le jour 3 ! l’arrivée est prévue à Zinal , oui la fameuse Sierre -Zinal (j’ai toujours cru que c’était en Italie )

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Jour 3 : 45km et 4100m D+

Le jour 3, c’est normalement The big Fucking Day de la course. C’est l’étape avec le ratio KM/D+ le plus violent puisqu’on doit ramasser 4100m D+ dans la journée pour 45km. Allez savoir pourquoi, l’orga a aussi décidé de mettre les BH les plus serrées de la course, puisqu’au pire les coureurs auront 19h pour boucler l’étape là où on avait 26h sur la première étape. Ça fait partie des trucs insensés de ce parcours et de cette course. On le verra plus tard , cette section est une enculade de classe mondiale – dans le premier chapeau des tirages au sort des championnats du monde de l’enculade trailistique.

On se met en route avec une première ascension qu’on mange de nuit encore, 1100m D+ en 7km avant de redescendre vers la ravito de Grachen. Le lever de soleil est juste dingue, le panorama qui se découvre est sublime! punaise on a de la chance d’être la!! Vraiment. On arrive au ravito il fait bien jour, c’est le matin, et ce ravito c’est la première bonne surprise de la course…après 123km ..Il aura fallu attendre une TDS et 40h de course pour avoir un vrai ravito ! Le ravitaillement est dans un Hôtel, et les gérants de l’hôtel ont concocté un ravito façon buffet petit dej! Des sourires, des bancs et table en bois qui sentent le bois, des « vrais »  trucs a manger et a boire ! Limite la petite larme qui coule ! En plus avec la vue sur les montagnes et le petits lac, c’est magique ! Oh la il faut quand même y aller on a encore 240km à faire…Mais il faut vraiment reprendre des forces parce que la montée mamouthesque qui est devant nous risque nous mettre dedans. Après le ravito une descente de quasi 700m D- en guise de digestif, avant de partir pour 1800m de montée et quasi 10 a 11Km. Une montée interminable sur le papier, et interminable en vrai…Cette montée va nous marquer, dans tous les sens du terme.

Des montées pareilles on en voit pas beaucoup en trail, perso le Pic Negre sur la Ronda m’avait laissé cette impression, mais aucune autre. C’est la montée du Augstbordpass. Le nom t’écorche la bouche et le visage, l’ascension te flingue le corps et le moral. En gros y 1000m sec, dré dans le pentu, c’est hard et il commence à faire chaud et le spectre de la BH rode autour de nous. On ne lâche pas! Le ravito de Jungu a mi montés permet de se poser un peu et de récupérer, avant d’attaquer la deuxième partie de la montée. Une fois arrivée aux environs de 2400 m, s’ouvre devant nous un gigantesque cirque entouré de crête. Le col à grimper est exactement a l’opposé de notre position. Ça aurait été trop simple d’arriver direct au col comme une fleur. Et pour y arriver, une traversée en balcon de plus d’un km dans un pierrier. Qui n’a rien à envier au Mordor Andorran. Franchement c’est vraiment une saloperie, on est au milieu de l’après-midi, heureusement on est a l’ombre, mais ce pierrier est vraiment indigeste et le col semble ne jamais s’approcher. Après, la vue est vertigineuse, Émilie et moi on cherche le « meilleur » passage possible dans ce pierrier de merde, si on peut parler de passage facile. On finit par atteindre le col, on est un peu entamé. Perso après un moment de bon, j’ai un gros coup de mou dans le pierrier, mais un vrai de vrai. Je me pose et je prends une Pulpe Mulebar abricot, qui à ce moment-là me fait vraiment du bien. Mais je suis fatigué, j’en ai marre de ce pierrier et la route pour Zinal est encore longue. Le col est atteint.

Plus de 1000 mètres à descendre encore (çà ne fait plus rien, on prend et on digère),  avant de reprendre 1000m de D+ assez coquin, pour atteindre le col de la Forclettaz. Honnêtement, je ne me rappelle plus bien cette montée, par contre le mur final d’une centaine de mètre de D+ fait super mal, vraiment mal. Cette étape est très éprouvante, on ramasse en montée et en descente, les BH nous poursuivent, pas possible de se poser. Il fait nuit ou presque, on commence la dernière descente vers Zinal, descente dont on se souviendra très très longtemps. Encore aujourd’hui je n’ai pas l’impression d’avoir tout compris de tout ce qui s’est passé dans cette descente. Une descente de 1200m D- pour 7km, de nuit. On était en mode zombi, les premières hallu, la ras le bol, l’envie d’arriver, le ras le bol de se taper la énième descente de 1000m, qui est devenu le standard de la course. Une très forte envie de dormir, et de manger, et de boire du coca. On allume les frontales pour cette dernière cavalcade de la journée. Je suis devant, Émilie quelques dizaines de mètres en arrière, mais toujours en visu. Chacun dans notre coin on est dans notre bulle.

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On passe au ravito de Tsahelet à 2500m, j’engloutis le Coca, il fait très chaud et j’ai besoin de sucre et de caféine. Au loin on voit des Lumières, ça a l’air d’être un gros village, une petite Ville. On se dit que c’est Zinal et finalement ce n’est pas si loin que ça. On a aucune idée de la taille de Zinal.. Et puis on est encore très haut et on ne descend pas, on s’éloigne des lumières… Je suis à bout et je commence a m’énerver, ça me fait comme en Andorre avec la Margineda, tu descends sans descendre et tu mets 3 heures pour arriver alors que tu vois des lumières.

Ça y est je commence a voir des tête sur les cailloux, d’abord des têtes de mort, puis des masques façon clown méchant et glauques ..Puis je passe au stade d’après, je vois sur chaque pierre, mais vraiment chaque pierre, des gueules cassées, comme ravagées par des accidents, tuméfiées. C’est super glauque et macabre. Je suis en bad, Émilie voit aussi des visages, mais nous sommes tout seul, personnes n’est assez lucide pour relever l’autre. Je bade mais j’avance. Puis j’ai des hallu auditives. On vient me murmurer a l’oreille, des voix de femmes , qui chuchotent , qui ont l’air de se moquer de moi, de nous , 3 chuchotements puis les voix disparaissent. Punaise je suis en train de débloquer total, et on ne descend toujours pas , on est en train de faire le tour de la montagne par un balcon avant de plonger sur Zinal.

Arrive enfin le chemin qui descend. J’ai perdu notion du temps,on plonge. On descend dans la foret ..ça fait plus de deux heures qu’on descend, et on aperçoit Zinal, 3 Km ! Dans ma tête ça part en vrille ! Quoi on a 7 km de descente, encore 3 à faire, donc on en aurait fait que 4, c’est pas possible de faire 4km de descente en 2h, ce n’est pas technique. OK, on s’est fait entuber profond sur la distance annoncée. On finit par arriver au ravito, je suis vraiment énervé, les bénévoles de la base de vie en prennent pour leur grade, on se fait avoir sur la distance, on se fait avoir sur la BH … Ils semblent assumer en se cachant derrière l’organisation. Apparemment je ne suis pas le seul a me plaindre de la fourberie kilométrique. D’après beaucoup de coureurs, on est a au moins +10% de km en plus, ça change la donne quand tu dois faire 50km vs 43 .. On est officiellement au Km 153, officiellement d’après les montres au Km 170.

SwissPeak
Valais – Zinal

Émilie et moi, on est fatigué , faut qu’on se calme , on trouve deux lits de camps , je mange un truc , je me couche, faut récupérer, la BH est dans 2h faut qu’on dorme au moins 40 min avant de repartir. L’étape 4 est du même acabit soit 45km et 3800m D+ . J’ai les yeux rougis, une tête de Picasso, tout est en bordel la haut…fut qu’on dorme. Je pose la tête je pars immédiatement.

On se lève, on aura dormi entre 20 et 40 minutes je ne sais plus trop. Je me rappelle juste être encore énervé à mon réveil , je galère pour faire le tri dans mes affaires et refaire mon sac.Jje demande du sirop pour couper mon eau , on me répond qu’il y en a plus ..je demande du coca ..il reste une demi bouteille. J’ai envie de bruler le ravito. On repart a 1h15 du matin, soit 45min avant la BH…Comment est-on parti le matin avec plus de deux heures d’avance sur la BH et arrivé le soir, il ne reste que 45min, alors qu’on a quand même cravaché toute la journée sans quasi faire de pause ?

Jour 4 : 45km et 3800m D+ pour base de vie de Grande Dixence… La fameuse 3ème nuit

En partant de Zinal, je me rappelle ce que m’ont dit les potes « Tu verras , la 3ème nuit est la plus dure , mais le 4eme jour il se passe un truc dans ton corps et avec ton corps , il sera capable de chose insoupçonnées ». A partir de là je ne connais plus rien, tout est nouveau. Cette 3ème nuit sera la nuit de l’effroi ou la nuit du Grand froid. On attaque les 1200m de montée vers Sorebois. Quand on regarde le profil, c’est raide, très raide. On a peu dormi finalement à Zinal et je ne suis pas frais. Je commence déjà a somnoler à nouveau. La journée va être longue. Le froid est déjà mordant, malgré les 3 couches .

La montée au début n’est pas trop dure, puis se raidit, encore et encore. Au loin on voit les frontales monter haut, très haut et un peu partout sur la longueur de la crête. Je n’arrive pas à distinguer le chemin à prendre. Et à mi -montée , d’un coup le souffle se coupe, comme les jambes. Je dis à Émilie « Tiens regarde on atteint le sommet on passe sous une croix » …ce qui semblait être une croix est en fait un pylône de remontée mécanique. Je fais un 360 avec ma frontale, je confonds des yeux de vache brillants avec des balises.

Nuit vache

Et puis on réalise qu’on monte droit dans des pistes noires de ski , les genoux dans le menton, c’est super hard. J’ai de plus en plus froid et de plus en plus sommeil, ça va finir en film d’horreur « Nan john ne t’endors pas , reste avec nous, dis quelques chose , souviens toi quand on était petit et qu’on jouait a la balle … »

Je crois de mémoire n’avoir jamais autant dégusté en trail. Et puis une piste noire suit une autre piste noire .. On en monte 3 comme ça, presque cul sec… J’ai des crampes et en même temps il ne faut pas s’arrêter, le froid fait très mal. C’est vrai, cette 3eme nuit est terrible. Après la dernière piste noire on entrevoit enfin les frontales au col de Sorebois, encore 3 ou 4 km de descente puis légère remontée et ça sera le ravito de Torrent. On arrive au ravito de Torrent, il fait nuit noire. Le ravito est hallucinant, aucun endroit pour s’abriter, c’est en plein air, juste un petit banc, une petite table et deux bénévoles bien courageux hypersympa, c’est pas humain d’être de garde là, à 2500m d’altitude aux heures les plus froides de la nuit. On trouve une petite place sur le banc, je prends une part de cake et je demande un thé … Il sera tiède et ne pourra même pas me réchauffer. Je dis à Émilie qu’il ne faut pas trainer sinon on va mourir de froid sur place. On claque tous des dents tout en ayant la tremblote. Je me lève, j’enfile en plus ma doudoune de secours par-dessus la Goretex, elle-même enfilé par-dessus la micro polaire et le long thermique. Mon sac était plein à craquer au départ, à mi-course je peux dire que j’aurai déjà utilisé la totalité du matériel embarqué. Je suis lessivé mais je ne peux pas rester plus au ravito, faut que je m’active, que je me réchauffe. Je fais signe à Émilie que je me mets en route, je ne serai pas loin devant.

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Il faut serrer les dents encore un peu, le soleil ne pas tarder à se lever, il fera plus chaud , plus clair et le moral remontra un peu. Tenir, tenir encore un peu! A partir de là je rentrai dans l’inconnu total! On partait dans le quatrième jour. Le timing de la nuit est finalement parfait, on atteint le col de Torrent aux premières lueurs du jour, devant nous le lever du soleil à 2900m d’altitude, je me souviens le soleil faisait son apparition, j’étais adossé à une croix au sommet du col et j’avais la larme a l’œil en attendant Émilie . C’était sublime. Il ne faut pas grand-chose pour effacer en 30 secondes une nuit cauchemardesque. Émilie me rejoint, on a très sommeil , mais on ne peut pas dormir ici, au sommet , ça serait du suicide avec le froid… On va s’accrocher jusqu’au ravito de la Sage , 3 km et 1000m D – plus bas. Maintenant il fait jour, maintenant on est en sécurité, maintenant on est heureux.

Ravito de la Sage, on aurait dû appeler ce Ravito , la Bienveillante.

Nous sommes au KM 178 (presque 200 selon les montres), on sort d’une terrible nuit, ce ravito c’est un refuge de bienveillance. Un petit chalet tenu par une équipe d’une gentillesse et d’une bienveillance rare et inédite. Les bénévoles ont très bien compris que les ravito étaient a côté de plaque jusqu’à là, ils ont décidé de mettre la main à la poche et sur leurs propres deniers d’acheter des vivres…yaourt aux fruits , confiture, pain. Pour nous c’était le paradis. En plus il y’avait des lits, une salle de bain. On en profite pour faire 40 min de sieste, plusieurs coureurs sont déjà en train de  dormir. En queue de peloton on retrouve toujours les mêmes, Charles qui court sans bâtons, un couple de chinois, Cindy. Ça fait du bien de les voir a chaque fois, ça veut dire que tout va bien, on va essayer de ramener tout le monde au Bouveret !

La sieste est salvatrice, je remange comme un ogre en me levant, je me jette sur la confiture, c’est moche mais je suis un animal à partir de ce moment là. Il faut quand même partir, il reste devant nous une très grosse difficulté avant la base de vie, le temps est compté, la BH nous poursuit. Mais on a beaucoup plus la pèche qu’en arrivant ! Il fait déjà chaud, on fait péter les shorts, les manches courtes, la crème soleil, la saharienne ! C’est les vacances. Émilie me dit : « On va lui faire une tête au carré a cette BH » !!  Oh que oui coup de tête balayette bordel !

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Le col de la Meina, c’est presque 1400m D+ sur une dizaine de km (sur le papier pour les km)  avec un ravito après 700 m de D+. On lit qu’il faut environ 2H20 pour arriver au ravito. Je me sens bien, il y a un coup à faire là maintenant tout de suite pour gagner du temps sur la BH. La nuit m’a permis de passer en mode bestial, je mets les émotions de côté. Je commence à monter d’un bon pas, je vois que le corps répond parfaitement ! Ça y est le corps a basculé dans une autre dimension, une dimension animale! C’est difficile à expliquer, à décrire, on se sent juste invincible, incassable. Émilie suit super bien derrière… OK essayons d’atteindre le ravito vite pour gagner du temps. En fait j’ai débranché le cerveau depuis un long moment, je ne parle plus, je monte, je ne suis pas essoufflé, je cours dans certains endroits de la montée, les coups de bâton sont des coups de marteau…En fait ce n’est pas moi qui monte, je suis incapable de monter comme ça ! Emilie suit toujours …58 min plus tard on est au ravito, 58 min …ils nous avaient annoncé 2h20..je reviens à moi au ravito , je suis crevé, heureux, j’engloutis un verre d’Ice Tea que mon estomac prend mal ..problème gastrique éclair sans récidive ..fallait s’y attendre! On vient de gagner 1h30 à 2 h sur la BH .

On se pose quelques minutes pour retrouver nos esprits et ravitailler, la route est encore longue et parsemée d’embuche jusqu’ a la base de vie de grande Dixence. Par contre les bénévoles du ravito nous annonce 10km jusqu’au col , là ou normalement c’est 7 de prévus. Encore une approximation kilométrique, une de plus sur cette course. Mis bout à bout, les kilomètres en plus s’accumulent. On repart reposé du ravito, « Emilie, on fait pas de connerie hein, on repart pas en mode trail je grimpe plus vite que mon ombre ? on repart en rando ? 😊 ». La pente est douce et comme à chaque fois, on arrive a un balcon et il faut faire le tour de la montagne pour récupérer le col. L’enculade classique en Ultra. C’est pour ça que les ascensions durent des heures. Des petit pierriers par ci par là, des gros cailloux, des blocs, mais le panorama est a tomber tellement c’est beau ! On arrive au col de la Meina en milieu d’après-midi à 2700m. Plus qu’une belle descente de 1000m (on est même plus outré par ce type de descente ) et une remontée au barrage de grande Dixence, où nous attend la base de vie.

Col de la Meina, Pointe de Vouasson, Dixence
Col de la Meina, Dixence

La descente n’est pas trop technique ça déroule, et franchement l’idée d’arriver à la base de vie avec de l’avance, l’idée d’avoir le temps de se reposer, se doucher, manger, redonne le sourire et ça détend le string. On repartira a la barrière horaire, les BH suivantes sont plus larges. L’objectif n’est pas de faire un temps mais de finir, même si cela se fera sur le fil. J’ai de plus en plus faim en descendant, on a pas mangé grand-chose dans la journée , la nourriture étant absente des ravito…là on a la dalle. On arrive en bas de la descente, la montée au barrage nous attend devant .. Un vendeur de pizza est positionné sur la route le bougre ! Il n’en fallait pas plus pour se payer et engloutir une jambon fromage. Moi qui ne mange presque jamais de pizza je fais un sort aux parts prédécoupées.

Rassasié, heureux, nous pouvons repartir pour la base de vie. Le barrage est en vue, la base de vie se dresse devant nous quelques 350/400mD + plus haut. Le site donne le vertige. Le barrage est imposant, le building de la base de vie aussi. La Pizza fait son effet : d’abord lourde dans l’estomac, elle redonne vite l’énergie nécessaire pour grimper. Et pour me motiver dans les montées, j’ai mis en place avec mon autre moi un petit jeu : il fait chaud, ça donne soif, je pourrai boire des litres mais il faut aussi rationner l’eau. Alors je bois 2 grosses gorgées que tous les 100m D+ en montées ! Ça oblige à garder le rythme et a ne pas trainer car il fait soif. OK, on fait ce qu’on peut et je passe pour un schizophrène, mais ça marche ! Je bois régulièrement et aucun problème d’hydratation   !

On arrive a la base de vie à 18h. Il nous reste 2h30 pour tout faire et après il faudra partir avec la BH. Il faut que je me lave, me change, mange et il faut que je dorme. Les parents d’Émilie sont là, ils font un suivi de dingue. La base vie est pleine de coureurs, certains viennent d’arriver, d’autres repartent. Je revois mes deux potes grecs, on discute un peu. Michalis est super ému quand il voit ma tête, il réalise a mes traits tirés, a quel point cette course est marquante, physiquement et spirituellement. Je file a la douche, je mange, je veux me garder du temps pour dormir, la suite va être dur et il nous faut des forces. 20h30 c’est le départ, on est un petit groupe de 10 a partir, on ferme la course. Au départ il faut monter en haut du barrage (300mD+) et après commence le Grand Désert, tant redouté par les coureurs…d’autant qu’on y passe de nuit…on a entendu parler de Blocs, de chaines… J’ai dormi mais pas assez, je récupère de moins en moins bien. Ça va être compliqué et en partant à 20:30, la nuit va être très longue.

Nuit 4 et Jour 5 : Grande Dixence – Grand Désert – Champex

En sortant de la base de vie, il faut grimper au sommet du barrage (petite montée de 300m D+) et une fois la haut, les souvenirs restent assez flous. J’en profite pour appeler ma chérie, j’ai besoin de l’entendre, c’est plus important que tout à ce moment-là ! Je récupère de l’énergie « émotionnelle » …Puis je me souviens juste avoir entre aperçu au loin un couloir sur les crêtes qui devait selon moi être le col de Prafleuri et des lumières qui s’y dirigeaient. Mais bon je suis très nul en géo de Trail, je prenais chaque col l’un après l’autre sans me poser de question. De nuit il est difficile d’avoir des notions de distance, d’altitude, surtout quand c’est la quatrième nuit! Je me souviens avoir des bonnes jambes à ce moment-là, Émilie était a quelques dizaines de mètres derrières mais jamais loin, on montait en silence, mais d’un pas régulier et sans s’arrêter. On était encore frais !

Swisspeak
Col de Prafleuri

Après le col de Prafleuri normalement commence l’enfer annoncé, attendu, dont tout le monde parle, la traversé de Grand Désert. Une section perchée entre 2700m et 2950m, parsemée de lac et d’énorme pierriers avec blocs de toute taille…le type de chemin que tu ne veux pas avoir à traverser après déjà 200km dans les pattes et en pleine nuit! Et nouai mon gars, et pourtant c’est ce qui t’attend. J’ai vu des photos sur Google, de jour, c’est magnifique…mais de nuit c’est maléfique ! Je me souviens qu’avant d’arriver a grand désert, nous avons traversé ce qui reste pour moi la pire section, le pire moment de cette course. Notre camarade de course Chinois, un mec super drôle, expansif, et déjà avec deux Tor , une Transpy et PTL dans les pattes, en a fait la meilleure description possible :  « Oh my God, What the fuck ! This is not trail !  Its too dangerous, chains, rocks, what the fuck i am doing here« .. Imaginez un chinois vous hurler ça dans l’oreille vers 2h du Matin dans le noir … On a l’impression d’avoir passé une éternité dans cet enfer. J’étais comme drogué dans ce chemin. Effectivement c’était un sentier en balcon, la progression fortement ralentie par les Blocs et les chaines à tenir pour ne pas tomber quelques centaines de mètres plus bas.

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C’est vraiment pas sérieux de nous faire passer là après 200km, et c’est quasi impossible d’être en vigilance 100% quand tu manques de sommeil. Mes yeux se ferment (pour la première fois de la nuit) je trébuche régulièrement toujours en maintenant la chaine de la main droite… Il n y a aucun endroit pour dormir et il commence à faire super froid. Le film d’horreur recommence. Je ne suis pas capable de dire a quelle heure nous sommes arrivés au Ravito de Grand Désert , qui est en fait une petite tente sur le plateau. C’est nuit la plus froide de la course. Le ciel est clair et magnifique, on voit la voie lactée, la grande Ours , c’est sublime. Mais on est mort de fatigue et de froid. On arrive à la tente, deux bénévoles sont là , des mecs super sympas, bienveillants . Ils nous proposent une boisson chaude et du cake , puis nous voyant complètement zombifiés, nous propose de dormir quelque min dans la tente pour nous reposer. Toute minute passée à l’abri durant cette nuit est bonne à prendre, et c’est un peu de nuit en moins a subir. On réussi a s’endormir mais on est réveillé une vingtaine de min plus tard par le froid , c’est très désagréable, j’ai jamais claqué des dents aussi fort. J’ai passé sur moi toute les couches disponibles dans mon sac, manche longue thermique , micro polaire, doudoune, goretex, collant et surpantalon , bonnet et gants… Le bénévole nous conduit à la frontale jusqu’à la trace et l’entrée du plateau de Grand Désert en nous souhaitant une bonne nuit. Avec Émilie, on est crevé et congelé mais faut avancer pas le choix, le jours se lève dans quelques 4 heures, on peut y arriver, on va y arriver.

J’ai des hallus, on doit traverser des rivières de galets comme a la réunion, et en regardant l’eau je m’imagine Fredon traversant le marais des morts, avec les visages qui remontent à la surface. Cette nuit-là c’est le bad, mais faut avancer. On finit par sortir de ces pierriers et a nouveau on récupère des chemins en balcons puis passé le col de Louvie, une descente sèche, dans des pierriers pénibles qui doit nous mener au lac de Louvie. Je commence a nouveau a m’endormir, extenué, congelé, les yeux qui se ferment en marchant, un peu désespéré aussi, malmenés. Je déteste la nuit. Je commence a buter a nouveau sur les cailloux sauf qu’on est en descente et qu’il fait nuit noire. Pas de refuge possible pour l’instant. Je suis prêt à me jeter la par terre pour dormir, mais avec le froid ça serait une mort annoncée. Et puis une cabane de berger sur la droite, le mot refuge sonne dans la tête !  « Émilie , on va se mettre à l’abri le soleil se lève dans 1h30 , on essaie de se reposer d’ici-là , la perso j’en peux plus c’est pas sérieux de continuer comme ça , on va finir par se faire mal« .

Une cabane sommaire, remplie de courant d’air, avec un toit en bois et des murs en pierres, l’air passe de partout. On est a côté d’une rivière, l’humidité froide est terrible. On essaie de se poser quelques minutes espérant dormir. Le froid est mordant, même à l’abri. Je dégaine la couverture de survie (première fois que je l’utilise en course), rien y fait. Réveillé à nouveau par le froid , les dents qui claquent … « Émilie faut se casser de là , on va crever«  .. On ouvre la porte le jour est en train de se lever, un peu d’espoir revient. La vue qui se présente a nous est à pleurer. Le lac de Louvie (finalement on était juste a côté ) , avec le chalet du lac posé là au milieu. La nuit la plus froide et terrible du monde mais aussi le matin le plus beau du monde. C’est fou comment l’esprit arrive a oublier en quelques minutes les galères de la nuit ! L’espoir est revenu, l’envie d’aller encore plus loin aussi… Les forces reviennent avec le soleil, c’est la magie de l’ultra! On arrive au chalet, la proprio a posé du thé chaud et boisson chaude sur une table pour les coureurs passant la nuit . Un sourire, un thé chaud redonne plus de force et d’énergie qu’un plat de pâtes. Le ravito est 1000 m plus bas , la descente est longue mais facile, on arrive à Planproz vers 8h45, 1h15 avant la BH , on est dans les derniers concurrents, mais on s’en fout en fait !

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Au ravito on a droit a des croissants, des brioches, que les bénévoles ont prévu pour eux mais finalement ont partagé avec nous. Il est chouette ce ravito, on a besoin de récupérer après la nuit dantesque et éprouvante. Mais faut pas trainer, il reste encore 30km jusqu’a la base de vie de Champex , certes on a la journée et plus pour y arriver mais avec la fatigue, on ne va pas très vite. On a une grosse section devant nous, environ 12km, avec une première montée de 700m à faire puis un énorme plat (qui en fait est le tour de la montagne par les balcons ) pour arriver a la cabane de Mille. Dans la montée pour Cabane Brunet on voit déjà Champex dans notre dos, on repère aussi déjà la longue foret de sapins qu’il faudra descendre (1600m de descente pénible) pour remonter sur Champex. Ces 25 derniers km sont assez simples! Monter a Cabane brunet, faire le tour du cirque de Crêtes jusqu’à Mille, descendre dans la forêt jusqu’à la Douey et remonter à Champex. Le ciel se bouche petit a petit, en fait le mauvais temps sur l’UTMB, vient du Valais ,et donc passe par nous avant . Les nuages gonflent de la gauche, nous passe dessus (avec de la pluie ou non) et vont s’échouer sur Champex et sur les chemins de l’UTMB.

La vue est dingue, le chemin pas trop dur, on a la tête dans les nuages, et ça secoue un peu. Avec la fatigue tous les bouts de chemin paraissent interminables. On se traine un peu avec Émilie. On ne sait pas si on va plonger du côté droit / gauche. On devrait voir la cabane brunet mais rien !  C’est la panique, j’ai une faim d’ogre et envie de me poser , on a cravaché depuis des heures. On arrive enfin à cabane Brunet,  y a quand même un petit truc a manger. Perso je me suis déjà enfilé je ne sais combien de Pulpe Mulebar, c’est mon remontant et carburant dans les moments difficiles .

cabane brunet
La cabane brunet

La cabane apparait au milieu des Nuages, vite on s’engouffre a l’intérieur. Certains coureurs dorment dans la petite chambre. Au bout du 5eme jour on ne fait même plus attention au ravito quasi inexistant que nous avons depuis le début. La bonne humeur des bénévoles, des sourires, ça réchauffe. Émilie ça te dit d’y aller? Y a le vrai ravito à la Cabane de Mille , et puis on a de la route. Je sais on est crevé, on tire sur la corde aujourd’hui mais il faut avancer. On repart, la tête dans les nuages, on commence à prendre quelques gouttes sur le coin de la figure. Je pensais que c’était de la brume, mais non c’est de la vraie pluie. Je sors directement la cape, sans passer par la case Goretex. Charlemagne et sa toge repartent a l’assaut de Roncevaux, suivi par la dame En noir (oui Émilie a une cape noire qui ressemble a une cape de sorcière). Ça mouille bien en fait, casquette, lunette et capuche, je pense qu’a ce moment-là j’ai une sale tête et une dégaine ridicule . Et ça dure de longues dizaines de minutes comme ça. On arrive enfin a cabane de Mille, ravito et on repart pour la dernière difficulté de la journée. Et puis là c’est le drame.

A peine sortie du ravito, le coup de bambou, le truc de dingue, c’est comme l’iPhone qui se décharge en 2 min avec le froid et la batterie qui clignote en rouge! Tous les deux on passe de « ravitaillé » a « zombi en puissance ». La fatigue accumulée ces derniers jours, nous explose a la figure, la comme ça d’un coup. Ce qui est drôle c’est qu’on est dans le même état en même temps. « Émilie ça te dit de te poser quelques minutes sur le banc pour souffler un peu ? Perso si je dors pas je ne sais pas comment ça va finir » ..promis 10 min, le temps de fermer les yeux. Il s’est arrêté de pleuvoir. Il y a un petit banc qui nous appelle juste a côté de la remontée mécanique. Je ferme les yeux, assis sur ce banc, je commence a réciter dans ma tête des phrases qui n’ont aucun sens, a chaque fin de phrase je sens que ma tête tombe vers l’avant et que je plonge dans un sommeil profond.. Je me récite 5 ou 6 phrases comme ça.. Émilie me réveille, je ne suis pas très bien, comme quand vous prenez un somnifère et qu’on vous réveille au milieu du cycle. J’ai mal au cou. Émilie me dit que j’ai dormi assis, accroché a mes bâtons, qu’elle a essayé de me réveiller plusieurs fois sans succès, et qu’il a fallu taper dans les bâtons pour me sortir de là. J’avais jamais vécu ça.. Je regarde ma Montre, ça fait une demi-heure qu’on est là.. Je ne devais dormir que 5 min… Aujourd’hui encore, je ne me souviens de rien de cette sieste si ce n’est le mauvais réveil. Il est temps de se mettre en route! Champex nous attend. Mais je suis satellisé.

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On commence la descente, on est dans le gaz. Je parle à Émilie, elle ne me répond pas . Je lui reparle et toujours rien. Et pourtant on descend tous les deux. Puis elle se retourne vers moi et me dit « Je crois que tu as essayé de me poser une question ?  En fait je me réveille j’ai dormi les yeux ouverts en marchant » …Ok allo Huston, on a un gros problème !  On finit par louper une balise a force de fixer les lacets du chemin. Et avant de se rendre compte qu’on est perdu, le mal a été fait. Et on est bien bien perdu , mais alors complétement hors trace. On appelle l’orga, on les prévient et on essaie de trouver un moyen de revenir a Champex ..dixit l’orga « Vous êtes allés cueillir des fraises ou bien ?« . Ok il va falloir rejoindre Orsière en passant par des petits chemins et des bleds inconnus et hors trace, pour réussir a récupérer les balises sur la montée vers Champex… Le bon côté est qu’on va éviter la descente de merde dans la forêt de sapin. La mauvaise nouvelle est qu’on ne sait absolument pas combien de temps on va mettre pour Champex… On est large pour le BH, mais quand même.

Free style mode activé, on descend encore et encore, on voit Orsière, on trouve un chemin pour éviter de se retrouver bloqué devant la rivière, on passe de l’autre côté, on a des dégaines de clodo, j’ai les joues rouges brulées par le froid, le soleil, on dirait que je suis alcoolique… Les Misérables c’est nous. On plus il fait faim, et soif. Le cerveau est débranché, on rit pour rien. Le soir tombe… Aller Champex on y est dans deux heures! Aller! Dans chaque nuage du ciel on lit des phrases et des mots ! J’ai lu un « sexy »  « rabbit » … On est pris de fous rires incontrôlables, on est dans une autre dimension, la nôtre! Aller si on va par là on va trouver les balises..aller! Et la tombé de la nuit, bim on retrouve une balise, un spectateur qui attend aussi sa concurrente, on est bien, il est 21h30, on va même peut être pouvoir se reposer he he! Champex je connais, par l’UTMB, et en plus ils ont gardé les mêmes tente pour la SwissPeaks ! Il est 23h, base de vie Check, il reste 2h avant la BH . On est laaaaarge , je file a la douche , au miam miam et au dodo , objectif dormir 45 min avant de repartir !

00H45, On se mets en route pour le Jour 6 et la 5ème nuit ! – Champex km 248 – Champery

La pause a fait du bien, beaucoup de bien. On repart de Champex, retapé, j’ai mangé deux plats de pâtes .. La suite me parle, montée à Bovine, puis descente à la Giete, La Forclaz et Trient. Je suis déjà passé par la deux fois avec l’UTMB, je connais les lieux et le terrain. Je suis rassuré sur cette partie, tant redouté sur l’UTMB. J’attends ce passage car c’est une portion facile par rapport a ce qu’on a déjà traversé! Cette portion est essentiellement en sous-bois, à l’abri total de vent, et avec l’Humidité, c’est un vrai Hammam, il fait chaud et très humide, on ne sait pas trop si ce qui coule est de la sueur ou de l’eau. Cette chaleur s’explique aussi par le fait qu’on monte beaucoup moins haut que les jours précédents on tourne autour de 2000m, les températures sont plus clémentes. Le sentier n’est pas dur, peu technique si ce n’est les racines et les cailloux irréguliers, mais pas très pentu. Les chose se gâtent en arrivant a proximité de Bovine. Un brouillard très épais s’est posé au col, on n’y voit rien à 3 mètres et avec la frontale on y voit encore moins. Passé Bovine on entame la descente vers la Giete puis Trient. Le temps se gâte pour de bon, le brouillard s’est transformé en pluie rendant le sentier beaucoup plus glissant et sport.  Les capes de pluies sont de sortie, et franchement ce n’est pas agréable. On rebascule assez vite en mode zombi, la cabane de la Giete n’est pas loin .. Et dire qu’en 2015 ici sur l’UTMB, pris d’hallucinations j’ai fait toute cette descente en courant et sautant de pierre en pierre. Je me demande encore comme j’ai fait pour ne pas me tuer….

SwissPeak

On arrive à la Giete , km 260, il fait bon dans la cabane, on retire nos capes mouillée , on revoit les mêmes coureurs : Charles, Cindy, nos amis Chinois, nous sommes le groupe qui ferme la marche de cette course. Des lits et des couettes nous tendent les bras… Il pleut assez fort dehors, on va en profiter pour dormir un peu, partir avec la barrière et attendre que la pluie cesse. Pas très téméraires sur ce coup, mais l’humidité plus la nuit, c’est indigeste. On repart vers 5h30 du mat avec le serre file qui nous escortera jusqu’à Finhaut au km 270. On atteint la Forclaz quand les premières lueurs du jours apparaissent. Chaque lever de soleil est un soulagement pour moi, j’en ai marre des nuits, du froid, de la pluie, de l’hypervigilance alors qu’on est mort. Un léger voile nuageux au-dessus de Trient donne un coté mystique a cette descente et j’avoue c’est chouette ! On continue de descendre après trient, il fait jour, et on attaque une petite enculade qui n’a l’air de rien comme ça, mais on s’en souvient encore. On descend dans des gorges, profondes, très profondes, le petit bout de course inutile, celui qui te fait descendre très très bas et remonter tout ce que tu as descendu. Dans la remontée des gorges, on sème notre serre file, on sort vite de ce trou!

J’ai hâte d’arriver au ravito pour soigner un peu mes pieds. La pluie de la veille a signé le début de la fin de mes orteils. Je sens que mes doigts de pieds commencent a être très mal. La plante de pieds reste intacte, je l’ai tannée pendant des mois, j’ai une peau de rhinocéros sous les pieds. Mais les orteils ont ramassé. Je sens que les cloques ont poussé de partout, mes petits orteils externes sont déjà morts ! Va falloir strapper. Finhaut km 270..ravito sympa , bonne humeur , je demande un pansement et un désinfectant, on ne me donne ni l’un ni l’autre! Bref va falloir strapper les petons à sec et sans désinfecter. Je constate que j’ai une cloque dans la catégorie Olympique « Poids lourd », je vais prier très fort pour que ça ne bouge pas ! Juste avant 10h on se remet en route, ça commence à sentir la fin, et puis ça commence à sentir surtout la capacité a finir! 1200m de montée dont une dernière partie touchy et taquine pour arriver au col d’Emaney avant de plonger vers le ravito de Salanfe et remonter au col de Susanfe.

On est un peu en mode montagnes russes. Ce jour 6 les jambes reviennent un peu, je bois toujours comme un goret et je mange toujours bien. Enfin quand il y a a manger au ravito . La montée au col d’Emaney est assez longue, très longue, ça laisse le temps de réfléchir a plein de trucs, ça laisse le temps de prendre du temps, de laisser le cerveau errer de pensée en pensées. Ces moments sont nécessaires sur ce type de course! Le recentrage sur soit, sur ses sensations, ses émotions. La dernière portion de la montée au ravito un petit mur, ou les genoux touchent le nez en montée, ou tu manges de l’herbe. La vue la haut coupe le souffle, vraiment. Cette SwissPeaks 360 n’est peut-être pas un régal pour l’estomac et les pieds , mais pour les yeux c’est une tuerie.

col d’Emaney
col d’Emaney

Au col d’Emaney on débouche sur un cirque, en bas un lac turquoise, le barrage de Susanfe, c’est minéral a mort, mais le reflet du ciel bleu dans l’eau… On se croirait dans un lagon polynésien perdu en Andorre. Le ravito est tout en bas au chalet de Salanfe, au bord du barrage, OK y a encore un petit bout de chemin à faire mais on va pouvoir dormir, manger se poser. Tous les ravito sont des Oasis et sont attendus comme le messie après plus de 280km. Mais bordel c’est beau, c’est beau !!! On arrive au ravito, on est accueilli par un couple de petit vieux, c’est plutôt cocasse… La petite vieille à un humour a arracher le papier peint, pince sans rire ! Le papa d’Émilie vient de se faire la montée de l’autre coté pour venir a notre rencontre, et j’avoue ça fait du bien de le voir aussi, on était un peu en mode zombi depuis Champex. Après le ravito n’est absolument pas confortable et on se fait confirmer qu’il y a des lits dans le chalet a côté pour dormir. On va se faire une heure de sieste, les chambres sont pleine de coureurs fin de peloton et de randonneurs fatigués! Je ne sens pas l’heure de sieste passer, plus on avance plus on est tenté de faire de sieste un peu partout ..

On est plus ou moins réveillé par un local, qui nous prend pour le dossard 500 et des brouettes et nous réveille de façon brutale ..1h avant l’heure prévu ..bref histoire rocambolesque. On émerge et on se met en route, pour la dernière ligne droite de la journée. On décolle en petit groupe de 3 / 4  , les mêmes potes chinois de fin de pelotons et notre collègue qui continue d hurler. Ah si j’oubliai, depuis Finhaut on avait avec nous le serre file, un mec ultra sympa, ultra bienveillant, dont le seul objectif était de veiller à ce que tout ce petit monde de fin de course finisse au Bouveret !  Ca fait partie des super rencontre en Ultra ! Bienveillant est vraiment le mot. En partant de Salanfe, il faut faire le tour du lac, puis grimper tout la haut, au col de Susanfe, 500m plus haut, et redescendre vers Champey, 12km et 1400 plus bas et plus loin. Une des plus longues descentes de la course.

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On se souvient et on se souviendra longtemps de ce col de Susanfe. A ce jour le plus beau col que j’ai eu l’occasion de monter et de voir. L’approche est lunaire, à cette altitude c’est des cailloux, perdus en plein milieu d’un cirque et de crêtes. Le début de la montée est souple mais continue, et je sens que j’ai les jambes et la caisse. C’est vrai que les jours précédents, tout effort au-dessus de 2500m devenait compliqué , mine de rien l’altitude joue sur la caisse. Je me souviens avoir pleurer une grosse partie de cette montée, en lisant à la lecture des différents messages, sms, de ma chérie , des potes. Au bout de 6 jours et après 5h-6H de sommeil en tout et pour tout sur la semaine, la larme est plus facile je le conçois, mais réaliser que du monde pousse derrière, et que ce monde croit plus que toi que tu peux le faire, ça donne des frissons et des larmes. Le col se rapproche, les chaines apparaissent, la pente est très raide, y a de la viaferrata, on s’éclate, franchement c’est juste génial. On est comme des gamins dans un magasin de jouets !  En temps normal les cailloux, même en rêve je ne veux les voir. Mais la on joue, à Indiana Jones, à Mike Horn, à Cliffhanger, à fort Boyard… Une fois les chaines passées, on est sur la lune. Le col est en vue, dans le brouillard, un vent a décorner les bœufs. On se sent vivant !!  Pas la peine de lutter contre les éléments, aucune peur, juste la pêche! Bordel on est bien! Faut que je me concentre pour ne pas m’envoler non plus 😊.

L’heure de la redescente a sonné, Champery on arrive! Il est 19h, la BH a champery est a 5:00 du mat. On est laaaarge ..ou presque. C’était sans compter sur cette descente, cette PUTAIN de descente de 12km… La première partie de la descente est tout aussi lunaire que la fin de la montée… On voit Champery au loin.. ça parait si près et en même temps c’est tellement loin! On arrive à 19h30 à la cabane de Susanfe , il reste moins de 11km au compteur, on en profite  pour manger bcp de chocolat. La cabane se prépare à accueillir dans la nuit les premiers du 170km. On allait se faire gratter par plus rapide que nous. On part de la cabane il fait encore jour! Tout le monde nous parle de ce qui arrive après, un passage ultra casse gueule, engagé, avec chaines, précipice, cailloux glissant, corde… Ce n’est pas très long apparemment, mais suffisamment engagé pour ne pas jouer au malin. Objectif, passer avant  la nuit ..ça va être chaud mais on fait tout pour. Effectivement, on ne nous a pas menti, c’est quoi ce chemin? Tu as des panneaux de warning partout, assez anxiogènes! Alors oui quand tu as ça au km 300 c’est flippant. Mais ça va passer, comme tout le reste jusqu’à la ! Je commence a râler, la nuit tombe, et le chemin semble interminable. Avec la nuit, tu ne sais pas vraiment si tu descends ou si tu es sur un faux plat, j’en ai marre. Je crois que j’ai passé le reste de la descente a râler, encore et encore, ce chemin me soulait, beaucoup de route, des fausses descentes sur route, chemin large mais plat, ça n’avançait pas …

Champery en vue, la dernière base de vie! Ça sent bon! Un grand gymnase tout confort! On est accueilli avec un hachis parmentier, et moi qui n’en mange pas je l’ai gloupé en une fois…A ce stade mes émotions et ressentis font les montagnes russes! Content, Soulé, désespéré, heureux. On voit du monde connu, des visages familiers, des potes de course, Jean marc aka Marcus , Eric . Les deux premiers du 170 sont là, affutés, le premier repart surexcité, il nargue le second qui prend le temps de manger, boire et se refaire la cerise. Je crois que le premier ne s’est nourri que de cachetons de Nutriment et autre ..rien de solide dans le bide et encore moins de hachis parmentier!  Voilà la différence entre une élite et un coureur queue de peloton comme moi ! Je suis en ambiance kermesse moi 😊. On file au dodo pour 40 min, la salle de repos ressemble à un dortoir de maternelle! On trouve deux matelas au milieu de tous ces coureurs qui dorment. C’est la dernière base de vie, va falloir en profiter. Après une petite sieste, je mets un change complet, je remplis mon sac de Barre Mulebar et de mes dernière Pulpes. Je regarde mes pieds, c’est Tchernobyl et Fukushima en même temps.

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Ça y est j’ai la gigitte , ça y est le finish d’un 360km commence à prendre forme dans la tête. Km 301 , 60km to go , qu’est-ce que 60km ? Je n’ai jamais eu envie d’abandonner ou presque durant cette course, on repart Émilie et moi de cette base de vie, on se raconte des blagues, on rigole, on se fait tracer par le 2 de la 170 qui nous encourage au passage! à ce moment précis, dans ma tête je réalise que je vais sans doute aller au bout, et je sais qu’il n’aura pas de Nuit 7 ni de jour 8 …on se dit enfin qu’on peut le faire, qu’on va le faire! Sensation étrange, pas assez de force pour être ultra content, mais j’ai le smille intérieur…et les larmes qui remontent a nouveau!

Jour 7, Nuit 6 : Champery – Finish Line

Quand on quitte la base de Champery, on demande notre chemin a une bénévole. Elle nous dit en montrant un bazar tout rouge tout en haut de la crête « Vous voyez le truc rouge qui s’allume la haut , bien vous devez monter la , c’est la station, y a 1000m de montée » ..ah ouais, quand même, en gros il y a 1000m à faire en 4 a 5km … Pour la faire courte y a un vrai KV directement en sortant de la Base de vie . Ça ne fait que le Quarante douzième KV qu’on monte depuis 6 jours, ça ne nous fait même plus rien. Un peu de plat et on attaque la montée, d’abord très douce sur la route, à ce moment la 2eme du 170 qu’on avait laissé à la base de vie nous double et nous enrhume au petit trot (je l’ai déjà dit plus haut), mais on ne part pas a sa poursuite 😊. On continue de monter et dans un virage je prends à gauche, je vois deux lumières brillantes façon balises, mais Émilie ne me suit pas forcement. Et puis les lumières « bougent et miaulent » …OK j’ai suivi deux yeux de chat brillant dans la nuit avec la frontale… Mais chut ça reste entre nous 😊 Dire que je me suis paumé parce que j’ai suivi un chat dans la nuit ferait mauvais genre.

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La montée continue toujours sur le bitume mais se corse un peu, se pentifie (du verbe pentifier , devenir plus pentu ). On rentre sur du chemin, ça monte plus violent encore, OK là on est dans le KV. Je n’oublierai jamais cette montée, j’ai eu peur, heureusement qu’on la faite de nuit et que je n’ai pas le vertige. Les derniers hectomètre de montée, sont de la pure escalade sur via ferrata, avec des centaines de mètres de vide à droite et gauche et des chaines a tenir pour ne pas tomber. Le chemin est vraiment pas large. Compliqué de passer sur cette crête, au milieu de la nuit et après 310km, vraiment. Les jambes tremblent, le miquettometre à ras des pâquerettes !

Ne pas s’arrêter, jamais, ne pas regarder, ou juste pour s’assurer que ma collègue de cordée est toujours là.. On finit par arriver la haut à 2000m d’altitude, je me tiens debout sur un lopin de sentier de 1m², en semi équilibre. Faut se casser de là, et vite retrouver de la surface plane. Je suis un peu sonné par cette montée. J’en rigole sur le coup, mais je ne fais pas le malin. Le ravito de Chaux Palin (qui n’est ni une déformation de Sopalin, ni une contrepèterie de Chaud lapin ) n’est pas loin, une petite descente, une petite montée et hop au repos et au miam miam. Le jour se lève, laissant apparaitre des sentiers et des montagnes vertes, ça restera le plus beau lever de soleil du parcours je pense .. On aperçoit la cabane du ravito, il est 6h30 du matin, le plus beau matin du monde. Il y a un bénévole au ravito, il fait un froid de gueux, terrible encore. Le bénévole ne sait pas trop commence se réchauffer. On commence déjà à avoir envie de dormir. On passera cette dernière journée à faire des siestes partout où c’est possible, comme tous les derniers de la course d’ailleurs. Après un thé tiède, on demande s’il est possible de dormir 20 min dans la cabane, l’impression déjà d’être cuit! On trouve une petite place, la cabane est chauffée, choc thermique , plus dur sera de sortir et de partir . Au réveil  , il y a la queue devant la porte , d’autre coureurs venant d’arriver souhaitent dormir. On prend la route direction les Mosettes a 2100 m et le ravito de Morgins à 11km, ou est la dernière BH de la course. On passe le col, on galère un peu, c’est le matin et on est encore endormi. Les carcasses commencent a partir en sucette, entre les pieds, le dos, l’estomac… Le signal qu’il est temps d’en finir. Le soleil nous réchauffe et nous recharge les batteries.

Sur le papier la descente pour Morgins est douce et longue. Sur le terrain, les premiers km sont une chienlit. Cailloux, herbes hautes, trous, buissons … Punaise ça commence a suffire. Cette dernière journée qui devait être la plus simple et la moins technique est une enculade. La fatigue joue aussi mais pas que. Il fait super beau, le soleil est la sans nuage, quelle dernière journée!!! Morgins apparait au loin, ça me parait si loin, on doit y être pour 13h max… J’ai mon petit coup de flip, le spectre de la BH. Et puis on descend, on arrive dans la vallée faux plat descendant, Morgins 3km .. On va être très très large en fait! On marche au soleil (oui on ne court plus), et puis la trace nous fait passer à l’ombre le long d’une rivière, jusqu’à Morgins. A 10m, la route plein soleil, chaleur agréable… Et puis nous on longe une rivière glacée à l’ombre, les dents qui claquent. Mais POURQUOI ???

Village de Morgins
Village de Morgins

Alors on se met a courir… Après 320 km, instinct de survie oblige. Et boum on finit par entrer dans Morgins, joli petit bled rempli de gros chalets en bois. On fait le tour de Morgins sinon ça ne serait pas drôle, il est 10h15, on est très large sur la BH, on va pouvoir se poser et souffler. On retrouve nos compères de fin de pelotons déjà là, certains dorment sur les tapis, d’autres mangent, en même temps passent les concurrent du 170 et du 90. Le contraste est assez nette entre nous du 360 qui ressemblons à des manouches et puis les autres encore frais (enfin on voit passer les premiers). On s’affalent sur les longue tables, ça fait du bien de retrouver les visages connus des autres coureurs du 360. On discute de tout et n’importe quoi, mais tout le monde à la banane, le sourire, chacun sait maintenant qu’il ira au bout, malgré les pépins gastriques, podologiques, dorsaux…on en vient a raconter nos hallu , y a du niveau!  L’un a cru qu’un chat était venu lui caresser le pied avec sa queue dans la nuit alors que c’était une branche, les hallu auditives, visuels, les quiproquo… On n’arrive pas contrôler nos rires. La pression s’évacue.

Il reste quelques tapis de libres dans le gymnase, je les montre à Émilie, et on se dit qu’on a le temps de faire une bonne sieste avant de repartir la BH est finalement assez loin. Je m’endors a peine la tête posée sur le tapis (comme à chaque fois que j’ai fait une sieste). Il est quand même temps de décoller et puis la faut rentrer quand même ! Ce n’est pas tout ça mais ça fait 7 jours qu’on est dehors ! 7 jours bordel. Je n’aurai jamais cru pourvoir faire 7 jours dehors. Petit tour a nouveau de Morgins, par les hauteurs, il y a du chalet de compet ici, je m’achèterai bien une petite maisonnette avec balcon fleuri, grosse berline Allemande dans le garage, fontaine d’eau, jacuzzi… mais bon revenons à nos moutons.

On doit monter au bec du Corbeau, 7,5km de montée pour 600 D+  …. Bec du corbeau … Bec du corbeau, si le col s’appelle comme ça c’est qu’il doit y avoir une raison, une enculade trailistique cachée , genre une dernière partie de montée qui donne la gerbe tellement c’est hard. Mais dans l’immédiat on commence à monter dans des lacets sur route, on se refait des épisodes de « faites entrer l’accusé » et « perdu de vue »  …oui on est allé loin dans le délire. Les yeux hypnotisés par les lacets, on loupe une balise planté a l’envers et bim, paumé encore, mais ça va cette fois ci on avait juste fait 400m de trop et sans D+…marche arrière, on retrouve cette balise furtive qui marque le début d’un vrai petit coup de cul vicieux, mais un vrai à l’ancienne. Je retrouve des sensations a l’andorrane : forte chaleur sur la tête, montée sèche plein cagnard en pleine digestion, ratio taille de jambe Vs pente qui n’est pas en ma faveur. Je ne l’attendais pas là, pas maintenant, pas après tout ce qu’on a fait! Je serre les dent pour éviter de râler, et on se met en rythme Emilie et moi , pour avaler cette petite taquinade. Re-plat derrière et attaque de la dernière section, le Bec du Corbeau. Je savais bien que ça n’allait pas bien se passer cette histoire. Sente herbeuse, dré dans le pentu, violente, exposée plein soleil, ou tu montes de 10 et si tu fais pas gaffe tu recules de 15 ..Mais une fois la haut quel vue putain, quelle vue ! Il est 13h25, KM 325 ..et on a une des plus belle vue Of the life : les dents du Midi , le mont Blanc ..ça claque sa mère! Il y a un petit banc en bois, on se pose deux min quand même pour la vue… La SwissPeaks 360 c’est ça, des chemins ultra exigeants, longs parfois techniques, mais il y a toujours une récompense quand vous pensez être à bout ..une vue, un ravito, un lever de soleil.

Dents du midi
Dents du midi

On a pas envie de partir mais faut quand même redescendre , on a jamais été aussi prêt de l’arrivée .

On retrouve Charles notre compère qui court sans bâtons. On fait un bout de route ensemble, effectivement on se serait tous passer de ces montées sèches de la journée. Et au détours d un balcon, il est 16h30  , après 7 jours de course on revoit à nouveau le lac du Bouveret et Montreux (qui est juste en face de l’arrivée ). Ça y est cette course devient tangible, on voit l’arrivée, l’objectif, le pourquoi on est là. Il reste une trentaine de km, on y sera pour le milieu de nuit, on ne va pas aller vite . Les larmes montent aux yeux , sur ces deux derniers jours j’ai eu la larme facile. Au arrive au ravito de chalet neuf, qui nous dit que finalement le vrai ravito a été déplacé plus loin pour des raisons de validation de l’organisation .. heu OK mais j’ai faim et je suis crevé , faut pas jouer avec nos émotions comme ça … mais OK on y va !  Petit chalet en bois , y a du riz !!!  haaaa du riz  , je m’en fais 3 assiettes .. et je vous jure que j’ai quand même perdu du poids avec cette course! Je suis devenu une machine à manger, dormir, avancer. Et c’est ce qui m’a sauvé. On ne s’attarde pas trop, l’envie d’arriver grandit .

Prochain Stop ce sera Torgon km 340, en fin d’après-midi. Des petits sentiers en descente un peu partout , agrémentés d’un coup de cul ou deux pour vous rappeler que ça sera difficile jusqu’au bout !  Mais depuis quelques heures maintenant, le lac du bouveret ne se cache plus, l’arrivée est la!  Et irrémédiablement on s’en rapproche. Arrivée à Torgon, peu avant 18h, avant dernier ravito, il fait encore jour. On est accueilli comme des princes au chalet de l’école de ski . Je crois que le bonheur et le soulagement commence à se lire sur nos visages après les cernes, les tuméfactions. Non on ne s’est pas remaquillé pour la fin, histoire d’arriver présentable. On va se coucher pour une énième sieste de 10-20 min, la 3 ou 4eme de la journée. Le jour tire à sa fin, Émilie il est quand même temps d’y aller non ?

Torgons ecole de ski
Torgons ecole de ski

La dernière ligne droite , la dernière cavalcade infernale commence. Une petite traversée rapide de Torgon , une montée coquine de 600 m au Planelet, de tout la haut on a encore une vue de malade !  Il est 19h45 les montagnes devant nous prennent des reflets bronze. Quel final ! On se fait doubler par des concurrents du 170 et du 90 mais nous on avance à notre rythme pépère de randonneur. Planelet 1654m atteint, 600m de descente maintenant pas toujours évidents, il fait nuit et on est fatigué , et il faut rester vigilent , c’est très dur ! Et puis on a tendance à se relâcher car c’est la fin, mais il ne faut pas. Un faux pas et tu ne gères plus la fougère. Pour ces derniers km , je sors Spotify sur mon tel, et si on faisait ça en musique! J’ai mis les watt, la compagnie créole, Zouk machine, Despacito…c’était disco en suisse !  Les concurrents nous doublaient, sourire aux lèvres ..

La dernière montée vers la ravito du Taney se fera de nuit . Entièrement sur la route car les sentiers sont fermés pour cause de travaux … Oui il faut se taper ces 2km et des poussières sur la route. J’actionne les bâtons, je monte en rythme .. Comme il y a quelques jours dans la montée de 800M… La haut, y a plus rien de branché, je rentre dans une espèce de transe, que je ne peux expliquer. Il ne fait pas chaud, il fait même frais, et pourtant le froid ne me fait rien ! Je suis une machine, je ne devais pas être beau avoir .. Je double au passage 3 concurrents du 170 qui me voient passer les yeux écarquillés .. On arrive au ravito de Taney vers 23h. Il fait a nouveau ultra froid, on demande si il y a des lits pour dormir .. On est a 12 km de l’arrivée, ce n’est que de la descente, mais oui on va dormir avant de partir… Parce qu’on était zombifié encore, et que descendre 3h comme ça c’était du suicide, même si on pouvait s’accrocher. Le dortoir est spartiate, il y a plusieurs personnes qui dorment en rang d’oignon dans un cagibi. On se trouve une petite place en haut et en bas sans réveiller les autres .. mais bon je ne sais pas encore retirer ma lampe, enlever ma doudoune, mes godasses, mon sac mes bâtons, sans faire de bruit ..

Minuit, il fait très froid, on est reposé, et prêt a en découdre pour de bon! C’est parti pour la dernière descente !  Le Bouveret on arriiiiiiive ! On continue d’écouter du zouk dans la première partie de la descente…ça donne le rythme et surtout ça donne un côté surréaliste a cette descente et a cette fin de course… Et oui après 155h le truc qui nous fait kiffer c’est Maldone de Zouk machine. On a entendu beaucoup de chose sur cette descente : c’est horrible, c’est dur, c’est long, ça casse les jambes et le corps…On s’attend au pire, je m’imagine déjà me faire une Margineda Andorrane après 350 km. Si ça avait été le cas j’aurai vraiment assaisonner l’orga en fin de course. En fait on se rend compte très vite de plusieurs choses :  on a à faire à une descente classique dans une forêt de sapin, c’est a peu prêt 1400m de descente, on voit les lumières de l’arrivée dès le début. Jusqu’à là rien de bien méchant… mais il y a 12km de descente… c’est très long, très très long.. ça ne descendra pas vite, ça sent le faux plat descendant a plein nez, le truc interminable que tu peux courir, mais que tu ne courras pas parce que t’es crevé et que t’as mal partout. Finalement ce qui va me sauver c’est cette douleur à la cuisse gauche que je traine depuis 24h, un problème de contraction permanente du quadri, qui n’est soulagé que par le trot ou le galop. Si tu ne veux pas avoir mal coco, va falloir aller vite voir courir.

La descente en lacet à la frontale nous hypnotise encore, on descend en rythme mais en silence. On est chacun dans notre bulle, une bulle où on se voit à la fin, à l’arrivée, où on oublie que la descente fait mal et qu’on en a pour 2h30 au moins. Après un long moment, je ne sais pas dire si c’est 1h30 ou 1h45 on sort des lacets, on rentre dans la forêt  pas vraiment de sentiers  balisage douteux, on cherche les balise entres les arbres. Je vais bientôt vivre les plus grosses hallu jamais vécu ! Faut dire que ce paysage forestier rappelle BlairWitch project, éclairé par les lumières blafardes de nos frontales. Comme d’habitude, ça commence par des visages sur des cailloux, des arbres et rebelote, je revois des gueules cabossées et mutilées. Puis les hallu auditives, les chuchotements de voix féminines reviennent. 3 interventions… J’ai eu d’abord un chuchotement incompréhensible puis des éclats de rires moqueurs .. En fait Émilie est aussi en train de vivre des hallu quasi similaires, des chuchotements…

Marche des zombies

 

Une voix féminine vient me murmurer « casse toi » dans l’oreille, je me retourne apeuré et énervé et je réplique « mais putain tu vas arrêter maintenant » .. Bien sûr il n’y a personne. Et j’agite mes bras dans le vide ..et enfin dernière phrase « Bonne Nuit (moqueur + rires) » et la voix est partie ! J’avais des frissons, des larmes aux yeux, apeuré… Dis Émilie, faut vraiment qu’on en finisse et qu’on sorte de cette foret, on est en train de débloquer c’est pas cool… On finit par voir les lumières de la route …200m…150m….100m…50m…on touche terre au bout de la lagune du Bouveret peu avant 3h du matin. Je fonds en larmes (J’ai perdu plus de larmes que de sueur ce dernier jour). Jje réalise qu’il ne peut plus rien arriver maintenant, que la ligne est a 1km devant, j’ai encore les larmes qui montent au moment où j’écris ce récit … Émilie et moi, deux non montagnards, sommes arrivés au bout de ce voyage alpins de 360km et 26000m D+. On pleure, tous les deux, dans notre coin, on avance et on pleure. Les nerfs lâchent, tendus depuis des jours. J’ai Sylvain par SMS qui vient a ma rencontre. J’ai ma chérie aussi par SMS qui me dit qu’elle est fière de moi. Et les larmes coulent.

 

Il est 3h, le Bouveret est désert, et on arrive. Après 157h, on termine cette SwissPeaks, avec nos douleurs, mais surtout une joie indescriptible. Sylvain est là (merci mon pote je te kiff) les parents d’Émilie sont là, ils ont été formidables à assurer des points d’assistance et de ravito aux moments les plus durs… ¾ d’heure plus tard , jetais douché et couché , pour quelques heures de sommeil. J’ai repensé souvent a ce que m’avait écrit mon pote Thomas avant le départ « Ça va être terrible, mais je suis sûr, je le sens, tu vas réussir« .

On a passé toute la course à deux, et parfois trois où 4 et c’est ce qui a fait notre force, seul ça aurait été impossible .. D’ailleurs quasi tous les concurrents sont arrivés par grappe .. L’union fait la force comme dit !  Plus on est de fous plus y a de connerie. Aujourd’hui encore je ne suis pas redescendu, je suis la haut, entre une cabane, un col, un descente, un chalet. J’ai tenté un coup de poker avec ce format de course, j’ai oublié que je n’avais aucune chance et j’ai foncé.

Swisspeak360
Finisher!!!

Merci Scarpa France et Ultimate direction, pour le matos sans failles. Merci Mulebar, les pulpes et les barres ont été d’un réconfort énorme dans les moments difficiles. Merci Douzaleur, #JesuisPasseEnModeMachine et #JaiOubliéQueJavaisAucuneChance! Merci Casquetteurs et Gianni :  les casquettes vintages ont eu du succès en suisse 😉.

#OublieQueTuNasAucuneChanceFonceSurUnmalentendu

Swisspeak360

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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