Ultra Tour du Beaufortain 2018 : mon premier ultra, ma revanche…

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Ultra Tour du Beaufortain

Je l’attendais avec impatience cet Ultra Tour du Beaufortain 2018, depuis mon abandon au Hameau de la Gittaz (km 64) lors de l’édition 2017, édition pendant laquelle des orages impressionnants avaient mis à rude épreuve mon cœur et mon organisme alors que je me trouvais sur les crêtes… Un an que je ne cessais de penser à cette course, qu’elle guidait tous mes entrainements aussi aléatoires qu’ils soient (car oui, on ne peut pas dire que je sois d’une rigueur exceptionnelle dans ce domaine…). Ce devait être mon premier ultra-trail en 2017, ce sera mon premier ultra-trail en 2018, assurément !  Mais plus le temps avançait, plus ma confiance disparaissait…. A tel point que les semaines précédant l’échéance, je doutais très fortement de rallier la ligne d’arrivée : barrières horaires serrées, douleurs aux genoux, incertitude quant à la météo…. Bref je stressais… Aux dires de certains, du bon stress… Heureusement que les amis étaient là pour croire en moi …

Ultra Tour du Beaufortain

L’ultra Tour du Beaufortain fêtait donc sa 10ème édition ce samedi 21 juillet 2018. Cet ultra a succédé au Tour du Beaufortain qui se réalisait à l’époque en deux étapes.  C’est un ultra de 105 km et 6400 de D+ qui peut se réaliser en solo ou en relais par équipes de 2. Une de ses spécificités est que la course se déroule la plupart du temps au-dessus de 2000 mètres d’altitude. Une bonne acclimatation est donc nécessaire. C’est une organisation familiale même si elle compte tout de même 200 bénévoles avec un comité d’organisation de 17 membres dont François Camoin, le président-directeur qui impulse toute l’énergie et la convivialité nécessaire à la réussite d’une telle épreuve. La course est limitée à 500 inscrits et 50 équipes de relayeurs, dont obligatoirement une femme pour ouvrir aux féminines qui se font encore rares sur cette course exigeante (un peu moins de 50 à prendre le départ en solo en 2018). Le faible nombre de participants permet de ne pas encombrer les sentiers. C’est un ultra « rapide » puisque les barrières horaires sont relativement serrées : 27 heures pour rallier l’arrivée. Comme le dit François Camoin lui-même : « ici, nous voulons des coureurs, pas des randonneurs ».

Me voilà donc la veille du départ, sous le chapiteau qui se trouve au plan d’eau de Queige en Savoie, avec toutes mes incertitudes et mes peurs…. Je sais que j’ai soigné mon acclimatation en profitant de la montagne depuis déjà deux semaines, j’ai testé mon matériel lors de mes nombreuses rando-courses, j’en ai profité pour me servir des bâtons que je ne peux pas vraiment utiliser en région parisienne… Pour le reste, on verra bien…

Ultra Tour du Beaufortain

Cette année, François d’Haene nous honore de sa présence puisqu’il est venu courir avec sa femme Carline, pour qui ce sera également son premier ultra-trail (pas tout à fait dans les mêmes temps que moi pour une première…). Après le visionnage du film de 45 minutes réalisé à la suite de son record établi lors de l’épreuve Américaine du John Muir Trail, le briefing de course peut débuter. François Camoin prend la parole… Ce que je redoutais le plus semble se dessiner de nouveau cette année : Orages violents dans la nuit de vendredi à samedi avec fortes pluies en fin de nuit (donc pour le départ), pluie dans la journée de samedi et retour des orages samedi soir….  C’est une vraie malédiction ! Dans ces conditions, l’organisateur a pris la décision de maintenir la course mais un parcours de repli a été mis en place…. François Camoin ne veut pas prendre de risque et comme il le dit : « s’il y avait eu le moindre soucis l’année dernière, je ne serai pas là à vous expliquer le parcours aujourd’hui… ». Même si la mise en place de ce parcours de repli ne fait pas que des heureux…. Pour ma part, je suis tout à fait d’accord et cela me rassure un peu….

Ultra Tour du Beaufortain

Pour cette édition 2018, le parcours de replis commencera donc un peu après le Cormet de Roselend (mi-course) pour 102 km au total et 6200 m de D+. La portion Roc du Vent – Gittaz – Col du Joly – Mont Clochet disparaît, ainsi que le passage sur Mont Bisanne. De ce fait, la course devrait être un peu plus rapide. Les barrières horaires sont maintenues.  J’essaye de bien écouter le boss mais je sais déjà que j’aurai oublié le nouveau parcours d’ici 5 minutes… Alors encore une fois, on verra bien….

Après une très courte nuit à entendre les orages éclater de toute part, c’est enfin le moment du départ. Miracle ! A 3 heures du matin, il ne pleut déjà plus contrairement aux prévisions météorologiques. Me voila rassurée sur ce point. Nous filons avec Marc et ses assistants de choc Marc, Malo et Walid, au départ. Pour ma part ce sera un premier ultra-trail, sans accompagnant, sans assistance et sans GPS, juste aux sensations et sans ambition aucune de chrono à part passer toutes les barrières horaires. Ce qui est déjà un sacré challenge pour moi !

Ultra Tour du Beaufortain

Départ Queige – Refuge des Arolles (km 17,83)

Il est 4 heures du matin. Après un joli feu d’artifice qui met dans l’ambiance, le départ est donné. Il n’y a plus qu’à ! Forte de mon expérience précédente, je décide de partir très prudemment à un rythme cool. Car oui, dès le départ c’est une montée de 1500 m de D+ sur moins de 9 km qui nous attend pour aller jusqu’au col de la roche pourrie…  Puis de nouveau un coup de cul pour rejoindre le col des lacs au 13ieme km, soit presque 2000 m de D+ en moins de 15 km… A 4h du matin, ça fait mal… Je me souviens de 2017, où je n’avais plus de jus dans les cuisses pour la descente qui suit… je ne veux pas revivre ça… Je me bride au niveau du rythme, je m’alimente beaucoup et enfin j’arrive au col des lacs sans aucune fatigue particulière… Un petit bouchon se forme car le nouveau système de contrôle par flashcodes n’est pas très pratique pour les bénévoles mais cela permet de récupérer…. Et de regarder le paysage… Le soleil s’est levé depuis peu et nous commençons déjà à en prendre plein les yeux. A ma grande surprise et malgré ce bouchon qui durera plusieurs minutes, j’affiche 8 min d’avance sur mon temps de passage de l’année dernière. Je suis ravie ! Mes séances d’escaliers en région parisienne ont payé pour le travail en côtes.

Ultra Tour du Beaufortain

Je ne m’enflamme pas pour autant mais je constate que la relance sur plat puis la descente se passe bien. Aucune fatigue dans les cuisses par rapport à l’année dernière. J’ai bien géré. Petit moment de culpabilité lorsque je traverse un troupeau de vaches : les pauvres ont l’air apeuré par tous ces envahisseurs qui s’agitent en brandissant leurs bâtons et les fermiers semblent galérer à les rassembler. Je les aurai bien aidés mais… Ce n’est vraiment pas le moment… Il ne reste qu’une petite montée pour atteindre le 1er ravitaillement qui est aussi la 1ère barrière horaire. Tout va bien à l’exception d’un point : je commence à sentir un pincement sur le tendon du releveur du pied gauche…. Moi qui avait peur que mes genoux ne me jouent des tours, c’est une douleur contractée un mois auparavant sur les 12 heures de Bures sur Yvette, et qui avait pourtant disparu complétement, qui se réveille…. Aïe ! Me rappelant de ce que cela a donné ce jour-là, je ne me fais plus trop d’illusions…. Je défais quasi complétement mes lacets côté gauche au ravitaillement. Heureusement que mes chaussures Scott Kinabalu me maintiennent très bien les pieds et sont très stables…. Il n’y a plus qu’à voir jusqu’où je peux tenir comme ça… A ce stade, j’ai 9 minutes d’avance sur mon temps de 2017 et presqu’une heure sur la barrière horaire. Mais la partie où je perds le plus de temps et d’énergie reste à venir….

Refuge des Arolles – Cormet d’arêches (km 31,65)

Après m’être correctement ravitaillée (Coca, Saint Yorre, Beaufort, banane), je ne m’attarde pas et c’est déjà reparti pour la suite. Ça descend un moment pour remonter dans des sentiers qui deviennent de plus en plus techniques. J’arrive à trottiner et maintenir une allure stable. Pour l’instant, nous n’avons pas eu une seule averse et le temps couvert est idéal pour courir. Pas de risque de surchauffe.  J’arrive à la tête de la Cuvy avec toujours mes 8 minutes d’avance sur le temps de 2017 et beaucoup plus de jus dans les jambes mais avec en plus ma douleur au pied, qui, heureusement, ne semble pas augmenter pour le moment.

Ultra Tour du Beaufortain

C’est parti pour la longue descente technique jusqu’au Lac de Saint Guerin. Pas à l’aise dans ce type de descente, je sais que ce n’est pas ici que je vais gagner du temps mais elle se passe mieux que l’année dernière ce qui me permet de faire le tour du lac (environ 1,5 km) à un bon p’tit rythme de course. J’arrive à la passerelle de saint Guérin en ayant encore gratté quelques minutes. Je suis plutôt contente.

 Je commence alors la partie du parcours où j’ai eu mon coup de mou l’année dernière. Et bien, le même scénario se répète cette année… Je ne sais pas si ce coup de moins bien est lié à mon heure d’arrivée ici ou bien si cela est dû au fait que cette partie est très exposée au soleil. Cette année, pourtant, le ciel est couvert. Ceci-dit, le soleil tape quand-même fort sur ma tête.  Celle-ci commence à chauffer… Je range ma visière pour enfiler un buff afin de la couvrir complétement, ça va mieux … J’ai peut-être échappé à une petite insolation.  Nous montons vers un joli petit lac, le lac des fées, puis vers le Cormet d’Arêches… Je n’aime pas cette partie. Je me traine littéralement dans la montée. A priori les autres coureurs sont dans le même état. Je m’alimente mais ça ne suffit pas. Je me répète très régulièrement « ça va passer » « ça va revenir », « ça revient toujours » et je fais ce que je peux en attendant…

Ultra Tour du Beaufortain

Tout à coup, je lève la tête et vois Marc, Malo et Walid qui repartent du ravito. Que ça fait du bien de les voir ! Je suis un peu en mode râleuse à ce moment et la première chose que je dis à Marc est : « j’ai mal au pied, je ne sais pas jusqu’où je vais pouvoir aller… » Ah sinon, bonjour Marc, oups… Un petit check dans les mains des deux ados qui sont venus me rejoindre et enfin j’arrive au ravito du Cormet d’Arêches avec 40 min d’avance sur la barrière horaire…

Je ne m’attarde pas au ravitaillement car je sais que c’est à partir de ce moment que je vais commencer à perdre du temps. L’année dernière, je n’avais que 8 min d’avance sur la prochaine barrière horaire qui se trouve avant le refuge de Presset… Espérons que je fasse mieux cette année. Mais je me rends aussi compte que le fait de n’avoir personne en assistance aux ravitos fait aussi perdre pas mal de temps… Je repense d’ailleurs à Lauriane, Nicolas et Franck qui m’avaient sacrément remonté le moral ici en 2017… Aujourd’hui, mon moral est bien meilleur.

Cormet d’Arêches – Refuge de Presset (km 39,28)

Voila, j’entame la partie la plus belle de la course mais aussi la plus difficile pour moi. Le parcours continue à monter avec quelques passages techniques où il faut se hisser entre les rochers pour atteindre le plan de la marmotte, puis le col du Coin. Je ressens de la fatigue mais j’arrive à bien la gérer. Bizarrement, mon pied ne me fait plus mal, ce qui me rassure. J’essaye surtout ici de gérer mon énergie quitte à ralentir un peu. J’arrive enfin au Col du Coin.

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Une petite pause pour faire redescendre les battements du cœur et manger un peu puis c’est parti pour la descente caillouteuse vers le lac d’amour. J’adore ce passage ! c’est féérique ! Avec la Pierra Menta qui commence à se montrer et percer les nuages de brume ! Juste splendide !

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C’est parti pour la montée du Col du Tutu… Une montée qui m’a marqué l’année dernière tellement je la trouvais pentue et difficile. Je me souviens des conseils de Franck qui me disait de surtout penser à bien expirer. Je m’y applique. Je me mets en mode automatique. Je débranche le cerveau. Je pousse sur les bâtons. Et j’arrive enfin ! Ouf, ça… C’est fait !

S’ensuit une partie technique jusqu’au col de Bresson avec quelques passages câblés… Je reste vigilante car c’est ici que j’ai perdu le plus de temps l’année dernière… Avec mes soucis d’équilibre et en plus, cette année, ma chaussure que j’ai dû desserrer au max, j’ai l’impression d’avancer moins vite qu’en 2017… Je me rends compte également que je manque un peu de nourriture sur moi… Je suis limite et je crains une hypoglycémie

Ultra Tour du Beaufortain

Un bénévole nous interpelle « Regardez le refuge de Presset est juste là… à 1,5 km » … Tout le monde a l’air heureux de cette nouvelle sauf moi… Ahah ! La bonne blague… Je ne me ferai pas avoir comme l’année dernière… Ce n’est pas le moment de se relâcher. Effectivement, nous le voyons bien ce refuge, il parait tout proche mais c’est un bel effet d’optique et cette partie est beaucoup plus longue qu’on ne l’imagine, avec des petits passages techniques qui ralentissent bien… Je gère au mieux sans me griller car je manque de vivres. J’arrive enfin à la barrière horaire du col de Bresson qui se trouve à 400 m du refuge de Presset. Trop heureuse !!! Je passe cette BH à 12 min de la limite. C’est short, mais je sais qu’à partir de maintenant les barrières horaires vont se rallonger et que tout est possible… C’était la barrière qui me faisait peur.  Ça me rebooste ! Bizarrement je ne sens plus la douleur à mon pied. Cependant, je suis en légère hypoglycémie et il est grand temps que je me ravitaille… Ça tombe bien, le ravitaillement du refuge de Presset est très bien achalandé (comme tous les autres d’ailleurs). Je repars même avec des barres et des pates de fruits. J’en engloutis une entière et celle-ci me redonne de l’énergie illico. Vive les pâtes de fruits ! Je n’avais jamais remarqué qu’elles requinquaient à ce point mais vu l’effet reboostant, je décide d’en faire mon alimentation principale pour le reste de la course. Avec un peu de Beaufort à chaque ravitaillement et une bonne soupe, ça passe très bien. C’est bon à savoir pour les prochains trails…

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Refuge de Presset – Cormet de Roselend (km 46,95)

Je ne reste pas plus de 10 min et repars fissa vers le col du Grand Fond, le plus haut point de la course à 2600 m environ.  Une coureuse du relais, au vu de la montée qui nous attend, commence à paniquer. C’est vrai qu’il est très impressionnant ce col mais je n’ai pas souvenir que cette montée soit si difficile. Mes souvenirs me permettent de me rassurer et de la rassurer au passage. On va faire ça tout tranquillement.

Ultra Tour du Beaufortain

Et effectivement, la montée est passée toute seule…. A partir d’ici, j’avais gagné beaucoup de temps l’année dernière… Un passage dans un immense pierrier magnifique puis une descente sympa qui se finit par 2 km de chemin plus ou moins plat pour arriver au Cormet de Roselend. Mais cette année, à peine le col franchi, je ne reconnais plus le paysage…  De la neige, de la neige et encore de la neige. Certes, c’est magnifique et féérique mais je vais y perdre du temps, c’est sur… D’autant plus qu’il commence à bien pleuvoir… Bref, ce n’est pas mon type de terrain de prédilection, bien au contraire.

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C’est parti pour un passage glissant sur la neige, bien moins glissant que sur le Samoëns Trail Tour ceci-dit… J’essaye d’être vigilante mais boum ! une chute ! Puis deux ! Les nevets disparaissent pour laisser place à la descente que j’affectionne tout particulièrement mais avec la pluie, celle-ci est devenue un vaste terrain de boue ruisselant. La vigilance reste de mise jusqu’en bas. Le terrain est très humide et j’ai les pieds complétement détrempés. Je commence à sentir poindre de belles ampoules. Heureusement malgré la pluie, les températures ne sont pas froides, il fait même plutôt chaud …

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J’arrive enfin au bout de cette descente et je m’engouffre sur le chemin forestier qui nous mène jusqu’à la base vie. Je trottine pendant les 2 km plus ou moins plat. Tout va bien. J’ai repris de l’énergie et la douleur à mon pied n’augmente pas.

J’arrive au ravito avec 25 min d’avance sur la BH… Il ne faut pas que je traine… je décide de ne même pas me changer et surtout pas les chaussures… Je ne pense pas que toucher à mon pied soit une bonne idée… Certes avec les lacets dénoués, des petits cailloux s’incrustent régulièrement et je sais que je vais finir la course avec des pieds en sale état mais la chaussure me tient bien le pied, je préfère rester comme ça. Concernant les vêtements, j’ai mon matériel obligatoire dans le sac (collant long et tee-shirt long) que je pourrai enfiler si le besoin se fait sentir… Je reste 8 minutes au ravito, fait le plein de pâtes de fruits et de Beaufort et je plonge dans l’inconnu….

Cormet de Roselend – Col du Pré (km 65,47)

A partir de là, je ne connais rien au parcours puisqu’il s’agit du parcours de repli. Je décide d’y aller aux sensations et de demander des informations aux bénévoles si j’en ai besoin. C’est une course où il y a beaucoup de contrôle et il est rare de ne pas croiser un bénévole tous les 5 km. Ceux-ci sont vraiment adorables, aux petits soins et ont toujours les bonnes informations. Heureusement qu’ils étaient là. Ils ont été très importants dans ma course ….

Le paysage est ici nettement moins beau et sauvage que sur le parcours d’origine où nous aurions dû prendre le roc du vent et les crêtes. L’organisation nous a fait prendre un chemin forestier qui redescend sur le lac de Roselend puis qui le contourne pour remonter sur des singles rendus bien glissants par la pluie pour enfin reprendre la route jusqu’au col du Pré. Cette partie n’est pas technique et même si elle manque de charme, elle m’a permis de me requinquer avec une bonne marge d’avance sur la barrière horaire. Ça fait du bien de pouvoir relâcher son attention. Un peu trop de bitume pour atteindre le col du pré augmente toutefois légèrement ma douleur au pied… « Pourvu que ça tienne », « Pense à autre chose », « Ait confiance », me répète-je souvent. Je fais ce dernier bout de chemin avec un autre traileur et sans lui avouer, je commence à serrer les dents. Je repars du Col des Pré avec une heure d’avance sur la BH. Nous avons fait 65 km. Je plonge vers des distances que je n’ai jamais fait auparavant en montagne… Je vais également bientôt entamer ma première nuit seule en montagne, ce que je n’ai jamais fait encore. A ce stade, c’est déjà une belle réussite à mes yeux ! Je ne sais toujours pas où je vais m’arrêter (car oui je ne me vois pas encore finisher) mais je suis encore pleine d’énergie et avec un bon mental.  Je ne m’attarde pas au ravito car je commence à avoir froid. Je visse ma frontale sur la tête car la nuit va arriver d’ici deux heures et c’est reparti…

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Col du pré – Beaufort (km 74,41)

Les muscles sont engourdis en repartant du ravito…  Une petite montée me permet de les réveiller avant d’entamer une bonne descente où mon rythme commence à vraiment ralentir du fait de ma douleur au pied…. Je fais abstraction pour regarder le paysage. On se croirait dans une forêt des Vosges ici. Le paysage commence à changer de nouveau. On arrive au joli petit village d’Arêches. Les bénévoles, toujours adorables, nous aiguillent très bien. S’ensuivent des passages sur route et sur chemin pour rejoindre Beaufort… Mais, c’est en descendant sur Beaufort que je vois des éclairs au loin et que ma peur ressurgit…

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Beaufort – Les Saisies (km 86,41)

J’arrive à Beaufort avec une large avance sur la barrière horaire. Celle-ci ne me perturbe plus du tout d’ailleurs car je gagne du temps…. Je demande aux bénévoles quelles sont les conditions météorologiques à venir… Ils me rassurent… Mais l’année dernière avant que je ne me prenne les orages sur les crêtes, ils m’avaient rassuré aussi alors je me méfie… Mon téléphone capte, je regarde la météo : ça a l’air d’aller… « au pire il y a un contrôle dans 5 km où vous pouvez arrêter » me dit une bénévole. Allez, je me ressaisis, laisse ma phobie de côté, bois ma soupe, mange mon fromage et je repars…

Je suis étonnée à ce stade de voir beaucoup de coureurs en difficulté. Enfin, je suis plutôt étonnée de n’avoir eu aucun coup de fatigue pour ma part. Les autres alternent entre passage où ils me doublent et passage où ils sont livides et doivent s’arrêter, avec la forte envie d’abandonner ou de dormir etc…. Pour ma part, je vais moins vite certes, mais je ne sens pas du tout la fatigue, à part dans les jambes comme tout le monde. Et si je dois stopper la course, ce sera à cause de mon pied mais surtout pas à cause d’un souci de fatigue.  J’ai dû vraiment bien gérer sans m’en rendre compte car je pète même la forme. Etrange…

J’entame alors la dernière grosse montée jusqu’aux Saisies et pas des moindres car il faut faire 1000 m de D+ environ. Par moment, la pente est horrible. J’ai l’impression de faire du surplace voire de reculer. Heureusement que j’ai mes bâtons sinon je ne sais pas comment j’aurais fait. Ils ont vraiment été mes meilleurs amis sur cette course.  J’y vais à tout petit rythme en trippant sur les bêtes que je vois par terre (limaces, scarabées…), en découvrant que les vaches ne dorment pas la nuit et en zieutant des chevaux qui ont l’air de me prendre pour une folle. Il faut dire que tout est nouveau pour moi car c’est la première fois que je fais une course avec autant de temps passé en nocturne à la frontale et seule… D’ailleurs je ne reste pas seule très longtemps dans cette montée car je rejoins un coureur accompagné qui a l’air de peiner bien plus que moi. Je n’ai vraiment pas la force de le doubler, alors je reste derrière lui pendant quelques minutes. Il n’est pas très causant mais ça se comprend, il est dans le dur.

La montée se finit et laisse place à un chemin plat et légèrement descendant pendant 4 km environ. J’ai toujours de l’énergie… mais le pourcentage de dénivelé de la montée a mis à mal mes tendons… En plus du pied gauche, c’est mon pied droit qui vient de lâcher… Je desserre ma deuxième chaussure…. Cette fois, c’est sûr, à 20 km de l’arrivée je ne peux plus du tout courir même trottiner sur les passages plats… Je vais gérer la fin en marchant. Ce qui me permettra d’arriver aux saisies avec 1h30 d’avance sur la dernière BH.

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Les Saisies – Plan d’eau de Queige

Il me reste donc 4h30 pour faire les 15 km restants. Ça paraît beaucoup… Pourtant… J’étudie dans ma tête le parcours : une petite montée qui va bien passer, du plat puis 8 km de descente avec 1000 m de D- qui vont être horrible pour mes tendons. A ce stade, je sais que je passerai la ligne d’arrivée mais je pense hors temps réglementaire… On verra bien…

Toujours pas de coup de fatigue contrairement à d’autres coureurs arrêtés au ravito qui demandent même à faire une sieste. Je ne suis même pas fatiguée. Cela m’étonne et m’épate à la fois… Bon, les deux semaines de vacances préalables doivent y être pour beaucoup. Je n’ai eu aucun souci digestif non plus pendant la course, juste un peu plus de mal à m’alimenter sur la fin, mais le Beaufort et les chips passent très bien. Mon corps résiste plutôt bien mis à part ces tendons qui me tiraillent. Comme d’habitude, je mange bien et je repars vite pour que les muscles ne se refroidissent pas et afin de ne pas avoir trop de mal à relancer la machine. J’enfile mon tee-shirt long sur mon débardeur et hop, c’est reparti pour la dernière partie.

La montée se passe vraiment bien, à bonne allure, et je me rends compte que j’adore évoluer toute seule dans la nuit. Je continue à tripper sur les bruits des animaux, ça me fait passer le temps. S’ensuit un moment de plat pendant 2 km qui en paraissent 4 à mes yeux… Je suis frustrée car plusieurs coureurs me doublent ici. C’est plat mais je ne peux pas du tout courir….  Tanpis, j’assure juste l’arrivée maintenant.

Et voilà la fameuse descente… Quelle horreur ! Je souffre des deux pieds comme jamais… J’essaye de trouver la position qui me fera le moins mal mais il n’y en a pas… Des coureurs me doublent encore et encore… Je ne me fais plus d’illusion : je ne passerais pas la ligne d’arrivée dans les temps impartis. Peu importe, ce qui compte alors, c’est que j’en finisse avec cette descente qui me tue. J’en peux plus ! J’essaye d’écouter les chants d’oiseaux apparus au lever du jour, j’essaye de me mettre dans ma bulle, mais cette fois les douleurs sont trop intenses… J’entends enfin le speaker … Je vois enfin le plan d’eau… je regarde l’heure. Il doit me rester 1 km de descente. Et là, je me dis que c’est jouable : je peux arriver avant la BH de 27 heures de course si je m’accroche…

Après quelques minutes qui me semblent interminables, le sol redevient enfin plat, la douleur s’amoindrit…. Pour la première fois pendant ma course, je me sens vraiment épuisée… Me voilà enfin…. Je regarde l’heure. C’est bon ! je suis dans les temps ! Je passe la ligne d’arrivée en 26h48 ! j’en pleure de joie… et de douleurs… François Camoin et quelques bénévoles sont présents pour me féliciter. Quelle expérience pour mon premier ultra-trail ! Je l’attendais depuis tellement longtemps et j’ai réussi. Un trop plein d’émotions me submerge. Et la fatigue s’abat aussitôt. Je file dans ma voiture faire une petite sieste. Je rallume mon téléphone et prends connaissance de tous les messages d’encouragements et de toutes les personnes qui ont suivi ma course. Wouah ! Ça fait chaud au cœur ! Merci à vous tous !

Ultra Tour du Beaufortain

Cet ultra montagnard est juste magnifique !  C’est tout ce que j’aime : une course à taille humaine, une organisation familiale, un parcours aussi splendide qu’exigeant. Un balisage sans faute, des ravitaillements hyper fournies, des points de contrôle partout avec des bénévoles aux petits soins surtout pendant la nuit. Merci à eux pour leurs encouragements et leurs informations toujours précises. Merci à l’organisateur de n’avoir pris aucun risque en nous orientant vers le parcours de repli même si la météo n’a pas été aussi catastrophique que prévue.

J’ai eu ma revanche sur 2017 ! J’ai déjà envie d’y retourner en 2019 pour voir ce que cela donne sur le parcours normal et sans tendinite aux pieds …. Maintenant, place à la récup et j’en ai bien besoin…

Ultra Tour du Beaufortain

Crédit photo :  Bruno Ladet / Laurent Tarazona/ Marc Duchêne/ Magalie Lavergne

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