Les montagnes du Ch’Nord existent, et elles donnent du fil à retordre

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Trail des pyramides noires
Le bassin minier - Fosse 11/19. Crédit : David GORRIEZ.

Un Ultra de 105km et 1700m de D+ dans le plat pays, aka le Nord ? C’est possible, ça s’appelle même le Trail des Pyramides Noires.  Ma curiosité a été piquée au vif par ce nom et cette localisation… Puis l’idée de gravir 22 terrils m’a définitivement convaincu de prendre le départ de cette course le 28 mai dernier.

Pour être frais, je décide de passer la nuit aux Gites de l’École Buissonnière, près de Lens. Nous étions comme des coqs en pâte dans cet ensemble d’éco-lodges en bois au cœur d’une ancienne cité minière sur la base 11/19. L’hospitalité de la région n’est pas un mythe !

Il va y avoir du sport

Trail des pyramides noiresPour cette 3ème édition, 960 coureurs étaient attendus sur les trois distances proposées (105, 50 et 20km). Le départ du 105km se faisait le samedi à 3h du matin dans la ville de Gosnay pour une course en ligne, qui nous mènera sur le site 9.9bis à Oignies, après avoir traversé Lens.

Dans la nuit noire, il fait déjà 15°C, ce qui ne laisse aucun doute sur la journée qui nous attend… Malgré la distance à parcourir, le départ est rapide (trop probablement), et nous sortons donc vite du sous-bois pour rencontrer le premier terril. La pente est très forte sur ce monticule sombre et la descente est raide… Ça me laisse le souffle court et me met les cuissots à température !

Question d’orientation

Hormis les terrils, le parcours est très roulant. Avec le petit groupe en tête de course, nous passons le 1er ravitaillement au km 16. Pour l’instant la température est agréable, et nos réserves nous permettent de ne pas nous arrêter. Les chemins sont ludiques entre montées de marches et single sinueux, seuls quelques « coups de cul » viendront rythmer cette première partie de la course.

Trail des Pyramides Noires

Au ravitaillement suivant, je troque ma frontale contre une casquette. Et le soleil du matin brisant la glace : nous profitons du moment pour échanger et parler de notre passion commune avec mes deux compères (Benjamin ROYEZ et Yoann LECAUCHOIS), rendant ainsi les kilomètres moins longs. Malgré un balisage bien présent, de nombreux vestiges de marquages nous obligent à rester très attentifs. Et nos papotages auront raison de notre orientation. Allez ! 1,5km de tricotage ! Nous devrons refaire l’effort pour repasser en tête !

Des paysages étonnants

Le passage des terrils au petit matin et à la lumière naissante a un côté déconcertant. La roche noire et l’ambiance lunaire donnent une ambiance surnaturelle à la scène. La pente de ces pyramides est impressionnante et m’oblige à mettre mes mains sur les cuisses, le regard fixé au sol. Mais à chaque fin d’ascension une vue imprenable du bassin minier s’offre à nous en guise de récompense.

Trail des Pyramides Noires
Crédit : Christophe BARBIER.

Et les surprises vont bon train… Une bosse pas comme les autres se profile au kilomètre 45, à Loisinord : c’est la piste de ski la plus basse de France, avec ses 130m d’altitude ! Une nouvelle occasion de faire chauffer les quadriceps. Ce parcours atypique est finalement pas si plat que prévu.

Attention aux pièges

Au km 68, mes bidons sont vides, c’est l’heure de recharger car la température dépasse allégrement les 20°C attendus. Les ravitaillements sont gargantuesques : sucré ou salé, rien ne manque ! Les bénévoles nous offrent aussi encouragements et sourires… Ça ne fait pas aller plus vite, mais ça fait quand même beaucoup de bien !

Trail des pyramides noiresA partir de là, le parcours devient beaucoup plus routier avec de longues lignes droites sur bitume. Mais les pyramides veillent de toute leur hauteur à venir casser les cadences de course trop rapides. En tête d’un peu moins de 10 minutes, je m’égare une nouvelle fois lors de la descente du Terril de Mazingarbe (T58). La vue était magnifique mais en voyant mes deux compères revenir sur moi, je comprends mon erreur. Damned ! Un peu consterné, je prends conscience que le boulot est à refaire, encore une fois.

Comble du moment : le stress ayant joué un rôle énergivore, je me retrouve en hypo et dans le dur… J’essaye de ne pas m’affoler et je m’accroche au groupe en tentant de me concentrer sur les pas du coureur devant moi, Yoann LECAUCHOIS. On parle un peu, on se remotive (lui aussi est dans le dur) et nous sommes obligés de laisser Harold POOTTEW s’échapper. C’est seulement en arrivant au Parc des Iles à Hénin-Beaumont au km 75 que nous le retrouverons.

Péripéties en tous genres

Je fais de nouveau un passage au stand façon « Pit-Stop »… Moins de 3min. Je décide alors de mettre le paquet, pour ne rien regretter. Je pars dans l’ascension du terril 205, puis je dois escalader un monticule de bottes de pailles… « Ils sont complètements dingues ici ! On est pas au Mud-Day », me dis-je dans ma tête. S’en suit un passage peu glorieux, où après un regard à gauche et droite (c’est bon, il n’y a personne), je tente une roulade sur le côté façon éléphant de mer (j’ai jamais été doué en gymnastique). Puis il faut descendre, alors abandonnant le peu de dignité restant, je tente la technique du saut, réception sur les fesses… Bon, autant dire qu’après tout ça je suis reparti rapidement, histoire de laisser ce triste souvenir derrière moi.

Trail des Pyramides Noires

Ne voulant plus prendre de risques, je me concentre sur les marquages et ne relâche pas la pression… Je me force à soutenir l’allure des coureurs du 50km, leur circuit ayant rejoint le nôtre. Après le passage à Harnes 94, dernier ravitaillement, je sais qu’il reste seulement 8km le long du canal de La Deûle. Je réalise doucement que si je ne lâche rien, c’est possible…

Sur les derniers kilomètres, j’arrive à profiter pleinement du parcours et de l’ambiance. Toutes les distances se rejoignant avant l’ascension du terril 110, c’est bon enfant. Un orchestre nous attend au sommet. Je m’arrête au sommet pour profiter de la vue et repérer la ligne d’arrivée en contrebas. Ces quelques secondes sont chargées d’émotion, et la descente est un vrai moment de bonheur. Nous tapons même dans la main des coureurs qui montent à contre sens avant la ligne d’arrivée, et son pack « euphorie et soulagement ».

Un final peu commun

Trail des Pyramides Noires
Podium du 105km des Pyramides Noires.

Avec un petit quart d’heure d’avance sur mes compères Harold et Yoann, je finirais premier de ce parcours atypique pour une région qui l’est tout autant. Je retiendrais particulièrement l’ambiance sur les terrils au levé du soleil, mais aussi le sourire et la bonne humeur des bénévoles tout au long de la course… Ainsi que la bière et le hamburger dégustés avec Yoann et Benjamin au foodtruck.

Cette épreuve peu connue du circuit des Ultras, est idéalement placée pour préparer les grandes courses de l’été. D’ailleurs, c’est le moment pour moi de récupérer et de me préparer du prochain grand challenge de la saison : lUltra Marin et ses 177km dans le Golfe du Morbihan !

Photos © Lionel LETERME

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