ITW-Guillaume Arthus, des ultras à ma première fois sur la Barkley

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    Guillaume Arthus est un amoureux des longues distances. Il aime parcourir le monde et découvrir de grands espaces mais aussi de nouvelles traces. Vous l’avez pour certains découverts cette année à la Barkley, mais Guillaume a déjà beaucoup d’ultra à son palmarès. Ce passionné nous fait vivre ses aventures à travers ses vidéos. C’est de retour de la Barkley sur un run de nuit que j’ai pu rencontrer Guillaume et d’en savoir un peu plus sur lui.

    WT: Guillaume, qui se cache derrière l’homme qui parcourt le monde sur les pistes de trails ?

    GA: Je m’appelle Guillaume Arthus, j’ai 26 ans. Je cours depuis fin 2016. Un peu comme tout le monde, je fais quelques semis et marathons. En 2012, je m’y mets sérieusement et passe de 4h20 à 3h29 en un an. Tout s’enchaine très vite sur des ultras (Tour des Fizs, Saintélyon). En 2013, je fais un 148 km au Canada, la Sinister 7, qui me permet de finir en 2014 l’UTMB. Pendant l’été 2014, je décide de faire un road trip de 50 jours aux USA pour courir dans 26 parcs nationaux. C’est une révélation. Je récidive donc à travers pendant 37 jours l’Europe de l’Ouest en 2015 puis pendant 27 jours à l’Est en 2016. Je cours environ 800 km et 60 000m de dénivelés positifs à chaque fois, mais avec 10 jours de moins par an.

    « Au final, j’ai couru lors de ces 3 dernières années dans une trentaine de pays sur 4 continents. »

    WT: Tu as déjà parcouru beaucoup de pays, quel est ton plus beau souvenir ?

    GA: C’est difficile de choisir, la double traversée du Grand Canyon, rencontrer des ours à Sequoia, le terrible vent du Connemara, le mont Olympe… Après c’est aussi l’objectif du projet vidéo Runnexplorer. Avec une nouvelle vidéo tous les mardis, je partage ces trails incroyables. Il n’y a pas forcément besoin de course pour s’éclater en courant.

    WT: Pourquoi la Barkley et depuis combien de temps!

    GA: La Barkley est apparue dans mon radar il y a un peu plus de 5 ans. Il n’y avait pas grand chose à ce moment de disponible. En dehors de quelques allusions de temps à autre sur la toile, il n’y avait rien. C’était avant les documentaires, avant l’ « intérieur sport ». Il m’a fallu 4 ans pour savoir comment m’inscrire. Je décide de tenter ma chance un an plus tard.

    mon dossard, ma plaque
    mon dossard, ma plaque

    WT: A quel moment as-tu pris conscience que tu allais participer à cette course ?

    GA: Trois semaines avant. J’étais sur la liste d’attente, encore assez loin. Je pensais que c’était foutu. Mais un coureur international s’étant désisté, j’ai finalement été appelé. Un léger souci du coup : je n’ai fait aucun entrainement spécifique. Mais bon, une place à La Barkley, ça ne se refuse pas.

    La yellow gate
    La yellow gate

    WT: Avant de partir avais-tu une idée de ce qui allait t’attendre sur place et quel objectif t’étais-tu fixé ?

    GA: Après des années de lecture de rapport de course, j’avais une petite idée sur ce qui m’attendait. L’enfer. Je n’ai pas été déçu.

    Vu ma (non) prépa, je ne pouvais compter que sur ma très bonne forme du moment et mon foncier. C’est là où les kilomètres en montagne à naviguer à la carte (ou pas) tous les étés ont payé. Je pars donc sur l’idée de bien gérer la navigation et maintenir le mental jusqu’à ce que les jambes lâches. À ce moment j’espère un tour mais sans trop y penser non plus.

    WT: Sur place, ça fait quoi de voir la yellow gate pour la première fois, tu peux nous faire vivre ce que tu as ressenti ?

    GA: La yellow gate, les plaques d’immatriculation, Laz,… C’était magique. J’étais un peu comme un enfant devant le sapin. J’ai essayé d’en profiter au maximum. Essayer d’appendre des vétérans, échanger des histoires de running avec des gens passionnés et passionnants.

    photo ©Alexandre Ricaud

    WT: Qu’as-tu fait en attendant le fameux son du coquillage annonçant la préparation pour la course ?

    GA: Je dormais. Il y a une fenêtre de 12h, de minuit à midi, pendant laquelle le départ peut être donné. Après avoir marqué ma carte et appris le guide de navigation par cœur, je suis parti me coucher. La nuit fut courte, seulement 3 heures.

    WT: Laz allume sa cigarette le départ est lancé, peur ou excitation ?

    GA: Mon esprit est coincé entre peur et excitation. Je fais le vide en me dirigeant vers la porte jaune. Je reçois ma montre. 3 minutes avant de partir. Une lumière, une cigarette, on part. La montée de d’adrénaline est réelle. Nous avançons tous sur le chemin, possédés. Tout est bien jusqu’aux piliers de la fatalité. Le petit groupe formé explose tout de suite, tout en recherchant la crête dans le noir. Je suis accompagné de deux vétérans qui se déplacent rapidement et naviguent bien dans un ballet bien coordonné.

    Ce sont mes meilleures et seules chances. Je tiens le coup. En regardant vers le bas à gauche, certaines frontales sont arrêtées et sautent. C’est le premier livre. Nous allons droit dessus. C’était comme des piranhas sur une proie. Je dévore ma page et rattrape avec effort les 2 vétérans. Ils ont placé l’azimut et vont directement au prochain livre. La descente est de la folie pure mais ça marche. Nous en sommes là. Je crie l’emplacement exact du livre. Elle le trouve. Nous remontons de nouveau. Leur rythme est démentiel. Je n’arrive pas à suivre. Je suis maintenant seul.

    les 13 pages
    les 13 pages

    WT: On se sent comment après avoir fini la première boucle, parle nous du terrain!

    GA: Je ne réalise pas tout de suite en fait. Je viens de donner mes pages à Laz et je passe en mode « pit stop » pour pouvoir repartir au plus vite dans la seconde boucle. Je réalise seulement une heure après avoir quitté le camp. C’est la grosse claque. Je venais de réaliser un rêve de grand enfant, dans des conditions dantesques.

    C’est pire que ce que vous pensez. Lors des 5 premières heures, de nuit, il y avait un brouillard dense. On ne voyait pas à 3 mètres. Le terrain est vraiment précaire. Les chemins sont inexistants. On comprend rapidement que plus c’est dur d’avancer, plus on a de chance d’aller dans la bonne direction.

    Les livres sont planqués en plus. Il faut vraiment les trouver et les indications du guide sont plus que vague.

    Le pire reste la pression mentale. On est toujours en alterne. Il n’y a pas une seconde de répit.

    WT: Sur la deuxième boucle en sens inverse, quelques pages plus loin c’est la fin de ta Barkley!

    GA: Dans la montée, je commence à perdre mes jambes. Je sais que c’est fini. Il n’y aura pas de boucle 2 pour moi. Au livre 11, je dis à mes copains d’aventure de partir et de le faire pour moi. Ils partent.

    Rat Jaw. La bonne manière d’abandonner. Le soleil couchant amène des couleurs éblouissantes en enfer. Je collecte ma dernière page après 18h45 de folie. Triste juste après avoir atteint le sommet, je ne peux plus arrêter de sourire. Je passe un peu de temps avec les gens en haut et prends une bière au feu avant de rejoindre le camp.

    Porte jaune à nouveau. J’apprécie chaque minute. Je suis plus heureux qu’un homme puisse rêver.

    Le Barkley a eu mes jambes mais mon esprit a gagné. Après des blagues et des rires, je demande mon oraison funèbre. C’est beau. J’avale avidement toutes les notes. Le sourire sur le visage est rempli d’émotions. Je suis fier.

    WT: Est-ce que tu penses avoir changé, être un autre coureur après la Barkley ?

    GA: Je ne sais pas. Je pense que oui. J’étais venu tester ce que je pouvais faire avec mes capacités « de base ». Je reviens surtout satisfait de ma gestion mentale. Je suis resté lucide tout le temps, en contrôle. Ça s’annonce très bien pour la suite.

    WT: On arrive à un peu plus de 59h de course exactement 59h et 31minutes. John Kelly a remporter la Barkley, raconte nous comment tu as vécu cette fin de course où John et Gary vont écrire une des plus belle page de cette course avec ce finish cruel pour Gary.

    GA: C’était un vrai ascenseur émotionnel. Je les attendais à la yellow gate depuis plus de 7 heures. John arrive et devient le numéro 15. Et puis je vois un coureur venir du même sens. « C’est par Gary ». Tout le monde se retour. Silence de mort. Il arrive du mauvais côté. Tout le monde sait qu’il sera disqualifié. Cela ne se joue pas à 6 secondes au final, mais à l’erreur de navigation dans la dernière descente, à seulement 3 km de l’arrivée. Ça restera gravé comment l’une des arrivées les plus dramatiques du trail running.

    photo ©Alexandre Ricaud

    WT: Quels sont tes futurs projets ?

    GA: L’année s’annonce chargée ! Un 480km au-dessus de 4000m dans l’Himalaya en Juin, la Sinister 7 au Canada en Juillet, un 48 h à élimination en Aout, le Tor des Géants en Septembre et la traversée des Pyrénées en solo en Octobre.

    Le récit complet de sa course ici