L’UT4M, le Trail des Alpes – Là où la magie se produit

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L’UT4M est peu à peu devenu un événement incontournable du paysage des Ultra Trail Français! Avec ses 169K et 11000m de D+, il propose là, une sacrée balade dans les Massifs bordants Grenoble. Après quelques centaines de mètres, c’est la découverte du Massif du Vercors, puis de l’Oisans… Un petit Km Vertical, et c’est Belledonne, suivi du Massif de la Chartreuse, et enfin le retour sur Grenoble.

Alexandre avait comme objectif cette Ultra Trail du mois d’aout! Après une bonne préparation parisienne au gros D+ (et oui, encore un runner de la Butte de Montmartre!), le voilà parti pour un week-end à l’UT4M…. Voici son retour sur cette belle balade!

 

Profil

« Pas de chronologie dans mon récit de cette fois. D’une part, cela n’aurait pas de sens au vu de l’expérience vécue. Elle n’a pas été une succession d’évènements en actes distincts, mais une expérience entière presque à huit clos que l’on consomme d’une bouchée seule. D’autre part, j’en suis incapable. Mes souvenirs ne s’attachent pas à des moments, ils ne sont ni temporels, ni géographiques. Ils sont une masse copieuse qui va me prendre un peu de temps à digérer et à exploiter pour le futur. »

L’ensemble de ma course.. enfin ce que j’ai pu en ressortir avec le peu de recul que j’ai pour l’instant.. Tout peut se résumer avec cette petite histoire : « Deux petites souris tombent dans un pot de crème. La première, paniquée, écrasée par le poids de l’épreuve à affronter renonce rapidement et se laisse noyer. La deuxième, qui a décidé fermement que son jour n’est pas arrivé, se débat tant et tant qu’elle finit par transformer la crème en beurre et s’en sort ». Je suis cette deuxième souris.

 

1 Avant un Ultra, tout est en apesanteur. 

13h. @ Parc François Mitterrand à Seyssins. Pas de traversée de Grenoble bitumeuse cette année. Le plan Vigipirate écarlate a décidé de préserver nos crampons pour les massifs.

J’y arrive 3 h avant le départ. Je dépose les sacs d’assistance et m’allonge dans l’herbe. Je tente de dormir un peu. Quelques fourmis m’en empêchent. Je pratique sans le vouloir mon exercice de respiration que j’ai pris l’habitude de faire avant les courses (inspiration & expiration lente par le nez). Je suis très détendu. Aucun stress. Aucune sensation qu’il va se passer quelque chose d’énorme pour moi dans les dizaines d’heures à venir.

La ligne de départ est quelques mètres plus bas dans le champ. Les coureurs sont tous allongés dans l’herbe en surplomb. Il règne ici un état de pesanteur rare. Les corps semblent flotter au dessus de leurs chaussures. Les lois de gravité ne semblent pas s’appliquer sur nous. Les mouvements sont lents mais méthodiques. On ne remplit pas sa flasque comme on le ferait avant de partir à l’entraînement, dans un éclat d’eau arrosant les alentours du robinet. On prend garde à ne pas faire tomber une goutte sur le bord. On a presque le doigt qui vient essuyer la dernière goutte d’un coup de pouce en revers.

Les discussions sont simples, mais pleines de bon sens. « Comment te sens-tu ? Qu’est-ce qui te fait le plus peur ? As-tu déjà réfléchi à ta gestion du sommeil ? ». En réalité nous ne nous posons pas réellement de questions les uns les autres. Nous ouvrons chacune de nos phrases par un « Moi je… ». « Moi, je suis plutôt reposé. Moi, ce qui me fait le plus peur c’est la longueur des montées et des descentes. Moi, j’espère ne pas m’arrêter dormir ». Exprimer sa vision, sa sensation permet à l’autre d’en faire de même par la suite. Tout en gardant une base de comparaison à laquelle se rattacher. Triste être limité que nous sommes. Heureusement, il y a parmi les coureurs ceux qui arrivent à rire, à sourire. Et je ne parle pas de ceux qui le font faussement.. Pour évacuer la tension. Je parle de ceux qui te sortent la vanne magique.. placée au bon moment.. dans la bonne cadence.. avec le bon angle.. assez forte pour que tous l’entendent. Vous en rapporter quelques unes serait hors-contexte et tomberait à l’eau maintenant. Mais je suis sûr que vous pouvez imaginer le genre de remarques vives d’esprit dont je veux parler. Je n’ai pas encore assez de détachement pour jouer le rôle de ce faiseur de magie, mais merci à ceux qui l’ont fait sur le moment. Leurs sursauts a plané dans l’air et nous a permis à tous de sortir de notre conditionnement (ultra) dans lequel nous étions plongés.

Mon ami Christophe m’a rejoint. Nous discutons très sérieusement. Nous ne tentons pas de nous épater l’un l’autre. C’est agréable. Un organisateur a dû nous repérer et vendre la mèche. Nous enchaînons les visites de deux journalistes. «Bonjour. Je suis journaliste pour xxxxx. Je fais un papier sur lUT4M Xtrem, et les organisateurs m’ont indiqué de venir voir le mec assis là bas avec sa Casquette Verte. Ça vous dérange si je vous pose quelques questions ? ».

Sans narcisse aucun, je commence à m’habituer à cela. Non pas que j’en ai fait des centaines, mais je commence à sentir ce que recherche la personne en face de moi. Les mots qu’elle veut obtenir. Les sensations qu’elle veut faire passer. À moi de réussir à m’exprimer pour faire passer le message que je veux porter.

« Pourquoi je me lance dans un Ultra de 170 Km ? Par ce que je pense qu’il est essentiel d’être imprudent. On vit au quotidien enfermés dans un bureau, puis dans des villes très éloignées de notre nature animale. L’envie de faire de l’Ultra c’est l’envie de sortir de cela. C’est l’envie d’être imprudent. De sortir de son quotidien. Et physiquement, c’est un moyen de se retrouver. Seul. Face à soi même. Mais profondément seul. Sans assistance ou presque. Sans applications qui nous simplifient la vie. Sans remèdes qui nous guérissent de presque tout. Avec sa bite et son couteau. »

« Le meilleur moment pour moi ? Ça sera assurément la nuit. Quand je suis seul dans les bois ou au sommet d’une montagne. J’éteins ma lumière une poignée de secondes pour bien profiter de cet instant au milieu des ténèbres ».

Bref. Vous l’avez compris. L’exercice est de placer des sensations en quelques phrases et espérer pour que celles qui ne soient pas reprises par la journaliste soit celles où vous avez dit une bonne grosse banalité. Et puis au pire. On s’en fout. Ce ne sont pas une dizaine de mots imprimés sur du papier qui vont altérer l’aventure que vous allez vivre. Lâche toi bonhomme.

Journalistes abreuvés. 45 min avant le départ, nous pouvons recommencer nos discussions planantes. Je suis terriblement impatient dy être. Ce n’est pas tellement la sensation du départ que je souhaite impatiemment. C’est plutôt la sensation d’être dedans. Après 7 ou 8 h de course. Quand les deux pieds sont bien dedans et que la fatigue n’a pas encore toqué à la porte. Ces quelques heures délicieuses où tout se passe aussi bien que possible dans le meilleur des mondes. Les moments plus dures à passer me manquent aussi. C’est vrai. Je le dis moins. Mais j’aime ça. Quand c’est vraiment dur. Quand physiquement tu es au bord du gouffre, et qu’il ne tient qu’à toi d’être combattant. Encore quelques heures et j’y serai.

Un bénévole fait signe plus bas. Il est temps de se lever et d’aller dans le sas de départ. En avançant, je tente de me rappeler de ce que je me disais juste avant la Diagonale. Je m’en souviens « Mais qu’est ce que tu fous là ? Toi. Petit parisien fêtard. Tu ne sais pas dans quoi tu te lances. Tu vas peut être passer 2 jours ou même 3 jours sur les sentiers ». Je n’ai pas du tout le même ressenti cette fois. Je n’ai tout simplement pas l’impression de me jeter dans l’inconnu. Est-ce que je pars vraiment pour 170 Km Et 11.000 D+ D- ? Oui. Et bien pourquoi je n’ai pas peur ? Pourquoi je ne ressens pas ce saut dans le vide ? Tout simplement car ce n’est plus une découverte. Le goût de la nouveauté a disparu. Mais c’est un nouveau goût que je découvre, celui de l’envie de réussir. Pas simplement d’aller au bout, mais d’aller au bout le mieux possible. C’est tout nouveau pour moi cette sensation sur cette distance. Je pense que j’apprécie et que ce goût va me rester aux papilles encore pendant quelques courses.

2 On ma vu sur la ligne de départ et dans le Vercors sauter à l’élastique.

Les affaires obligatoires ont bien été vérifiées. Je suis dans le sas de départ. Sans hésitation aucune, je pars droit en direction de la ligne de départ. C’est devenu naturel. J’y suis bien. Jai la sensation d’être à ma place. 1 an en arrière, il ne me serait même venu à l’idée d’y passer rapidement pour prendre une photo. « Première ligne au départ d’une course.. qui plus est un Ultra.. ce n’est pas pour les gens comme nous. C’est des ovnis les mecs qui sont là bas. Des tarés de la course qui ne font que ça de leur vie. Je pense même que la plupart sont professionnelles. » Voilà, ce que j’aurai pu prononcé alors. Je pense même que je l’ai eu dit. Comme quoi. Tout change. Bien heureusement. Et d’ailleurs « Hey.. toi.. Le moi d’il y a un an. Sache que les gens devant sont vraiment des gens tout à fait comme toi. D’ailleurs tu peux venir devant. Cela ne tient qu’à toi. Il te suffit d’en avoir envie. Ce n’est pas réservé. Et au passage, aucun d’entre ceux qui sont là ne sont professionnels.. tu rencontreras simplement des êtres qui sortent du commun et de grands passionnés ».

Quelques visages familiers sont là. Ça tape dans les mains. Ça se souhaite bonne course. L’ambiance est géniale. Je profite à fond. Je regarde un peu à droite de moi. Je repère des visages inconnus. Mais plus pour longtemps. La détermination dans les yeux, le physique affûté à l’épreuve du dénivelé.. leur visage est maintenant gravé dans mon Pokédex. Ça va partir fort je le sens. Mais je m’en fous complètement. Je sais comment moi je veux partir. Dans le trail en général, et dans mon UT4M ce nest pas tant LA course qui mintéresse.. cest MA course qui mintéresse. Je ne fais pas en fonction des autres. Bien sur, j’interagis, je partage avec les coureurs croisés, et je n’hésite pas à prendre les relais quand c’est mon moment ; mais je vis réellement les courses pour moi et pour moi seul. Très égoïstement. D’ailleurs toute ma pratique de la course est basée sur ce fondement : Je préfère m’entraîner seul. J’aime bien partir seul à l’autre bout de la France ou du monde pour une course. Et je déteste par dessus tout la fausse émulation de groupe (ambiance séminaire). Je ne pense pas que cela soit une tare. Mais je sais que des idiots me le reprocheront. Tant pis, je continuerai sans eux. TUUUUUUUUUUUUUUUUUUUT !! Le départ est donné.

Je pars à mon rythme. Sans forcer. Au bout de quelques kilomètres, je suis dans le Top 10. Je ne force pas. Cela avance tout seul même si l’on attaque rapidement la montée. En même temps, cela fait 3 jours que je n’ai pas couru. Ça faisait des mois que je n’avais pas couru pendant 3 jours. Je vais avoir le temps de me rattraper sur les 170 prochains kilomètres.

Le premier massif c’est incroyablement bien passé pour moi. Enfin je dis incroyablement, mais en réalité cela c’est passé exactement comme je le pensais. J’étais sûr avant la course de pouvoir lavaler assez facilement. Dans ma tête ces 40 premiers Km dans le Vercors étaient vraiment un apéritif, quelque chose avant que la vrai course ne commence. Je m’y étais conditionné. Mon cerveau savait bien que plus vite je l’aurai passé, plus vite je pourrai commencer réellement à rentrer dans mon Ultra. Je suis plutôt très satisfait. C’est la deuxième course que j’arrive à faire (Après le Mad’Trail) sans caler dans les 10 premiers kilomètres. Le travail paie.

Ce que j’en garde comme souvenir : 3 moments

  1. L’arrivée au premier sommet. La vue est dégagée sur tout Grenoble, mais surtout sur l’ensemble des massifs que nous allons traverser. J’ai bien repéré la Bastille juste au dessus de l’arrivée. C’est là qu’il faut aller. Je le garde en tête.
  2. Juste après le sommet, en redescendant par des chemins de 4×4 dans les alpages, la lumière rasante de la fin de journée soufflant dans le dos, des photographes effectuent des prises de vues aux drones. Je l’entends décoller à mon passage et me suivre sur une grosse centaine de mètres. Dans ma tête, je me dis : « Soit élégant si tu veux passer dans la video ! En fait non. Tout le monde va se dire ça. Et il y aura toujours plus élégant que ta foulée parisienne au milieu d’un Vercors si montagnard. Réfléchi.. réfléchi.. et si tu faisais une Pierre Richard ? Un bonne grosse gamelle.. Bien débile.. En se prenant le pied droit dans le mollet gauche.. tu le tentes ? ». Le drone s’arrête. Tant mieux.
  3. Le tremplin olympique de Grenoble 68. Aaaaaaaah. Je l’avais bien repéré dans toutes les vidéos que l’on peut voir sur YouTube s’agissant de l’UT4M. Je me suis clairement prévu une attaque au 60 % de l’escalier pour finir en courant. Et puis disons le franchement, avec l’UTMM, les marches, cela me connaît. Les supporters sont là nombreux. Grosse ambiance pour finir la montée. Je lance mon attaque. Je ne sais pas si vous avait déjà monté un tremplin olympique.. mais c’est plus long que ce que je croyais. Ce n’est pas grave. Je sers un peu les dents et j’accélère. Cela laissera peut être des traces, mais il faut aussi savoir se faire plaisir en Ultra. Ma petite fanfaronnade à amuser les supporters. C’est très sympa. L’ambiance est bonne. Et puis je sais que dans quelques heures cela ne sera plus du tout la même ambiance au milieu de la nuit.

3 Lors dun trail.. le bénévole sappelle Claude. 

À l’image de mes arrêts dans les bases de vie, l’ensemble de mes passages aux ravitaillement ont été éclairs. Je passe de moins en moins de temps dedans. Pour les fanatiques du chronométrage officiel sachez que j’ai passé très exactement 4min13sec à Vif (Base de vie n°1) / 9min00sec à Rioupérioux (Base de vie n°2) / 12min08sec à St Nazaire (Base de vie n°3). Et puis je ne vous fais pas le détail des ravitos classiques, mais en gros c’est 30 sec à 2 min quand ça allait, et 4 à 6 min quand ça n’allait pas.

Les ravitos étaient formidables. Il n’y a rien à dire dessus. Les bénévoles étaient pro-actifs, vigilants et attentionnés. La nourriture était bonne, goûtue et assez variée. Qu’est ce qu’on peut demander de plus ? De la pastèque ? De la Chartreuse ? Et ben il y en avait aussi ! Mais bon, les ravitaillements c’est pas mon truc. Enfin c’est pas tout à fait cela. Jaime les ravitos, mais ce que je préfère cest les fuir. J’aime ce moment délicieux où l’on quitte le ravitaillement sous des applaudissements qui disent « Allez.. bon courage bonhomme ». Un réel bonheur. J’essaie de toujours avoir un mot ou un geste en partant. Pour remercier d’une part et pour provoquer une réaction d’autre part. Puis, il faut le dire. Je pense réellement que le temps passé au ravitaillement est du temps perdu. Beaucoup me diront « C’est peut être là aussi que tu récupères pour aller plus vite plus tard gneu gneu gneu.. ». Je n’y crois pas trop pour moi. J’ai déjà testé les arrêts plus longs. Cela n’a pas mieux fonctionné. Alors maintenant c’est remplissage des flasques à fond, picorage et fin de l’alimentation en solide en partant. Je suis rapide là dessus. Mais je suis sûr de pouvoir encore gagner du temps.

Le sentiment le plus étrange est celui que je ressentais sur les 5 ou 6 derniers ravitaillements. Beaucoup de coureurs dessus (Les challenge – Le master – Les 40…) et donc forcément pas mal de supporters. Javais le sentiment d’être regardé.. presque épié. « Regarde c’est un Xtrem.. il a l’air mort.. » – « Tiens.. il y a un malade du 170.. comment il fait ? » – « C’est quoi déjà les dossards rouge ? ». C’est sympa d’un côté. Tu es une curiosité. Mais d’un autre côté tu te dis rapidement que tu es jugé. C’est surement dans la tête tout ça, mais j’ai vraiment ressenti le poids des regards.. les vibrations de quelques mots prononcés sur toi.. c’est aussi pour cela que je fuis cet endroit.

Pour ceux qui connaissent le film Fight Club, ils connaîtront la citation suivante : « Dans la mort, un membre du projet Chaos s’appelle Robert Paulson ». Et bien là, c’est décidé. À vie. À jamais pour moi :  » Dans le trail, un bénévole sappelle Claude Deladoeuille  » . Claude. C’est la belle rencontre de mon UT4M. Claude est professeur de mathématiques pour des lycéens sur Grenoble. Mais durant son temps libre, Claude est bénévole sur l’UT4M. Plus précisément, il est le chef de tout ce qui tourne autour du balisage. La pose, les ouvreurs, les serres-files, le re-balisage et le dé-balisage. Ce n’est pas la première fois que je rencontre un bénévole et que je discute un bon moment avec. Mais là j’ai rencontré une personne formidable. Ce genre de personne bienveillante, souriante et professionnelle à la fois. On ne dit jamais assez l’importance des bénévoles pour les courses. Sur l’UT4M, ce sont près de 800 personnes qui sont en action. 800 ! Non, mais ALLO ! C’est plus une simple association sportive là. C’est une réelle entreprise (au sens sociétal du terme). Une hiérarchie, une organisation, un management, une gestion des risques et des responsabilités, une logistique militaire, une vision et bien évident tout cela gracieusement. J’ai rencontré Claude il y a quelques mois sur Instagram. Je ne vous ferai pas la liste de toutes les BA qu’il a pu faire envers moi pendant ces quelques jours sans arrière pensée.. Sans espérer une quelconque reconnaissance.. simplement par humanité et par envie. Cela fait tellement du bien de rencontrer quelqu’un qui avance.. qui a envie.. qui réalise.. cela donne envie de retourner l’ascenseur. Il est donc décrété que Claude est l’exemple des bénévoles.. le pire c’est que cela ne va pas lui plaire que je dise cela. Mais je le pense réellement. Il ne fait pas de tour de magie, il ne sauve pas des vies, il n’envoie pas des fusées sur Neptune, mais c’est un de ces héros ordinaires dont on aime conter l’histoire et que l’on aime surtout entendre conter la sienne une pinte à la main. Cela fait quelques mois que je cherche une thématique pour réaliser un documentaire sur le trail. Et bien, je crois que j’ai peut-être trouvé. Cela serait un docu-biopic en suivant son quotidien dans l’organisation de l’UT4M. C’est passionnant de l’entendre parler des « à-côté » de la course. C’est terriblement intéressant de comprendre comment la mécanique d’une course se construit et se gère. C’est fabuleusement respectable de prendre en pleine face l’engagement de ses bénévoles pour simplement quelques centaines de gars qui veulent faire quelques kilomètres en montagne. J’en profite pour glisser une petite promo (qui ne m’a pas été demandé je vous rassure). Si vous souhaitez découvrir l’envers du décor d’un ultra-trail, les coulisses, les rouages.. je vous conseille fortement de vous renseigner auprès de l’organisation de l’UT4M. Les équipes sont sensationnelles. Le directeur de course est un plus grand passionné que j’ai pu rencontrer dans ce sport. Et apparemment, de ce que j’ai pu constaté, tous les bénévoles sont fiers de leur réalisation et ils reviennent tous dannée en année. Bref, si ça vous tente.. l’UT4M 2019 c’est en Juillet l’an prochain

Claude – deuxième en partant de la droite. Regard concentré

4 La nuit Le brouillard Les ténébres. 

Il est des instants magiques. Ceux où votre esprit s’évade à mille lieux de votre corps. Un tel moment me revient. Il n’est pas loin de 3 h du matin. Je suis reparti du ravitaillement de La Morte depuis quelques kilomètres. La nuit est sombre. Le brouillard est épais. Je ne vois pas à plus de 2 mètres devant moi. Ma PETZL forme une masse blanche devant mes yeux. Suivre le sentier devient de plus en plus difficile. Je m’en écarte régulièrement. J’essaie de ne pas trop le faire, car je sais qu’il peut y avoir des précipices à quelques cm de mes pas. Une chute et c’est l’éternel sommeil assuré. Vous êtes dans l’ambiance. Cool. Je suis seul à ce moment là. J’avance à un rythme soutenu. Le bruit de l’air forme une chanson harmonieuse dans mes oreilles. Ma cadence est musicale au frottement. Je commence à fredonner :

 «  Marcher dans le sable

Se sentir coupable

Dans les herbes hautes

Cest sûr tout est de ma faute

Savoir dire tant pie

Avoir juste envie

Rester dans son lit

Tout ça mest interdit

Il faut que quelquun maide

Je nai quune seule vie

À trouver le remède

Je nai quune seule vie

Chaque jour cette pensée mobsède

Je nai quune seule, une seule vie « .

Pourquoi cette chanson ? Pourquoi maintenant ? Je ne sais pas. Mais c’est un bonheur immense. Un rocher d’un mètre de haut apparaît devant moi. Je quitte le sentier pour y grimper. Je suis debout dessus. La truffe au vent. J’arrête de fredonner. Je me retourne. Personne. Je regarde devant. Rien. Le brouillard. Je n’ai aucune idée du relief à côté de moi. Peut être qu’une falaise immense se dresse à ma gauche. Peut être qu’un Lac s’offre à moi à quelques mètres. Je respire un grand coup. Je ferme les yeux. J’éteins ma PETZL. Jouvre les yeux. Je ne vois rien. Pas le moindre petit contraste. Tout est profondément noir et pourtant j’ouvre grand les yeux. J’hume l’air. Le vent semble s’être arrêté. Pendant une seconde, je m’imagine seule sur terre. Je la vois tout entière ronde.. Et moi seul posé dessus. Tout cela a duré une vingtaine de secondes seulement. Un moment magique qui restera gravé longtemps.

Vous le savez sûrement déjà. Être en groupe n’est pas du tout ma préférence (à moi….). J’affectionne ces moments de solitudes fantastiques. Ils sont pour moi des sources d’envie, de réflexions et de plaisir. La nuit me permet cela. Plus fort que le jour. Souvent, lors des montées en pleine nuit, j’essaie de lever la tête. Regarder loin devant. Au dessus. De déterminer les sommets environnants. En pleine journée, cette tâche est facile. Trop facile. Dans la nuit, c’est impossible. Vous pouvez déterminer avec d’autres critères les reliefs environnants. La force du vent. Sa direction. L’inclinaison du chemin et sa manière de serpenter. La température. Les odeurs. La taille des ruisseaux. La pression dans vos oreilles. Tout vous donne des indications. Mais il ny a que la nuit qui vous permet dimaginer le relief. De le créer. De penser le voir. De le dessiner dans sa tête. S’en convaincre, sans y croire vraiment. S’en protéger, sans pouvoir rien y faire. J’aime cette sensation.  Je me sens tout puissant. (Bah ouais.. je dessine des montagnes dans ma tête.. c’est costaud quand même !).

Dernières paroles sur la nuit avant que vous ne sombrez. Parole. Que dis-je. Anecdote. Première nuit. Brouillard. Vision à 2 m. Bref, je suis pas loin de deux paragraphes plus haut. Nous avons du mal à repérer les balises. Elles ont beaux être séparées de 20 m à peine, le brouillard est trop dense. En passant à côté d’une balise, on se jette dans l’inconnu quelques mètres. Dans l’espoir de tomber sur la suivante, scintillante quelques mètres plus loin. Souvent, il suffit de suivre le sentier. Mais parfois c’est plus compliqué. Nous sommes à ce parfois. Pas de sentier sous nos pieds. Ce ne sont que rochers et gros cailloux. La concentration pour avancer est déjà immense. Ne pas se faire une cheville en loupant un appui est une priorité. J’avance de rochers en rochers. Cela fait plus de 30 m que j’ai quitté la dernière balise. Je regarde à gauche, à droite, devant, derrière. Rien ne scintille. Je continue encore un peu. Mes appuis tentent de se faire sur les rochers les plus plats possibles. Il ne s’agit même plus d’avancer vite maintenant, mais de trouver le prochain caillou sur lequel poser son pied. Je vois alors une surface plane. Dans ma tête, il s’agit d’une sorte de dalle en béton comme on peut trouver à proximité d’un réservoir, ou d’un abreuvoir. Je lance mon pied gauche dessus. Assuré du maintien que la surface va m’apporter. Lorsque lavant de mon pied arrive au niveau de cette surface, je suis assez près pour remarquer que ce sol lisse réfléchit ma lumière. Il s’agit en réalité d’un lac d’altitude. PLOUUUUUUUUUUUF. La jambe gauche y passe. J’arrive à m’arrêter avant de basculer entièrement dedans. BORDEL. Je rigole. Demi-tour. C’est reparti. Tu es mignon maintenant, tu marches sur les surfaces planes.. mais en pente, c’est plus sur !

5 Des instants à deux. 

Adorer être seul. C’est un fait. Mais je ne crache pas non plus sur des moments en petit groupe. J’en ai vécu quelques uns sur l’UT4M. Trois moments principalement. Il y en a certainement d’autres, mais je ne m’en souviens pas.

Le premier, c’est joué en deux actes. Le premier dès les premiers kilomètres après la ligne de départ. J’avais repéré, un gars plutôt ultra-affûté. Crâne rasé. Casquette blanche à poids rouge de meilleur grimpeur visée sur la tête. Je comprendrai en discutant avec lui le pourquoi de la Casquette. Nous avons pris un départ rapide. Les 3 premiers commencent à prendre le large. Ils accélèrent clairement pour mettre de la distance. J’avance bien, mais je ne force pas non plus. Rapidement, je me trouve un compagnon de rythme. Nous avons la même allure. Nous nous présentons l’un, l’autre. Il s’appelle Nicolas (Perrier je crois). On me l’a montré de loin avant la course en disant « Lui. C’est du très lourd. Il est spécialisé sur les Km vertical ». Nous échangeons un peu. C’est la première fois qu’il se lance sur un 100 miles. Il ne sait pas trop comment son corps va réagir. J’ai un peu l’impression de parler avec un champion de rallye, qui monterait pour la première fois dans une formule 1. Sa vision est intéressante. Il me décroche rapidement quand le % devient trop important. Je le retrouve 6 h plus tard. En attaquant Oyssans. « Aaaah. Bah t’es là toi. Ça va toujours ? ». Deux potes à lui l’encouragent quelques centaines de mètres. Ils le carient « Nico. Ça fait quoi d’être au même niveau qu’un parisien ? ». C’est bon esprit. On se marre pas mal. En discutant par la suite il me dit  » C’est parti super vite. On est sur le temps du record de l’UT4M là. Ceux qui sont devant sont parti ultra fort. Ça va péter devant à un moment ou à un autre  » . L’entendant dire cela, je me dis : Premièrement, qu’il va falloir que je m’économise tout de même. J’ai beau ne pas avoir l’impression de puiser dans les réserves, c’est vrai qu’on a bien avancé jusqu’à là. Et deuxièmement, je discerne dans sa phrase de l’ambition. Je sens qu’il va aller chercher l’avant de la course à un moment.

Là, il est tapis dans l’ombre, près à bondir. J’espère sincèrement pour lui qu’il va réussir. Dans le plat et le faux plat je me place naturellement devant. Dès que cela monte plus, il passe devant et je tente de m’accrocher. Il impose un gros rythme. Nous faisons à deux l’ensemble du Km vertical avant d’arriver à Laffrey. Clairement, c’est lui qui est à la manœuvre. Je le sens dans son élément. Il me fait un peu sortir de ma zone de confort dans la vitesse ascensionnelle mais ça passe. Une fois en haut, il relance rapidement et disparaît dans la nuit. Je ne le reverrai plus.

Mon second souvenir non solitaire est au 128ème Km. Après la dernière base de vie (St Nazaire). J’ai plus de 25 h de course dans les pattes. Et surtout je suis en train de revivre après un passage à vide total de 40 Km dans Belledone et après une dizaine d’heures sans énergie. J’attaque le dernier massif. Bienvenue en Chartreuse. Comme cadeau de bienvenue, je vous propose un bon petit 1500 m D+ jusqu’au prochain ravitaillement (Habert de Chamechaude). Parfait.. quand on commence à revivre.

J’opte rapidement pour la stratégie de ne pas monter seul. J’ai un peu parlé avec deux coureurs du 100 Km. Je pense qu’il s’agit d’un couple (j’apprendrai le lendemain qu’il s’agit d’un frère et de sa sœur.. Oups). Ils semblent avoir bien compris que je suis entamé. Je me glisse derrière le garçon. Je lui demande « Désolé. Je me mets dans tes mollets. Ça te dérange pas ? ». Il accepte gentiment. Je ne vais pas le lâcher. Je ne vais pas beaucoup discuter non plus. Mon regard ne va presque pas quitter ses mollets de toute la montée. Je ne sais pas combien de temps cela a duré. 1h30. Peut être deux heures. Sa sœur est en tête. Elle tient un super rythme. J’arrive à tenir derrière. C’est ouvertement très difficile pour moi. Mais je ne réfléchis plus. Mes jambes avancent mécaniquement. Je me refuse à m’éloigner de plus de 2 m du frérot. Lorsque cela arrive, je tremble de peur de ne plus les avoir et je remets un petit coup pour les rattraper. Je suis une sangsue du trail. Je les remercie plusieurs fois. Peut être trop de fois. Je ne suis plus du tout lucide de tout façon. Le gobelet accroché dans le dos du frère, qui balote à ma vue, vient de madresser la parole pour la seconde fois. Il a la voix du doubleur français d’Eddie Murphy (Med Hondo). Je ne me rappelle plus trop ce qu’il m’avait dit. Un truc du style « Héé. Mec. Tu vas pas t’arrêter là ? Bouge ton popotin et fini cette course. Je te le dis ! » Bref, le bonheur des hallucinations. Nous nous quittons au sommet. Merci à tous les deux. Seul. Je n’y serais pas aussi bien arrivé.

Troisième est dernier souvenir à deux. Les 20 derniers kilomètres avec Thibault (Pesenti). Cela faisait des heures que je n’avais pas vu de coureur de l’Xtrem. Après un ravitaillement, dans un virage en commençant une côte, je dépasse un coureur. En le faisant, je jette un œil à la couleur de son dossard. Il est rouge. « Ça va ? Tu tiens ? ». La conversation s’engage. Ça fait du bien de se savoir avec quelqu’un qui a vécu la même chose que toi depuis le début. Non pas que les autres coureurs n’étaient pas sympa. Mais là, tu as vraiment l’impression de faire partie de la même tribu. Nous restons ensemble. Il connaît à merveille l’ensemble de la fin du parcours. C’est un gros plus à cet instant de la course où l’envie que cela se finisse devient de plus en plus grande. Nous allons parcourir les 20 derniers kilomètres à 1 m l’un de l’autre. Nous passerons la ligne d’arrivée ensemble. Deux choses m’ont marqué. La première, c’est simplement l’image de nos deux corps courant dans Grenoble sur le bitume. L’un à côté de l’autre. Nous ne savons plus courir. Notre foulée est carrée. Nous avançons nos deux pieds plats sans dérouler d’aucune façon. On croirait deux animaux dont les pattes sont trop courtes par rapport à leur corps. Peut importe. Dans notre volonté de continuer à avancer nous sommes beaux. La deuxième chose qui m’a marqué, et surtout pour laquelle je remercie Thibault c’est sa réponse à mon ras-le-Bol de tous ses lacets en descente que nous effectuons depuis des dizaines de minutes. Nous courrons tout le temps. J’en ai complètement marre. Nerveusement je suis à bout. Grenoble est bien visible au dessous. Mais nous perdons trop peu d’altitude à chaque lacet pour s’en rapprocher rapidement. C’est interminable. J’ai envie de m’arrêter et de marcher. Je lui dis. Il me répond le plus simplement du monde  » Tu te vois marcher là dessus. Ça va être encore plus chiant. Plus vite on court et plus vite cest fini  » . C’est tout ce que j’avais besoin d’entendre. Merci Thibault.

6 Onze mille.. croix V bâtons. 

11.000 – Onze Mille. 11 fois mille. Franchement, entre nous, vu comme ça, cela ne veut rien dire. Ce n’est qu’un chiffre (un nombre.. ok). « Je pars sur un Ultra.. 170 Km Et 11 mille mètre de dénivelé ». Là, où tout le monde va tiquer, c’est bien sur le 170 Km. Pas sur le 11 000. Et pourtant c’est bien lui qui fait tout. 11 kilomètres de montée. Et surtout, on l’oublie trop souvent, c’est aussi 11 kilomètres de descentes. Rappelez vous de la dernière fois que vous avez couru 11 Km. C’était quand même un bon petit morceau en terme de nombre de pas.. de temps passé. Et bien maintenant, placez ce référentiel en direction du ciel. Montez le. C’est long. Ok. Maintenant. Creuser un trou de 11 Km au dessous de vous. Descendez y. C’est long. N’est ce pas ?

J’avais un peu oublié depuis la Diagonale ce qu’était le gros dénivelé. Le Mad’Trail m’avait fait une piqûre de rappel en juillet. Mais ce n’était pas suffisant. Quand on sentraîne dans une côte de 34 m, on nest pas prêt. On ne peut pas imaginer ce que c’est. Ce que cela fait à notre corps. Comment s’y prendre. C’est juste inimaginable. Quelle violence. Toutes ces montées. Avec des % affolant. Et la longueur infinie de ces descentes. Comme c’est dur. Comme le corps souffre. Cela se voit bio-mécaniquement parlant sur le corps d’ailleurs. En écrivant ces quelques mots, dans le train pour Chamonix, deux jours après l’UT4M, je place ma main droite sur ma cuisse, mes doigts se calent sur les reliefs créés par ma viande (on se calme hein.. je ne vais pas me lancer dans la littérature érotique). Des nouveaux muscles sont apparus. Coucou vous. J’ai beau courir 100 bornes par semaine minimum. Mes cuisses sont formées. Mais là, 11.000 m de D+ et de D- ont fait apparaître de nouvelles formes inconnues. C’est troublant. Je ne me reconnais plus trop. Ce n’est pas à moi cette jambe. Retirez moi ça vite.

C’est Bon ? C’est parti ? Top. Ma main droite quitte ma cuisse pour monter sur mon épaule gauche. Bordel. Mais là aussi. C’est quoi ce délire. Mes muscles poussent aussi sur les bras maintenant. C’est nouveau ça. Oui. C’est nouveau ça. Et il y a une bonne raison. Enfin deux. Deux bouts de bois à vrai dire. Des branches mortes. Ramassées. Juste pour pouvoir continuer à avancer. Et Oui. Moi. L’anti-bâton. J’ai utilisé des bouts de bois pour avancer sur l’UT4M. Pour rappel, il y a encore deux semaines sortait un article où j’expliquais que « pour moi.. les bâtons.. cest de la triche mécanique« . Je le pense encore d’ailleurs. Mais avec une telle quantité de dénivelé j’ai cédé à l’appel des branches mortes. Ok. Je suis parti comme sur la Diagonale. Sans bâtons. En me disant que de toute façon, moi, je suis habitué à courir sans. C’est plus pur. C’est ça la vrai course. Je n’ai pas besoin de deux déambulateurs pour avancer. C’est pour les autres çà. D’ailleurs, quand je regarde le Top 20. Je le vois Bien. C’est pour eux ça. Mais attend. Je suis le seul à pas les utiliser ? Lui. Il en a. Lui aussi. Lui aussi. Aaaaah lui, il en a pas. Ah non. J’ai rien dit, il les a dans le dos. Ok. Bon tu n’es pas non plus têtu à ce point la. Si tes vraiment le seul à ne pas les utiliser, il faut peut être se poser la question ? Non ? Tu penses pas ? Je me suis réellement dit cela après le 3ème ou le 4ème ravitaillement. Lorsque pour la 3ème fois de suite, les bénévoles m’ont interpelés alors que je quittais le ravito « Heeeey. Tu oublis tes bâtons !! » –  » Euh. Ben j’en ai pas ». Le fait que cela soit tellement naturel pour eux qu’on ait des batons m’a un peu marqué.

A partir du Km 88. La question ne se posait plus. J’étais juste incapable de grimper à bonne vitesse sans utiliser des bouts de bois. Chaque montée commençait par 400 mètres de recherche de bois mort pour me fabriquer deux bâtons. Je pense que j’ai du passé 70 Km avec des branches d’arbres dans les mains. Je me suis fait les bras, je peux vous le dire. Et je vous parle pas des ampoules aux mains. En tout cas, cela à bien fait rire les autres coureurs croisés. « Sympa les nouveaux Leki » – « Et bah alors cromagnon.. ». Mais au final, je dois l’avouer. Cest tellement, mais alors tellement plus simple avec des bâtons. Cela vous porte en montée, et vous stabilise en descente. Je suis un peu déçu d’avoir céder à cette facilité. Mais je pense vraiment que si je veux continuer à progresser dans les classements, il va falloir que je m’y mette. Je pense gagner facilement 2 h rien qu’avec les bâtons sur les formats proches de l’UT4M. Je n’ai pas encore fait définitivement ce choix. Mais 2 h. 120 minutes. On ne peut pas cracher dessus.

Dernière chose sur les bâtons. Étant donné que j’ai ramassé du bois mort, je ne pense pas prendre de sanction sur des points de règlements liés à la protection de la nature. Par contre, j’ai un doute sur le droit ou non d’utiliser des bouts de bois comme bâtons. Je me dis que s’il est interdit de mettre des bâtons dans les sacs assistances, ce ne devrait pas être autorisé dutiliser des bouts de bois trouvés, quon ne porte pas tout le long de la course ? Non ? Jai un doute. Et ce doute je l’ai eu tout le long de la course. Je ne me suis pas caché avec mes bouts de bois. Je rentrais dans les ravitos avec. Si c’était interdit. On me l’aurait dit ? Non ? En tout cas, promis. La prochaine fois. Soit je pars sans bâton. Et je m’interdis d’utiliser des branches mortes. Soit je m’achète des bâtons et je mets 2 h de plus à mes pronostics.

7 Plus de son. Plus de lumière. Je crois que le disjoncteur a sauté. 

Nous sommes très précisément au kilomètre 87,6. Je viens de ressortir de la seconde base de vie de Rioupéroux. J’ai une grosse 15ène d’heures de course dans le corps. La descente des – 1400 m de D- très sèche pour atteindre la base vie m’a bien massacré. Le jour commence à se lever. Je redoute ce moment. Je vis généralement mal les passages de la nuit au jour. Pour ne rien arranger, c’est gros km vertical tout de suite au petit-déjeuner. Quelques 1100 m D+ à faire en 4 Km. J’avale quelques pistaches en commençant la grimpette. Rapidement, je me sens de plus en plus faible. Je m’endors complètement en avançant. Mes yeux se ferment. Ma démarche n’est pas bonne. Je slalome sur le monotrace montant. Je me ressaisis plusieurs fois avant de tomber dans le ravin. J’attrape un gel et l’avale aussi sec. Je m’arrête un instant en me tenant à un arbre. Mes yeux n’arrêtent pas de se fermer. J’ouvre une de mes flasques et me lance de l’eau sur le visage. Je tente de repartir. 50 mètres plus loin. Plus de son. Plus dimage. Je m’arrête net. Le réservoir est à sec. Je ne peux plus faire le moindre mètre. Je m’assoie sur un rocher. Pose mes mains sur mes genoux. La tête tombe toute seule. Je n’arrive pas à la retenir. Je m’endors quelques secondes. Je me réveille en sursaut. Tiens bon. Tu ne peux pas t’arrêter là. Il faut que tu continues. J’arrive à me relever. J’avance à nouveau. Chaque Pas est une épreuve en soit. 50 m plus loin. Plus possible. Je m’arrête à nouveau sur un caillou. Je fais le point. Aller. Pose toi. Respire. C’est un mauvais moment ça va revenir. Respire. Mon regard est vide. Je ne pense à rien de manière lucide. Je commence à imaginer le pire. L’abandon. Il reste encore 80 Km et deux massifs entiers. Comment je vais faire. Toute la montée se passe comme cela. Je mets 23 min pour faire le premier Km. 31 minutes pour le second et 35 minutes pour le dernier. PLUS D’UNE HEURE POUR FAIRE 2 KILOMETRES. J’ai beau me rappeler de l’état cadavérique dans lequel j’étais, c’est quand même énorme.

Je me vois tout de même ultra combattant. Vaillant comme jamais je ne l’ai été pour finir ce Km vertical. D’accord tu avances un pas par un pas. Mais au moins tu avances. La tête est base. J’entends un bruit proche à un moment. Il y a quelqu’un dans un duvet qui dort à moins d’un mètre de moi. Je ne l’avais même pas vu. En fait, elles sont deux. Elles voient ma détresse. Me demande si ça va ? Si elles peuvent faire quelque chose. Mon orgueil répond à ma place. « C’est dur là. Mais ça va le faire. Merci ». C’est énorme bonhomme. Continue. Labandon ne fait pas parti de ton logiciel. Labandon nest pas une option. L’abandon est interdit. Je grimpe. Arrivé au sommet, je lance un immense cri de délivrance et de fierté. Un bénévole placé plus haut m’entend. Il me répond. « C’est bien champion. T’es au bout. Continue », en agitant une cloche. Je passe à côté de lui. Totalement dévasté, mais fier.

Sur les 470 partants, 202 personnes ont abandonné. Ça donne le ton. Je crois que c’est la première course que je fais avec un tel taux de DNF (43 %). Selon moi, il y a deux raisons. La première : C’est TELLEMENT DUR. Tout simplement. Venir à bout de cette course est une lutte. Les difficultés résident bien entendu dans la longueur et dans le dénivelé, mais aussi dans la technicité des chemins, qui ne sont vraiment pas tous roulants du tout. La seconde : Il n’y a pas (peu) de barrière à l’entrée. N’importe qui peut s’inscrire à cet Ultra sans avoir à prouver d’une quelconque expérience en trail. On m’a même raconté qu’une femme avait offert le dossard à son mari alors qu’il n’avait qu’un marathon à son compteur. Je suppose un tentative de crime parfait.. mais n’allons pas plus loin. Mais au fond, je comprends le volume d’abandon. Quand je vois l’enfer que j’ai vécu dans l’ensemble du troisième massif. Aaaah. Belledone. Le fameux juge de paix dans cet ultra. Pour moi, Belledonne a tout bêtement été 40 Km dans le fond du fond. Sans jus. Sans jambe. Sans rythme. À mendormir. À marrêter sur des rochers, le regard vide. À tenir avec les tripes pour ne pas tout arrêter. Quel souvenir ! C’est idiot. C’est très certainement mon pire passage à vide dans mon experience en course. Et pourtant je pense que c’est un de mes meilleurs souvenirs. Celui qui m’a permis en quelques heures d’obtenir des mois et des mois d’expérience. Celui auquel je penserai la prochaine fois que cela m’arrivera. Celui qui me fait dire que si j’arrive à résister à des moments comme cela alors rien ne m’est impossible.

Beaucoup de coureurs sont venus me voir pendant mon passage à vide. Quand j’étais en difficulté pour avancer ou quand je m’arrêterai pour comater. Je les remercie tous. Même si c’est très chiant de répéter pour la 25ième fois que « Ça va. Je respire un peu. J’ai tout ce qu’il me faut. Merci » avec un simili-sourire. Même si c’est chiant. Au fond, cela fait du bien. Cela sort quelques instants la tête du seau. Échanger c’est déjà tenter de repartir. Parler c’est l’amorce du premier pas. Heureusement que beaucoup on était là pour moi.

La lumière s’est rallumé après la troisième base de vie. 10 h en enfer. Si j’y avais été réduit, je pense que j’aurai rampé. Ma détermination était immense face à mon échec mécanique cuisant. Je pense tout simplement que comme un noyé, javais besoin de toucher le fond pour remonter à la surface. Et quel rebond. Qui aurait pu croire que j’arriverais à avaler cul sec le dernier massif (Chartreuse) après m’avoir vu dans un tel état dans Belledone. Personne ! Enfin, en tout cas, pas moi. Le corps humain est incroyable. J’espère encore en découvrir d’autres, des comme celle là.

8 Ceux qui ne sont pas là. 

Courir c’est courir d’abord pour soi. Mais c’est aussi courir pour ceux (qui sont loiiiiiiiin de chez eux..) qui ne sont pas là. Bien entendu que quand je cours, je le fais pour moi. Pour mon plaisir. Mais maintenant c’est n’est plus possible de le faire pour moi uniquement. Il y a des parties prenantes à ma course. Surtout quand il y a un suivi Live de la course qui ne peut qu’apporter crainte, erreur de jugement, insomnie et foulure du doigt à force d’appuyer sur « actualiser » pour ceux qui suivent.

Je le sais. Je suis suivi. Et en premier lieu par ma copine. J’y pense énormément en courant. Quand ça va pour passer le temps. Quand cela ne va pas pour tenir. Et plus globalement, je me sens responsable de ses craintes. Dépêche toi d’arriver au ravitaillement idiot ! Elle doit flipper derrière son écran. C’est drôle. C’est comme si c’était une difficulté en plus dans la course. Les chemins, la nuit, le froid, la fatigue, les rochers, la boue ne sont pas suffisants. Il fallait se mettre cette chose en plus. Je le dis en rigolant. Bien sur. Mais il y a toujours un peu de cela. La peur de décevoir. Lenvie de ne pas inquiéter. Et surtout l’envie d’envoyer un petit message « Tkt. Je gère. Gros bisoux. » Au milieu de la nuit. Il faudra que je prenne le temps de le faire une fois. Mais je lui ai tellement dit que « Je n’utilise pas mon téléphone en course » – « Ne t’inquiète pas si tu n’as pas de nouvelles » – « C’est si je t’appelle qu’il faut commencer à t’inquiéter ». Ces indications sont tellement ancrées que j’aurais peur de lui faire faire une crise cardiaque pour un petit Sms rapidement envoyé. On verra bien. En tout cas, sache (par ce que je sais très bien que tu vas lire cet article) que ton bracelet m’aide énormément. Et que chaque bisou que je lui fais quand ça ne va pas et multiplier par mille (au moins) en t’arrivant.

Il y a aussi la famille, les amis. Pour eux c’est différent. L’objectif premier n’est pas tant de ne pas les inquiéter, mais plutôt de les rendre fiers. Je ne sais pas pourquoi je le vis différemment. Pour eux, je veux simplement aller au bout. Ne pas revenir la tête basse et trouver une explication du pourquoi.. du comment.. cela n’a pas marché. Ça m’arrivera forcément un jour de bâcher une course. Ce jour là, cela sera très difficile pour moi de revenir en les regardant droit dans les yeux. Savoir qu’un jour j’aurai à dire « Je ne pouvais tout simplement plus » me panique.. m’angoisse. Cela sera une épreuve à affronter.

Et enfin, je cours bien évidement aussi pour ceux qui me suivent sur les réseaux sociaux. Beaucoup placent en moi une source d’inspiration. J’ai du mal à le comprendre d’ailleurs. Comme je le dis souvent, tout le monde est capable de faire ce que je fais. Avec un peu d’envie, de la motivation et surtout en plaçant la notion de plaisir très haut dans la pratique du trail. Pour eux, ce n’est ni la volonté de ne pas inquiéter ou celle de rendre fier, cela n’aurait pas de sens. Pour eux, il sagit de tout faire pour ne pas les décevoir. Cette pression sociale qu’au final j’ai créé moi même ne me dérange pas. Elle me stimule d’ailleurs bien souvent à aller de l’avant. Et puis quand d’ailleurs, des supporters ou des coureurs en course encourage la casquette Verte, j’ai toujours un regain d’énergie qui m’aide à continuer.

9 Les points positifs. 

32 h de course, c’est long. Certes. Mais cela permet de bien identifier des fondations, des opportunités, des erreurs de fabrication, des vices cachés.. Pas simplement par flash comme l’entraînement. Mais dans le fond. 170 Km suffisent bien à cela. Les lacunes ancrées émergent, les facilités éprouvées font surface. Commençons par le positif.

Pour la première fois depuis toujours je crois, je n’ai pris aucune gamelle. Aucun gadin. Aucune mise à terre. Il y a bien eu quelques dérapages, mais aucun n’a réussi à démontrer sur le cobaye que je suis la loi universelle de la gravité. Pas de chute. On pourrait prendre cela comme de la chance. Mais, je ne crois nullement en cela. Si je n’ai pas chuté c’est pour plusieurs raisons selon moi. J’ai été très vigilant. Très concentré tout le long de la course. Rares sont les pas, les appuis, les prises de risque qui n’étaient pas calculés.. assumés.. choisis. Oui.. il y a bien entendu eu des petits moments d’égarements. Des pieds qui glissent. Des trajectoires incertaines. Des torsions de cheville. Mais je suis content de mettre toujours bousculé pour me focaliser sur la bonne marche à suivre. Nombreux ont été les « Reprend toi bonhomme. Concentre toi ». Et je suis content qu’ils aient tous fonctionné. Et puis je pense que l’entraînement plus technique que je me suis imposé ces derniers mois commence à payer. Des automatismes se sont créés. Je suis sur la bonne voie.

Autre point positif.. Qui peut paraître, je le conçois, complètement indolore. Mais qui pour moi change beaucoup de choses et le fait de n’avoir pas (enfin très peu) regarder ma montre. Cela fait depuis la dernière SaintéLyon que je regarde de moins en moins ma montre en course. Avant c’était un choix, pour faire passer les kilomètres plus vite. Maintenant c’est un besoin. Regarder rarement ma montre me permet de me focaliser à 100 % sur moi. Sur mes sensations. Je me connais bien maintenant, et surtout je sais de mieux en mieux m’analyser. L’indicateur kilométrique, la vitesse, l’altitude.. tous ces petits indices ne rentrent plus dans ma table de décision. Le corps avant la machine. Les sens avant la science. Il y a d’ailleurs un mode extinction de l’écran automatique après 5 sec sur ma Suunto Spartan Ultra. Ça économise la batterie.. Et des nœuds au cerveau.

Continuons la liste des bons points. Qu’est ce que l’on a maintenant ?  » Gestion de leau, de lalimentation et du matos  » .. Ah. Vaste sujet quand on commence à courir. Pour ce qui est de l’eau, j’ai testé une nouvelle méthode : 2 flasques 500 ml devant et une troisième dans le filet dans le dos. J’avais un peu peur du ballottement dans mon Salomon ADV Skin 12 L. Mais au final, c’est passé comme dans du beurre un chaud matin d’été. 2 à 3 petites gorgées de manière régulière. Et des grosses gorgées quand la soif se fait sentir. Un petit check sur la couleur en urinant. Et hop. On continue. Pour l’alimentation, pas de problème. Mon fonctionnement avec pas mal de gels en course et du grignotage aux ravitaillements a bien fonctionné. J’ai ajouté deux sachets de pistaches au 80 et 120 ème km pour l’apport en sel et en potassium. Je pense que c’est le bon moyen pour moi de tenir sur ce genre de distance. J’ajouterai certainement la prochaine fois des aliments avec plus de goûts pour le plaisir. On verra. Enfin, le matos. Bah. Tout simplement, aucun problème. Suivant à la lettre ma règle du « Pas de nouveaux matos, inconnu, non-éprouvé en course officielle ».. j’étais rodé. Ça a roulé. Grosse satisfaction sur les chaussures. Au final, je me suis parti sur les Salomon S/Slab Ultra. J’avais un peu peur de subir le poids au fur et à mesure des kilomètres par rapport à mes traditionnelles Sense 6 SG. Mais au final, aucun soucis. C’était parfait. Le confort qu’elles apportent est tellement agréable au bout de 90 – 100 km. On oublie rapidement qu’on aurait pu gagner quelques grammes.

LE POINT DE SATISFACTION que je retiendrai s’il devait en avoir qu’un seul.  » Avoir eu les tripes de continuer  » . C’est rare pour moi d’y penser, voir inacceptable dans ma manière de concevoir ma pratique du Trail : J’ai pensé à abandonner. Ça n’a pas duré longtemps. Mais j’y ai pensé. Ce n’est pas contagieux je vous rassure. Lorsque j’étais au fond, très profond. Quand plus rien ne fonctionnait en moi. Quand chaque pas devenait un effort surhumain. Quand pendant 40 Km, je me voyais tituber comme un ivrogne qui court après un bus qu’il ne rattrapera pas. Quand dans ces moments, plus rien n’allait.. me dire que je suis allé puiser au fond de moi l’énergie.. l’envie de continuer. Malgré tout. D’aller chercher la ligne d’arrivée avec les tripes. Et bien je suis très très très content de cela. Passer par ce genre de petite victoire sur soi même t’apprend plus que des milliers de séances d’entraînement. Je suis armé pour la prochaine fois. Je sais que si je suis au plus mal. J’aurai vécu ce mal déjà une fois. Et comme en probabilité : « Quelque chose qui s’est déjà produit une fois à plus de probabilité de se reproduire que quelque chose qui ne s’est jamais produit » alors je serai prévenu.. prévenu que c’est possible de gagner face à ce mal là.

Dernier point de satisfaction : Je n’ai pas eu de douleurs physiques intenses.. terribles.. intenables.. Enfin si. Bien sûr que si que jai eu ces douleurs physiques intenses.. terribles.. intenables.. mais jai réussi à en faire totalement abstraction. Sans en plus avoir besoin de me le dire.. Ou de m’y obliger. L’expérience acquise sur la gestion de la douleur commence à bien fonctionner. J’avais compris que c’était possible de décider qu’on a pas mal en regardant une vidéo de Kilian. Une petite interview, où le plus simplement du monde Kilian expliquait que le mal c’était dans les jambes et dans la tête. Mais que si tu décidais que ce n’était que dans la tête. Et que si c’est dans la tête, alors, au final, cela n’existe pas. Et bien tu peux vivre avec le fait que cela n’existe pas. Conseil vu. Conseil avalé. Conseil digéré. Conseil appliqué. La douleur c’est dans ma tête. Elle n’existe pas. Cela a fonctionné parfaitement. Et en plus, sans que j’ai eu besoin d’y penser. C’est parfait. (Aucun rapport, mais je fais la même chose lorsqu’il fait très froid. J’ai beau être en t-shirt par – 5°C dans la rue. Mes lèvres peuvent être bleues.. ma peau crispée de gelure.. mes poils dressés. J’arrive facilement à me dire qu’en réalité. J’ai chaud. Et en une fraction de seconde. Je le ressens. C’est fabuleux).

10 Les points daméliorations. 

Passons aux sujets qui fâchent. Non. Elle ne me plait pas cette introduction. Ce ne sont pas des sujets qui fâchent. Ce sont des points à améliorer. De la matière à travailler. De l’argile à transformer en penseur. Ma seule crainte.. passer à côté d’un tas d’argile posé là parmi les autres. Et ne pas le travailler. Risquer de glisser dessus la prochaine fois. On verra bien. Et puis ça laissera de la matière pour continuer à me modeler..

Primero. Je trouve ça fabuleusement génial de sortir un Top 15 sur un Ultra. Se dire « OK. C’est cool. Même très bien. Mais tu peux encore et toujours progresser ». Trouver à s’améliorer alors que cela a plutôt pas trop mal fonctionné. J’adore. Ça me passe le message que l’apothéose est encore loin. Je n’ai pas atteint mon max. Loin de là d’ailleurs. Mais pour continuer à le rechercher j’ai déjà quelques pistes :

L’utilisation des bâtons. Bon. Ça fait chier. Vraiment. Vraiment. Vraiment chier. Mais je pense que si je veux gagner facilement une ou deux heures sur ce genre de format. Je n’ai pas le choix. Je dois retourner ma veste et accepter la triche mécanique que j’ai tant décrié. D’un côté je me dis.. Cool un nouveau territoire d’expression qui va en plus te permettre de gagner du temps. De l’autre, je me dis.. si tu as réussi à en y arriver là c’est aussi car tu cours sans bâtons.. Gros dilemme. Je pense que d’ici quelques semaines j’irai en tester en boutique. On verra si cela me plait. Affaire à suivre.

LE GROS POINT NÉGATIF sur la course : J’ai beau y penser depuis 1 semaine. C’est impossible, mais alors complètement impossible pour moi de comprendre le passage à vide que j’ai vécu. J’ai vraiment réfléchi à tout.. J’ai fait tous les schémas.. j’ai imaginé toutes les hypothèses.. je ne comprends toujours pas. D’où ça vient ? Pourquoi ? Est-ce que quelques choses l’a déclenché ?.. Pas de réponse. Je vais encore beaucoup y penser. Nombreux seront les ongles rongés.. Ou les kilomètres effectués en y pensant. Je garde espoir de comprendre. Et puis.. au pire des cas.. ça m’arrivera à nouveau.. mais là je serai prévenu. Vigilent. À l’affût du pourquoi ? À la chasse du comment ? À la traque du déclencheur !

Dans le TOP 20. Seul à ne pas avoir de bâtons. OK. On va peut être tester les bâtons. Mais aussi un peu le seul à ne pas avoir d’assistance, d’accompagnants sur les ravitaillements et sur les segments. Seul. Sur 170 Km. Cest long. Seul. Et voir que les autres ne le sont pas. Cest être encore plus seul. Je sais que je vais y passer aussi. Demander à des personnes de faire mon assistance. J’y suis prêt. Il faut simplement que tout comme en amour, je rencontre la bonne personne. Ps : ceci n’est pas un appel à SOS amitié. Je n’en suis pas là. Mais je me suis beaucoup posé la question. Je suis incroyablement solitaire dans ma pratique du trail. Et je pense qu’au fond, j’aimerai bien être assisté.. supporté.. accompagné.. ça ne marchera peut être pas. Mais j’ai le sentiment qu’il faut que j’essaie. Je ne veux pas passer à côté.

Dernier point d’amélioration. La connaissance du parcours. Bon.. là.. je n’y suis pour rien. Je ne connaissais même pas Grenoble. Mais de manière générale. Ne pas assez travailler sur le profil de la course, ne pas assez se renseigner sur le terrain. Les spécificités du parcours. Y aller un peu trop à l’arrache. Je sens que c’est un gros point négatif. Je suis parti sur l’UT4M Xtrem, comme on part sur un marathon. « De toute façon.. Ça va être long.. pas besoin de se documenter ». Erreur petit bonhomme. La connaissance c’est le pouvoir. Et quand tu as le pouvoir tu as tout ! (Oui. Je finis en piochant un dialogue de Scarface pour l’appliquer au Trail. Pourquoi pas.. il y en a bien qui utilisent des bâtons pour courir ^^).

Conclusion. 

J’ai pris l’habitude de terminer sur une citation Ou une chanson. Ça sera bien le cas je vous rassure. Mais juste avant j’ai quelque chose d’important à dire. Ma pratique du trail passe avant tout par le plaisir. C’est très important pour moi. L’UT4M m’a encore une fois rassuré là dessus. Je continue à prendre du plaisir. J’en prends même de plus en plus j’ai l’impression. Mais, même s’il faut retenir le plaisir, le petit truc en plus qu’y résumera bien mon aventure.. mon plaisir : Cette fois, ce qui m’a vraiment plu.. ce n’est pas la foulée, la nuit, le parcours, le paysage, les ravitaillements, l’ambiance, les bénévoles, les descentes, les montées… cette fois, ce que j’ai vraiment aimé, c’est que j’ai aimé douter.

Sur un air d’ Englishman in New York – Sting :

I dont take coffee, I take tea, my dear

Je nfais pas de D, je fais lHamster, My dear

I like my toast done on one side

Jaime repasser dans mes montées

And you can hear it in my accent when I talk

Et tu peux voir cela dans ma manière de courir 

Im an Englishman in New York

Je suis un trai ler Pa ri sien 

See me walking down Fifth Avenue

Regarde moi baver dans le KV

A walking cane here at my side

Le regard vide en contre plongée

I take it everywhere I walk

Je lamène toujours en montagne

Im an Englishman in New York

Je suis un trai ler Pa ri sien 

Oh, Im an alien, Im a legal alien

Je suis un trai ler Pa ri sien 

Oh, Im an alien, Im a legal alien

Je suis un trai ler Pa ri sien !

 

 

Récit d’Alexandre BOUCHEIX @CasquetteVerte

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